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Chapitre
7 Quelques
fausses idées sur l'économie
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Les réflexions qui précèdent relèvent, on s'en sera aperçu, du bon
sens commun. La logique économique n'a rien d'inaccessible à quiconque,
puisqu'elle part d'une réalité qui est la nôtre : notre comportement
personnel.
Pourquoi ces idées simples ne sont-elles pas communément
admises ?
Les économistes ont ici une part de responsabilité, ils ont
souvent égaré des générations entières. Ils ont en effet cherché
à plaire aux gouvernants, à passer pour des conseillers irremplaçables.
De la sorte, ils ont développé les thèses que les gouvernants aimaient
entendre : l'économie n'est pas l'affaire du peuple, c'est celle
des élites et seule une direction éclairée de l'économie est de
nature à assurer la prospérité générale. D'autres économistes ont
flatté non plus les gouvernants, mais les opposants, les révolutionnaires,
ceux qui voulaient balayer le régime. A ceux-là les économistes
ont tenu le langage du changement de société : un monde meilleur
peut être construit par le raisonnement scientifique, et nous vous
en fournissons les plans.
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Ces discours déviants ont laissé des traces profondes, et
encombrent aujourd'hui les esprits. L'opinion publique est réceptive
aux idées fausses et les faiseurs d'opinion publique les colportent
avec délice. Voilà pourquoi la vérité ne saute pas aux yeux, et
pourquoi les idées les plus simples - qui sont les plus saines -
ont du mal à faire leur chemin. Il faudrait donc procéder à une
véritable cure de désintoxication intellectuelle et en finir avec
un certain nombre d'erreurs et de mensonges.
Voici, à titre d'exemples, quelques-uns des préjugés qui
nous coûtent cher, et dont nous aurions avantage à nous libérer
: préjugés sur l'argent, préjugés sur la propriété, préjugés sur
la justice, préjugés sur l'étranger.
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LE SALE ARGENT
Si l'on veut dire par là que l'argent, bon serviteur, est
un mauvais maître, on a sans doute raison d'un point de vue moral.
Mais l'économiste n'est pas un moraliste. Ce n'est pas à lui de
définir les voies du progrès personnel, ni la finalité de la société.
Il appartient à chacun de nous de cultiver ses propres vertus morales
et spirituelles, et personne ne peut le faire à notre place. Il
est libre à chaque homme de faire le bon ou mauvais usage de son
progrès, de sa richesse, et il ne faut pas "jeter le bébé avec
l'eau du bain".
Au prétexte qu'il y a l'argent de la drogue, du crime et
de la prostitution, il ne faut pas condamner l'argent qui rémunère
le travail bien fait, la conscience professionnelle et le meilleur
service de la communauté. L'argent, l'usage de la monnaie, représente
au contraire l'une des plus grandes découvertes de l'humanité -
même si comme tout progrès il a ses servitudes et doit être maîtrisé.
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Réfléchissons en effet à ce que permet la monnaie. Elle est
d'abord une manière commode d'étalonner la valeur de toutes choses
: c'est une unité de compte, qui facilite le calcul des prix relatifs.
Elle est ensuite un moyen de paiement doté d'un pouvoir généralisé
dans l'espace et dans le temps. Dans l'espace : la monnaie est acceptée
par tous au sein de la communauté de paiement, et elle est un pouvoir
d'achat indifférencié. Dans le temps : nous pouvons, à travers la
monnaie, conserver tous les droits acquis en rémunération de nos
efforts créatifs (c'est l'épargne, la fonction de réserve) et même
anticiper sur les droits que nous n'acquerrons que dans le futur,
mais dont nous voulons jouir tout de suite (c'est le crédit).
Par rapport au troc, la monnaie est une véritable libération
: nous nous réservons la possibilité de prendre notre contre-partie
sous la forme que nous désirerons, et au moment où nous le voudrons,
au lieu d'être obligés d'accepter sur-le-champ ce que nous propose
l'échangiste dans le troc. La monnaie apporte donc une véritable
indépendance individuelle. C'est ce qui fait que les enfants veulent
toujours avoir de l'argent, et c'est ce qui explique le sentiment
de malaise que nous avons lorsque nous nous trouvons à l'étranger
sans monnaie locale dans la poche : nous avons conscience d'une
dépendance, et nous ne pouvons pas nous intégrer dans la vie des
gens qui sont autour de nous.
Encore faut-il que la monnaie, pour remplir ces différentes
fonctions, soit elle-même de bonne qualité. Ce n'est pas une question
de substance. On a connu et on connaît encore des monnaies de formes
très variables : des coquillages, des pierres, des animaux, des
pièces métalliques frappées dans tous les métaux, des billets, des
chèques, des cartes magnétiques, ainsi de suite. C'est une question
de confiance. Sans doute la substance peut-elle conduire à la confiance
: cela a été le cas pour les pièces en or ou en argent, dont la
valeur intrinsèque était suffisante pour la faire accepter partout.
Mais même au temps de la monnaie métallique il y a eu des crises
de confiance nées soit des fluctuations de la valeur des métaux
(cas des XVIème et XIXème siècles) , soit des malversations de ceux
qui frappaient les pièces ("mutations monétaires" ou "enrichissement
des monnaies" des rois de France).
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La confiance dans une monnaie s'obtient par les conditions dans
lesquelles elle est émise. Voilà pourquoi - et c'est une des fausses
idées économiques - on a pensé que la monnaie devait être mise sous
la garde des pouvoirs publics. N'est-elle pas "d'intérêt général"
et ne concerne-t-elle pas tous les membres d'une nation ?
En fait la monnaie avait été inventée par les praticiens
du commerce, et l'accaparement du pouvoir monétaire par l'Etat n'a
pas été un progrès, tant s'en faut.
L'Etat s'est en effet servi du monopole monétaire qu'il s'est
arrogé pour financer ses propres dépenses, ou pour venir en aide
à ses "clients" : groupes de pression, professions, catégories
sociales qui veulent obtenir des crédits, des subventions, des revenus.
Grâce à la monnaie, l'Etat va donc créer de "faux droits",
du pouvoir d'achat qui n'a pas pour origine la rémunération d'un
effort productif. Il n'y a pas d'autre origine de l'inflation :
de la monnaie a été injectée qui n'a pas de contre-partie réelle.
L'injection de monnaie aboutit à gonfler arbitrairement les dépenses,
les revenus et les coûts et c'est cette pression qui pousse les
prix à la hausse. A son tour, la hausse des prix déclenche une nouvelle
poussée des revenus, des coûts et des dépenses. Cet enchaînement
inflationniste peut être aggravé par ce que l'on appelle les "anticipations
inflationnistes" : les gens modifient leurs calculs en fonction
de l'inflation observée, et parfois même en fonction de l'inflation
future, dont on craint qu'elle ne s'accélère au cours des mois à
venir. Pour lutter contre l'inflation, il y a bien des barrières
anti-inflationnistes, comme l'épargne, la productivité, la concurrence,
le commerce extérieur ou le consensus social ; mais ces barrières
sont elles-mêmes emportées par l'inondation monétaire, et rien ne
peut empêcher la dégradation de la valeur de la monnaie, à moins
que les autorités monétaires reviennent à une gestion beaucoup plus
rigoureuse de la monnaie.
Mais qu'appelle-t-on gestion rigoureuse de la monnaie ? On
ne comprend pas toujours comment est produite la monnaie, et comment
le flux de monnaie est réglé. Aujourd'hui nous héritons d'un système
monétaire dont les bases ont été jetées au début du XVIIème siècle.
A cette époque, on a inventé le billet, qui au départ a été couvert
à 100 % par des réserves métalliques. Puis le coefficient de réserve
a diminué : le billet a eu un tel succès que les demandes de conversion
du billet en métal ont été de plus en plus rares. Les banquiers
se sont alors permis de fabriquer plus de billets qu'ils n'avaient
de métal en contre-partie, la différence étant faite par des titres
de crédit. Ce système a fonctionné sans contrôle et avec efficacité
durant près de deux siècles. Les banquiers n'avaient en effet aucun
intérêt à abuser de leur pouvoir créateur de monnaie. Ils restreignaient
leur émission de monnaie en fonction de la qualité des crédits qui
faisaient désormais la contre-partie du billet ; en sélectionnant
rigoureusement les crédits, ils se mettaient à l'abri d'une surprise
désagréable au moment des échéances. La seule éventualité néfaste
aux banquiers était celle d'une crise de liquidité : on pouvait
la surmonter en se faisant "refinancer" auprès d'autres
banquiers, c'est-à-dire en liquidant une partie des titres de crédits
détenus en portefeuille.
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Quelques abus bancaires ont cependant donné aux gouvernements le
prétexte de centraliser le billet de banque, et de réserver leur
émission à un petit nombre de banques, puis à une seule Banque centrale.
Les banquiers ont répondu à cette attaque en inventant une nouvelle
forme de monnaie : le chèque. Comme le billet, le chèque a très
vite acquis une bonne réputation, de sorte que les banquiers ont
pu accorder davantage de droits de tirage de chèques qu'ils n'avaient
de réserves en espèces (métal ou billet). Les "banques de second
rang" ont donc développé cette monnaie "scripturale"
faite du jeu des écritures sur leurs livres, à la suite d'opérations
de virements ou de compensations.
La monnaie scripturale a été sans contrôle pratiquement jusqu'à
la fin de la deuxième guerre mondiale. A vrai dire, les Banques
centrales disposaient déjà d'un moyen de pression important sur
les banques de second rang, dans la mesure où elles disposaient
du monopole d'émission des billets, bases de la monnaie scripturale.
Aujourd'hui, le contrôle sur les banques de second rang s'est renforcé
considérablement, par la nationalisation des banques (France), par
la réglementation des crédits, par l'intervention systématique des
banques centrales sur le marché monétaire, marché sur lequel les
banques de second rang cherchent à se refinancer et se procurent
les liquidités - dont les seuls offreurs sont en fait les banques
centrales elles-mêmes. Ainsi les banques centrales dirigent-elles
dans le détail l'évolution de la masse monétaire, tantôt en limitant
l'émission de billets, qui constituent la base de la masse, tantôt
en maîtrisant les moyens de transformer les billets en monnaie scripturale
(politique des réserves, manipulation des taux d'intérêt sur le
marché monétaire, encadrement des crédits, etc.).
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Lorsque l'opinion publique s'en prend aux banques et aux "financiers"
pour les charger de tous les malheurs de l'économie, quand les gens
ont l'impression que quelqu'un tire les ficelles et influence l'économie
aux dépens de la communauté, ils ignorent que c'est l'Etat qui est
derrière tout cela, et que les banques sont en fait complètement
dominées par les pouvoirs publics. Ils feraient donc mieux de s'en
prendre aux gouvernants qu'aux financiers.
La preuve en est que lorsque les gouvernants, à partir de
1975, se sont mis dans la tête de fabriquer enfin de la bonne monnaie
et de lutter contre l'inflation, ils y ont parfaitement réussi.
Il suffisait pour cela qu'ils s'imposent à eux-mêmes une discipline
financière, et renoncent à se servir de la monnaie pour arroser
leur clientèle électorale ou financer leurs projets mégalomanes.
Les gouvernants s'en sont tenus alors à une politique dite
"monétariste", inventée par Milton FRIEDMAN. La règle
d'or est simple : la masse monétaire doit croître à un taux régulier
et modéré, correspondant au taux de croissance de la demande de
monnaie. FRIEDMAN a en effet établi que la monnaie était l'objet
d'une demande de la part des particuliers et des entreprises, et
que cette demande obéissait à une loi statistiquement établie :
la demande de monnaie croît en fonction des revenus mais à une vitesse
supérieure à celle des revenus. C'est le phénomène appelé "baisse
de la vitesse de circulation de la monnaie". En conséquence,
la masse monétaire doit augmenter d'une année sur une autre à un
rythme légèrement décalé par rapport au taux de croissance du PIB.
Cela donne un chiffre d'environ 4 à 5 % pour les pays européens
par exemple, peut-être un peu moins aux Etats Unis. L'originalité
de cette politique est qu'elle est "automatique", c'est-à-dire
que les gouvernements et les banques centrales s'interdisent de
changer les objectifs monétaires en cours de route, en fonction
de la conjoncture ou du calendrier électoral. Les hommes de l'Etat
sont ainsi condamnés à la passivité monétaire, ce qui est évidemment
difficile à accepter ; mais c'est le seul moyen efficace de garder
à la monnaie sa valeur constante.
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A l'inverse des manipulations incessantes de taux d'intérêt, un
changement permanent de politique monétaire, comme ce que l'on avait
observé à la belle époque du "stop and go" aboutissent
à des dérèglements graves de l'économie.
Il y aurait donc bien moins de prévention contre l'argent
si on avait d'une part conscience que personne ne gagne ni ne perd
dans le jeu monétaire (ce que l'on appelle la "neutralité monétaire"),
et d'autre part une certitude que l'argent en circulation n'est
que la contre-partie exacte des efforts fournis. Si l'opinion publique
a tellement de prévention à l'égard de l'argent, c'est en grande
partie parce qu'elle considère la monnaie comme un processus mystérieux,
sinon magique, et qu'elle imagine que certains ne vivent qu'en manipulant
la monnaie et en s'attribuant un pouvoir économique non justifié
par un effort créatif : ce qui est exact en période d'inflation
et lorsque l'Etat se sert de la monnaie à ses propres fins.
Une monnaie saine rend les gens confiants dans la valeur
et dans la justice de l'argent. "Rien n'est moins important
que la monnaie... quand elle est bien gérée" dit FRIEDMAN.
En écho, LENINE pronostiquait : "Pour pourrir l'Occident, il
suffit de pourrir sa monnaie".
Toutefois, il est vrai que derrière le procès fait à la monnaie,
il y a souvent un procès fait à la richesse, à la propriété. Le
sale argent, c'est souvent celui des riches.
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CES CAPITALISTES QUI S'ENRICHISSENT EN EXPLOITANT
LES AUTRES
"La propriété c'est le vol" : la formule de PROUDHON
est restée célèbre. Comme tous les slogans, elle n'a pas grand sens
: car comment définir le vol si on n'admet pas la propriété ? Mais
comme tous les slogans elle a frappé les esprits parce qu'elle rencontre
cette croyance que si certains ont plus c'est parce que d'autres
ont moins. MARX a bien expliqué le phénomène : les travailleurs
ont moins parce qu'ils n'ont pas la propriété du capital ; les capitalistes,
propriétaires des moyens de production, peuvent donc leur "voler"
une partie du fruit de leur travail. C'est le thème de l'exploitation
des travailleurs par la classe des capitalistes.
Ce que MARX et PROUDHON n'avaient pas compris, c'est que
la propriété est indispensable aux hommes (elle est "de droit
naturel"), indispensable aux échanges productifs. Et que la
propriété du capital n'est qu'une conséquence logique de la reconnaissance
du droit de propriété. De plus ils s'imaginaient que capitaliser
est l'apanage d'une minorité, alors que le capitalisme aujourd'hui
est de plus en plus "populaire" : la propriété ne s'est
pas concentrée, elle s'est diffusée.
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Que la propriété soit inhérente à l'homme lui-même a été démontré
de longue date. D'ARISTOTE à Thomas d'AQUIN, en passant par la doctrine
sociale de l'Eglise, tous les philosophes occidentaux ont insisté
sur les vertus de la propriété.
Au XIXème siècle, l'économiste français Frédéric BASTIAT
a donné la démonstration la plus simple et la plus convaincante
de la nécessité de la propriété. Il l'a rattachée à la liberté individuelle.
Etre libre, c'est pouvoir affirmer sa personnalité, démontrer ce
dont on est capable. Dans une société où personne ne peut rien posséder,
les hommes sont réduits à l'anonymat, ils ne sont pas libres. Mais
il nous faut donc un système d'identification des capacités individuelles.
C'est le rôle de la propriété, qui permet à chacun de s'approprier
les droits qu'il a obtenus par sa création personnelle. La propriété
est une procédure d'identification et de reconnaissance des mérites.
La trilogie liberté-capacité-propriété est donc inséparable.
Mais attention : le droit de propriété est à son tour inséparable
des devoirs de propriété. Cela signifie que si quelqu'un a obtenu
à un moment donné des droits qu'il s'approprie, il ne conservera
ces droits que dans la mesure où il est capable de les gérer, et
de démontrer en permanence qu'il les mérite. C'est un aspect de
la propriété qu'on passe habituellement sous silence. On ne voit
en effet dans la propriété que son aspect négatif : la propriété
est exclusivité, elle interdit à d'autres de bénéficier de l'usage,
des fruits et de la disposition des choses qui sont ma propriété.
Mais l'exclusivité n'est pas la seule caractéristique de la propriété
; il faut compter aussi avec sa transférabilité. Cela signifie que
la propriété est appelée à changer de mains, que les droits de propriété
peuvent passer des uns aux autres, pour peu qu'on laisse jouer le
libre marché des droits de propriété.
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La propriété sera alors soumise à la règle générale des produits,
dont la valeur véritable est déterminée par le marché, et seulement
par le marché. De la sorte, le propriétaire qui est dans l'incapacité
de conserver à sa propriété toute la valeur qu'elle pourrait avoir,
et de lui donner toute la rentabilité qu'elle pourrait dégager,
sera l'objet d'une contestation marchande : quelqu'un pourra prétendre
lui racheter ses droits, et la propriété passera à un nouveau titulaire
qui lui donnera un meilleur usage.
Nous avons déjà rencontré ce problème à propos de l'entreprise.
Les propriétaires de l'entreprise ne sont pas durablement installés
aux commandes. Ils subissent à tout moment les assauts de ceux qui
prétendent faire mieux qu'eux. Le lieu de ces assauts est le marché
financier, celui-là même qui est si fortement décrié par les adversaires
du capitalisme, alors qu'il est la menace et la sanction la plus
implacable pour ceux qui font un mauvais usage du capital.
Ce qui légitime moralement et économiquement la propriété,
c'est cette circulation incessante des droits de propriété ; car
elle nous garantit qu'à tout moment les richesses et les moyens
de production sont entre les mains de ceux qui en donneront le meilleur
usage social.
Il est vrai qu'il faut du temps pour que ce mécanisme de
redistribution de la propriété fasse son oeuvre. C'est souvent l'affaire
d'une génération, sinon deux. Les héritiers incompétents entament
la fortune amassée par leurs parents ; à la deuxième génération
il ne reste plus rien. Mais il est tout à fait possible que les
enfants soient aussi avisés que les parents : rien à dire contre
l'héritage. Ceux qui veulent égaliser les fortunes en pratiquant
la confiscation des héritages semblent ignorer complètement ce phénomène
de redistribution permanente des fortunes, statistiquement établi
du reste. De plus, ils ignorent aussi que l'héritage est une liberté
du propriétaire : après tout on a le droit de se sacrifier pour
ses enfants ou pour d'autres et de leur léguer une fortune.
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Il y a ici une opposition flagrante entre le discours idéologique
et politique d'une part, et le sentiment profond des individus d'autre
part. Car, au fond d'eux-mêmes, les individus ne sont ennemis ni
du patrimoine, ni de la transmission du patrimoine. On constate
que la gestion patrimoniale est un art auquel accèdent rapidement
des gens en quantité croissante. Avoir "du bien", disposer
d'un compte d'épargne, accéder à la propriété de son logement, donner
à ses enfants une éducation et des diplômes de qualité : quelle
est la famille française qui n'ambitionne pas de constituer un patrimoine,
de lui donner la valeur la plus grande possible, et d'offrir par
là-même à tous les membres de la famille des conditions de vie plus
agréables ? Car le patrimoine apporte avec lui la rentabilité, la
sécurité et la liquidité. Il permet d'améliorer le quotidien et
de surmonter l'imprévu ; il permet d'accéder à un niveau supérieur
ou de conserver et défendre son niveau actuel.
Il n'y a pas de différence à faire entre le patrimoine "privé"
ou "familial" et le capital productif : la maison est
un bien de production plutôt qu'un bien de consommation, de même
le capital-diplôme ou le capital-santé accumulé est un bien de production.
Ensuite, le capital productif des entreprises est de plus en plus
possédé par des actionnaires très nombreux et très modestes, et
les actions constituent donc un élément intéressant du patrimoine.
Cela s'est bien vu avec les privatisations qui ont porté le nombre
des actionnaires français d'un million cinq à près de sept millions.
Le mouvement devrait s'accentuer encore, pour nous amener à la situation
de certains pays (Etats Unis, Japon), où les deux tiers des familles
ont un portefeuille de titres financiers, comprenant des actions.
La classe des "capitalistes" s'est bien élargie, et il
est difficile d'accréditer la thèse de l'exploitation dans ces conditions
!
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En fait, MARX et les autres ont commis un contre-sens complet sur
la nature du capitalisme. Ils ont analysé le capitalisme comme s'il
y avait d'un côté des propriétaires du capital, de moins en moins
nombreux d'ailleurs d'après eux, et tous les autres. En réalité,
s'il est vrai que le capitalisme est un système fondé sur la propriété
privée, il est surtout un système fondé sur la "capitalisation",
c'est-à-dire l'aptitude des hommes à gérer sur plusieurs générations,
sur des périodes de temps très longues. La capitalisation permet
de se libérer des contraintes de la période actuelle, d'étaler le
calcul économique sur un temps très long : progrès décisif. Quand
les hommes ont commencé à épargner, à investir, et à se préparer
un avenir meilleur en faisant des sacrifices immédiats, ils ont
grandement amélioré leurs performances. Voilà pourquoi dans les
pays les plus pauvres les gens vivent "au jour le jour".
Chez eux, en effet, point de capitalisation : on n'ose pas faire
des plans sur un futur tellement précaire. Voilà pourquoi dans les
régimes qui ont évacué la propriété les gens sont désespérés : pour
eux pas de projet à long terme, pas d'espoir pour les enfants.
Dans leur récente volonté de réforme, les gouvernants de
l'Europe de l'Est ont eu la lucidité de revenir au principe du marché,
mais ils n'ont pas toujours eu le courage politique de restaurer
la propriété des moyens de production. Voilà pourquoi ils ont du
mal à se sortir de la stagnation. Il ne s'agit pas seulement de
laisser aux gens la liberté de gagner de l'argent et de le dépenser,
il faut aussi leur permettre de capitaliser et de travailler pour
l'avenir.
L'inflation a les mêmes effets que l'expropriation. Elle
ruine l'épargne et la capitalisation, elle enrichit les "spéculateurs"
c'est-à-dire ceux qui captent les faux droits distribués avec la
fausse monnaie ; la plupart sont évidemment les gens de l'Etat et
leurs amis.
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Ainsi on ne se rend pas compte que tous les dérèglements liés à
la propriété ne sont pas dus au jeu normal des droits de propriété,
mais au contraire aux atteintes à la propriété et à la distribution
de faux droits de propriété. Entreprises publiques, fiscalité confiscatoire
(c'est un pléonasme, hélas), expropriations, propriétés collectives
: voilà autant d'anomalies, autant d'injustices. C'est pour s'y
complaire que des gouvernants ont condamné leurs peuples au sous-développement
durable ; et puisqu'il s'agit d'attitudes contraires à l'élan spontané
des individus, elles ne peuvent se perpétuer que dans des régimes
dictatoriaux.
Il est vrai que l'on oppose à la propriété et au capitalisme
la grande idée de la "justice sociale", autre préjugé
dont il faut s'affranchir.
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CHERE JUSTICE SOCIALE
L'un des ouvrages récents d'HAYEK porte le titre "Les
mirages de la justice sociale". La justice sociale est en effet
un concept mal défini, et qui coûte fort cher. Un bel exemple est
fourni par les systèmes actuels dits de "protection sociale".
Concept mal défini, car comment une société pourrait-elle
être "juste " ? Certains prétendent qu'on décèle une société
juste aux résultats qu'elle produit, notamment en ce qui concerne
la distribution des revenus ou des patrimoines. La justice ici s'entend
de l'égalitarisme, ou d'une répartition "harmonieuse"
des richesses.
Le pur égalitarisme est évidemment la pire injustice. Il
aboutit en effet à nier les différences de travail, de mérite, d'initiative.
La justice peut-elle consister à mettre sur un pied d'égalité ceux
qui font bien et ceux qui font mal ? "Il n'y a pas de pire
injustice que de traiter également des choses inégales" disait
déjà ARISTOTE. Au demeurant, l'égalitarisme est utopique : chassez
les différences, elles reviennent au galop. A moins d'enfermer les
individus dans une société totalitaire, leur interdisant tout progrès
personnel, toute volonté de différenciation. Même dans ce cas, les
gardiens de la société et de l'ordre totalitaire ne sont pas tout
à fait égaux aux autres : dans les régime fondés sur l'égalité,
tout le monde est égal, mais il y en a certains qui sont "plus
égaux que d'autres". Les nomenklaturas sont là pour en témoigner
: l'égalité c'est surtout bon pour les autres.
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Si le pur égalitarisme est vue de l'esprit, ou masque du totalitarisme,
on pourrait peut-être concevoir une distribution des richesses qui,
sans être égalitaire, serait considérée comme normale, donc acceptée
par tous. Mais quelle serait cette distribution ? En dépit des efforts
tentés par quelques auteurs, dont récemment John RAWLS, on ne sait
pas ce que serait cette fameuse distribution objet d'un consensus.
Chacun voit en effet midi à son horloge, et on a tendance à estimer
que l'on n'en a pas assez soi-même tandis que les autres en ont
toujours trop. On a du mal à imaginer qu'une unanimité se dégage
pour s'arrêter à une distribution des richesses sur laquelle plus
personne n'aurait jamais plus rien à dire. Ou il faudrait alors
imaginer une situation parfaitement figée, où aucun gain, aucune
plus-value ne risquerait d'apparaître et d'attirer des convoitises
nouvelles.
HAYEK a bien montré qu'une recherche de la justice à travers
des résultats était complètement vouée à l'échec, et contraire à
la fois à la nature des hommes et à l'idée de progrès. Une société
ne peut être juste par les résultats auxquels elle parvient.
Parce qu'une société, de façon générale, ne peut être juste.
Seuls les hommes qui la composent peuvent être jugés comme "justes"
ou "injustes". En d'autres termes, la justice est affaire
de comportements individuels. Sont justes ceux qui se conforment
à la règle établie, à l'état de droit, c'est-à-dire aux conditions
dans lesquelles se déroule la vie économique et sociale. Ces conditions
peuvent faire l'objet d'un consensus. Les règles de droit peuvent
être reconnues par tous - ou presque tous, parce que dans une société
il y aura toujours des marginaux. Il y a une bonne raison à cela
: on ne sait pas à l'avance à qui profitera ou nuira la règle que
chacun s'accorde à respecter. Lorsque les pratiquants d'un sport
se présentent sur le terrain, ils ont accepté les règles du jeu,
ce n'est pas pour autant un gage de succès ou d'échec. A-t-on jamais
estimé que le résultat d'un match était injuste ? Si c'est le cas,
c'est qu'il y a eu quelque part une faute d'arbitrage, et que les
règles du jeu n'ont pas été respectées. C'est l'infraction à la
règle qui crée l'injustice, ce n'est pas le score final.
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Ces évidences n'ont pas encore percé jusqu'aux hommes politiques
et aux gouvernants. Il faut dire que leur intérêt est d'accréditer
la thèse de la justice sociale, et de s'en faire passer pour les
défenseurs et les artisans. Il existe un "marché politique",
dont les principes ont été clairement exposés par James BUCHANAN
et Gordon TULLOCK. Sur ce marché les entrepreneurs (candidats) essayent
de vendre à des clients (les électeurs) les produits qui les intéressent
(les interventions, les subventions, les privilèges de diverses
natures). La monnaie, sur ce marché, est le bulletin de vote, et
les produits qui se vendent le mieux sont ceux qui rapportent le
plus de votes. Dans ces conditions, il est facile de faire passer
pour l'intérêt général ou pour la justice sociale ce qui est en
fait conforme à des intérêts bien privés, bien catégoriels. Les
majorités électorales ne sont faites que de la somme de majorités
partielles, d'intérêts différents qui convergent simplement vers
une chose : on a besoin de l'Etat et des administrations pour profiter
de l'argent public. C'est ce qui explique d'ailleurs la croissance
de l'Etat dans les démocraties représentatives. Les gens qui ont
intérêt à voir apparaître de nouvelles dépenses publiques en leur
faveur sont mieux organisés et plus efficaces que la masse amorphe,
inorganisée des contribuables - d'autant que certaines formes de
fiscalité, comme la fiscalité indirecte, sont particulièrement "anesthésiantes".
Nous disons que les "coalitions dépensières", les lobbies,
mènent la danse budgétaire : voilà l'explication du gonflement incessant
des budgets.
Cette manière de vivre en société n'a pas seulement des conséquences
financières. Elle a aussi pour résultat de pervertir la démocratie,
en permettant à des majorités de circonstance de "faire la
loi", d'exproprier les uns, de ruiner les autres, et de soumettre
tout le monde à la volonté des dirigeants, qui ont pour eux la "souveraineté
nationale" (autre mythe indéfinissable). Les pires dictatures
peuvent ainsi être légalisées par le jeu "démocratique".
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En fin de compte, les individus deviennent tributaires de l'Etat
au point qu'ils abandonnent leur liberté sans y prendre garde. Cela
est particulièrement net avec l'apparition des "droits de l'homme
de la seconde génération", c'est-à-dire les droits économiques
et sociaux. Les Droits de la première génération, ceux qui avaient
été pratiqués en Angleterre dès le XIIème siècle, et proclamés aux
Etats Unis d'abord (1776) puis en France (1789) ensuite, étaient
autant de garanties de l'individu contre l'arbitraire du pouvoir
; le droit de propriété y figurait en bonne place. Ces premiers
droits sont des "droits de", des droits contre l'Etat.
Les droits de la deuxième génération sont des droits que théoriquement
les individus ont sur la société, qui doit leur garantir un certain
nombre de résultats : le travail, la santé, un minimum vital, la
culture, etc. Dans la pratique, ces droits ne peuvent être fournis
que par l'Etat, ce sont des "droits à" ; ils autorisent
évidemment les Etats à prendre toutes les mesures nécessaires à
obtenir ces résultats. Comment les mêmes citoyens peuvent-ils en
même temps être indépendants de l'Etat et en attendre la plupart
des bonnes choses de la vie ? Il y a là une contradiction que les
démocrates n'ont pas souvent perçue, et qui a fait la fortune de
la société politique, tandis que le cercle des relations privées
s'en trouvait diminué d'autant.
Une des escroqueries majeures de ces cinquante dernières
années a été l'ouverture d'un droit à la protection sociale. Son
invention peut être située en 1940 avec lord BEVERIDGE, disciple
et admirateur de KEYNES. Ici l'Etat doit couvrir les individus contre
les risques majeurs de leur existence : maladie, vieillesse, naissances,
chômage. Tous ces "accidents" représentent des dépenses
importantes, des situations dans lesquelles on aime bien disposer
d'un pouvoir d'achat, alors même que les revenus tirés de l'activité
productive ne sont pas là ou sont insuffisants. La société doit
prendre en charge ces dépenses, et couvrir ces frais à partir de
cotisations obligatoires prélevées sur les revenus des gens en activité.
En France cela nous a valu la Sécurité Sociale, administration
organisée suivant le génie propre à notre nation : centralisée,
syndicalisée et politisée.
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Dans ce système monolithique, massif et irresponsable, rien n'incite
à réduire les coûts. D'abord parce que le mode de perception des
cotisations empêche les assurés de connaître exactement ce qu'ils
paient. Les Français seraient surpris s'ils apprenaient que "leur"
Sécurité Sociale leur coûte en moyenne, par mois et par famille
environ 5.600 Francs (janvier 1990). Ils seraient également surpris
d'apprendre que ces sommes sont purement et simplement prélevées
sur la valeur de leur travail, et non pas payées par "le patron"
ou encore moins par l'Etat. Le gigantisme de l'organisation fait
également obstacle à une bonne information sur sa gestion. Ceux
qui ont en charge les Comptes de la Sécurité Sociale reconnaissent
eux-mêmes qu'ils sont dans l'incapacité de connaître avec une précision
de 15 milliards le montant du déficit. Chaque fin d'année nous ramène
vers les mêmes incertitudes : de combien sera le déficit pour l'année,
et pour l'an prochain ? D'ailleurs le déficit est compensé toujours
de la même manière : augmentation des cotisations, diminution des
prestations.
Tout cela est l'indice qu'il n'existe pas de contrôle véritable
sur ce système, dont le budget est pourtant supérieur à celui de
l'Etat ! Il est évidemment plus commode d'incriminer l'attitude
des malades, ou du corps des professions médicales, ou le prix des
médicaments. Mais les dépenses de santé représentent une goutte
d'eau dans le déficit. On oublie de dire que les dépenses de l'hospitalisation
publique sont le poste le plus lourd dans le budget de la santé,
et que la santé est moins déficitaire que les retraites. L'hospitalisation
publique souffre d'avoir été protégée contre la concurrence efficace
des cliniques et hôpitaux privés, auxquels la réglementation réserve
un sort particulièrement inégal. On sait pourtant que le prix d'une
journée dans le "privé" est 40 % inférieur en moyenne
à ce qu'il est dans le public. Quant au régime des retraites, il
souffre d'avoir été conçu comme un système dit de "répartition",
alors que seul le système de "capitalisation" est praticable.
Le choix en faveur de la "répartition" est purement idéologique,
parce que l'on a entendu créer une solidarité forcée entre les générations
; que le jeune paye pour son aîné est en effet très sympathique
et très "social", mais cela suppose que le nombre de jeunes
soit sans cesse au moins égal au nombre des "aînés". Comme
c'est loin d'être le cas actuellement avec le vieillissement de
la population et la retraite à 60 ans, l'équilibre est déjà rompu
et le système explosera dans moins de vingt ans. Les Français l'ont
très bien compris, qui se couvrent contre ce risque en prenant des
assurances complémentaires. Mais ils sont ainsi condamnés à payer
deux fois la même prestation, et il y a quelque chose de bizarre
à devoir s'assurer contre le risque de faillite de l'assureur !
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Quand on rappelle ces évidences - qui finissent par être timidement
perçues aujourd'hui - on peut passer pour un adversaire de la protection
sociale. Toute réforme envisagée pour mettre fin aux excès du système
actuel apparaît comme une tentative pour laisser les Français sans
défense devant des risques aussi réels que le chômage, la maladie,
la vieillesse ou les charges entraînées par une famille nombreuse.
Il faut au contraire comprendre qu'il existe bien d'autres façons
pour les Français de se prémunir contre ces risques, qui leur coûteraient
moins cher et qui les garantiraient mieux. Ces réformes - qui mériteraient
d'être étudiées dans le détail - consistent essentiellement à faire
éclater le bloc actuel. Eclatement entre les divers régimes dont
la signification économique n'est pas la même. Chômage, maladie
et retraites relèvent purement et simplement de l'assurance, tandis
que l'aide aux familles est affaire de solidarité. Eclatement entre
le public et le privé. Il faut instaurer une concurrence entre la
Sécurité Sociale et les entreprises privées susceptibles de fournir
les prestations aujourd'hui monopolisées : liberté totale de la
médecine et de l'hospitalisation, liberté pour des compagnies d'assurances
de proposer des contrats de maladie, de retraite et d'assurance-chômage
vraisemblablement conçus suivant la technique de la capitalisation.
Eclatement enfin des structures actuelles de la Sécurité
Sociale ; sous les coups de boutoir de la concurrence elle sera
bien obligée de se décentraliser, de donner autonomie de gestion
aux caisses locales. Il faut évidemment laisser aux Français le
choix de leur système, il n'est pas si difficile qu'on le prétend
d'organiser le passage du monopole actuel à un marché concurrentiel.
A vouloir à tout prix "sauver la Sécurité Sociale",
à la renflouer à grands coups de "prélèvements exceptionnels"
(reconduits d'une année sur l'autre), de cotisations, de subventions,
on porte les charges sociales à un maximum (la France détient pratiquement
le record des pays de la CEE) et surtout on rend la condition des
familles françaises les plus modestes de plus en plus précaire :
les Français se croient protégés, ils le seront de moins en moins...
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PREJUGES SUR L'ETRANGER
Les choses peuvent-elles changer avec l'ouverture de la France
sur l'Europe d'une part, sur le monde d'autre part ?
On le voit à travers le projet européen de "charte sociale"
: la position du gouvernement français consiste à rêver d'un alignement
général des pays de la CEE sur les normes françaises. L'argument
est bien simple : ne sont pas concurrentiels des pays dans lesquels
les lois sociales ne sont pas identiques, et où le niveau de la
protection sociale n'est pas identique. On dira de même que l'offensive
commerciale du Japon et des "dragons" s'explique par les
lamentables conditions de travail faites à la main d'oeuvre dans
ces pays.
En conséquence il faut bien sûr faire quelque chose pour
se protéger contre cet échange "inégal".
En d'autres termes, chaque fois que des activités françaises
sont soumises à une compétition dans laquelle elles ne brillent
guère, il est commode d'incriminer le comportement des autres plutôt
que de se remettre en cause. C'est aussi l'occasion de critiquer
le principe même du libre-échange, d'incriminer le "capitalisme
sauvage" et d'appeler le secours de l'Etat pour sauver nos
emplois et nos entreprises.
Nous devrions de temps en temps nous demander si les étrangers
sont réellement ces peuples tricheurs et mal intentionnés, ou s'ils
ne cultivent pas plutôt certaines vertus que nous négligeons.
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L'exemple le plus significatif est celui des sentiments que nous
nourrissons à l'égard du Japon. Nul ne conteste l'agressivité commerciale
des firmes japonaises, ni le danger réel qu'elles représentent pour
nos producteurs nationaux dans certains domaines. Mais quelle est
la raison véritable du succès japonais ? Les entreprises japonaises
reçoivent-elles aide et protection de la part de leur Etat ? Le
MITI est souvent incriminé : ce ministère de l'industrie aurait
soutenu de ses investissements et de ses réglementations l'expansion
de l'industrie japonaise. En fait on sait maintenant que non seulement
le MITI n'a eu qu'un rôle de façade, mais de nombreux chefs d'entreprises
japonaises lui reprochent d'avoir voulu s'ingérer dans la vie industrielle
et d'avoir nui au commerce plutôt que de l'avoir servi. Autre critique
adressée au Japon : le comportement des consommateurs qui sont très
nationalistes et préfèrent les produits locaux aux produits importés.
Si c'était le cas, la balance japonaise devrait être en excédent
spectaculaire ; c'est loin d'être le cas, et l'Allemagne a des excédents
commerciaux bien plus importants. Si les Européens préfèrent les
autos japonaises aux européennes, au point que les constructeurs
européens ont obtenu un contingentement des importations, comment
empêcher les Japonais eux-mêmes de préférer leurs propres autos
? A l'inverse nous constatons que les Japonais cultivent sans problème
le goût des parfums, de la couture et des cognacs made in France.
La raison du succès japonais doit donc être cherchée ailleurs
que dans un protectionnisme ouvert ou déguisé. On peut évoquer au
moins deux éléments. Le premier est le fabuleux réservoir d'épargne
dans lequel les entreprises et les financiers japonais peuvent puiser.
Les ménages japonais épargnent presqu'un tiers de leur revenu. Une
grande partie de cette épargne s'investit directement dans les entreprises
: les salariés laissent entre les mains du "patron" un
argent qui va fructifier, et couvrir par exemple un certain nombre
de risques sociaux, dont la retraite. Ainsi les entreprises ne sont-elles
pas obligées de s'endetter pour assurer leur développement. Mieux
: il reste assez de capacité financière pour aller placer des capitaux
à l'étranger et prendre le contrôle de sociétés étrangères dont
les maîtres actuels ne tirent pas tout le profit possible.
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Souvent, dans ces entreprises reprises, les Japonais feront application
de leurs méthodes de travail et de management. Voici justement le
deuxième élément du dynamisme japonais : l'art de motiver les hommes
et de les rendre plus productifs. Cet art passe d'abord par une
éducation à la performance et à la responsabilité ; le Japon est
le pays où il y a la plus forte proportion de "bacheliers"
et où l'apprentissage des méthodes et des modes de raisonnement
passe avant l'accumulation des connaissances.
Il y a aussi une solide volonté individuelle de progresser.
Mais les relations de groupe sont d'une rare qualité ; chacun apprend
à agir en fonction des autres, à respecter la règle du jeu, à communiquer
l'information autour de soi. L'ensemble est soutenu sans doute par
une conscience patriotique très aiguisée : une sorte de revanche
sur le sort subi en 1945.
Il n'est sans doute ni souhaitable ni possible de faire vivre
les Français et les autres à la mode japonaise. Mais nous pouvons
par contraste mesurer ce qu'il nous manque : l'exigence de la qualité,
le sens de l'équipe, le goût de la communication, un attachement
à des valeurs communes. Ces vertus ne sont pas l'apanage des seuls
Japonais. La preuve en est que d'autres nations, adoptant les mêmes
principes réussissent aussi bien, au point même d'inquiéter les
Japonais à leur tour : on se réfèrera par exemple aux Coréens du
Sud. La preuve en est encore que de nombreuses entreprises françaises
ont su changer radicalement le comportement des hommes au travail,
et arrivent à soutenir la comparaison avec les meilleurs, en dépit
des avatars de la politique française.
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Un autre exemple intéressant est celui des Américains, que l'on
accuse de fausser les échanges par leurs manipulations monétaires
incessantes. Notons d'abord que c'est un domaine où nous sommes
mal placés pour critiquer les autres : la France détient le record
des dévaluations et des artifices monétaires et nous sommes sans
cesse rappelés à l'ordre, notamment par notre premier partenaire
commercial, l'Allemagne. Mais il est vrai que les fluctuations du
dollar peuvent perturber les échanges. Il faut simplement observer
que les Américains eux-mêmes ne sont pas heureux de ces parties
de yoyo. Quand le dollar monte, les producteurs américains s'empressent
de faire pression sur le FED pour que la politique monétaire soit
changée. D'autre part un pays qui fait du "protectionnisme
monétaire" reçoit un véritable cadeau empoisonné. Les Américains
l'ont appris à leur dépens pendant la décennie 1962-1972. A ce moment,
tout semblait facile puisque la dette extérieure américaine était
payée en dollar, monnaie internationale obligée (d'après le système
de Bretton Woods, en vigueur jusqu'en Août 1971). Les USA étaient
en mesure de se procurer les produits étrangers en quantité, et
les payaient en monnaie de singe. Cela avait pour mérite de sauvegarder
le pouvoir d'achat de l'Américain moyen. Mais cela n'était pas très
stimulant pour la productivité et la compétitivité des entreprises.
De la sorte, les Américains se sont réveillés quelques années plus
tard avec une économie totalement inadaptée, et se sont aperçus
qu'entre temps ils avaient été rattrapés par les Européens... et
les Japonais. Dans sa première phase l'administration REAGAN a eu
la sagesse de procéder à une sérieuse remise en ordre monétaire
(amorcée d'ailleurs sous CARTER), et s'est interdite de manipuler
les taux de change et les taux d'intérêt. Le dollar a alors atteint
des sommets. Ensuite, la politique a été moins assurée et plus interventionniste,
sous la pression des exportateurs, et le dollar a commencé à fluctuer,
au hasard des méandres de la politique du FED. Semblable mésaventure
est arrivée d'ailleurs à Margaret THATCHER, dont le chancelier de
l'Echiquier, Michael LAWSON a cru bon de laisser baisser la Livre
Sterling pour stimuler les exportations et n'a réussi en fait qu'à
relancer une inflation qui avait été pratiquement maîtrisée jusque
là.
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C'est dire qu'il faut beaucoup de persévérance et de rigueur
aux gouvernements pour ne pas fausser les échanges internationaux
par leurs initiatives intempestives sur la monnaie et le marché
des changes. Voilà pourquoi l'expérience allemande est exemplaire.
Certains sont, là encore, tentés de chercher l'explication de la
place dominante de la RFA dans les échanges mondiaux et de la force
du deutschemark du côté de manoeuvres plus ou moins suspectes. En
réalité les Allemands récoltent aujourd'hui le fruit de quarante
ans de stricte discipline monétaire, de consensus social et de discrétion
dans les interventions étatiques. A l'heure présente, nombreux sont
ceux qui croient à un renouveau de l'impérialisme allemand sur l'Europe
centrale ("Mittel Europa") et décrivent les entreprises
allemandes comme des oiseaux de proie prêts à fondre sur les pays
de l'Est. Cette vision politique et alarmante de nos voisins germaniques
ne doit-elle pas s'effacer devant une réalité indéniable : la France
est devenue le premier client de l'Allemagne (mais aussi un de ses
premiers fournisseurs dans beaucoup de domaines) sans que l'"impérialisme"
allemand ait jamais été ressenti ? Ne s'agit-il pas bien plutôt
du jeu normal des échanges, qui veut que les meilleures entreprises
proposant les meilleurs produits finissent par l'emporter dans la
compétition et trouvent l'agrément des consommateurs étrangers aussi
bien que locaux ?
Ce rapide tour d'horizon permet de comprendre toute la différence
qui existe entre la "guerre économique" et la "compétition
économique". La guerre économique procède d'une vision purement
politique des relations mondiales. Nous nous sentons agressés par
des peuples entiers, déferlant sur les marchés avec l'appui efficace
de leurs Etats. Si nous souffrons dans les échanges extérieurs,
c'est donc principalement le fait des autres, de leur protectionnisme,
de leurs vues hégémoniques et du machiavélisme de leurs dirigeants.
La compétition économique nous invite à ramener les relations
économiques mondiales à ce qu'elles sont réellement : non pas un
affrontement entre peuples, mais un concours entre entreprises,
dans lequel l'avantage va finalement au meilleur. Dans cet esprit,
l'issue consiste non pas à attendre des Etats qu'ils s'érigent en
justiciers ou en organisateurs de la scène mondiale, mais à encourager
nos entreprises et nos producteurs à être les meilleurs, ou parmi
les meilleurs. Pour ce faire il n'est nul besoin de l'aide active
des pouvoirs publics, on leur demande au contraire de laisser les
gens travailler en paix, sans se livrer à d'incessantes interventions
qui perturbent et pénalisent plus qu'elles n'aident.
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OUEST-EST, NORD-SUD
Ces considérations prennent un relief particulier quand on
les applique aux relations appelées Est-Ouest ou Nord-Sud.
Quand le vent de la liberté a soufflé du côté de l'Est, certains
dirigeants ont fait comme s'ils n'avaient pas compris les vraies
aspirations de ces peuples. Plus exactement, ils ont projeté sur
les pays en voie de libéralisation les schémas intellectuels qu'ils
voulaient imposer en Occident : organisation des échanges commerciaux
et financiers internationaux grâce à la concertation et à la coopération
entre Etats, entre banques centrales, sous la bannière d'une réglementation
harmonisée et d'une technocratie éclairée. Voici donc l'invitation
lancée pour construire la "maison commune" ou pour se
satelliser autour de la planète de Bruxelles. Si les peuples de
l'Est avaient la naïveté d'accepter cette invitation, l'espoir de
progrès rapide légitimement conçu après quarante ans d'asservissement
et de privations s'évanouirait rapidement. Pourtant, c'est bien
dans cette voie que certains voudraient engager les Européens. L'irruption
brutale de tous ces nouveaux producteurs, et tous ces nouveaux consommateurs
n'a-t-elle pas de quoi inquiéter, et les gouvernements de l'Ouest
n'ont-ils pas le devoir de "guider" les efforts de ces
nouveaux partenaires ? Un genre de "plan Marshall" n'est-il
pas nécessaire : les Etats Unis sont bien venus au secours de l'Europe
en 1948 ?
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On voit par exemple les syndicats ouest-allemands s'alarmer de la
concurrence de ces Polonais, de ces Tchèques et de ces gens de RDA
qui pourraient peser sur le marché du travail et réduire les taux
de salaires. On voit des entrepreneurs de toutes nationalités craindre
que la puissance allemande soit encore accentuée par ce glissement
des marchés vers l'Est. Pour "canaliser" le flot déferlant,
rien de tel que de passer par les Etats, et de bâtir la croissance
économique de l'Est à partir des crédits publics et des négociations
inter-étatiques.
Ce faisant, on n'hésite pas à dévoyer l'authentique révolution
qui vient de se produire : on remet en selle des dirigeants usés
ou haïs, qui se proposent de sauver l'essentiel de la nomenklatura
communiste, et on condamne les gens de l'Est à jouer les prolongations
du socialisme alors même qu'ils pensaient bien en avoir fini et
qu'ils espéraient s'intégrer enfin au réseau mondial de la liberté
et de la prospérité.
Nous risquons de nous comporter vis-à-vis des peuples de
l'Est de la même manière que nous l'avons fait pour les peuples
du Sud : en néo-colonialistes. Entendons par là que le "Nord"
a été trop prompt et trop entêté à "aider" le Sud en le
coupant de la logique économique et marchande pour lui concocter
un développement à base d'aides publiques, d'organisations internationales
et de planification.
Aux yeux de nombreux dirigeants et experts du Nord, le Tiers
Monde n'avait que trop souffert du commerce et de l'économie de
marché. Une thèse - purement idéologique - n'expliquait-elle pas
que toutes les misères des pays pauvres (mieux : des "nations
prolétaires") provenaient uniquement de l'exploitation commerciale,
de la loi du profit ? D'autres, plus "modérés", n'avaient-ils
pas le sentiment que les peuples du Tiers Monde n'avaient pas les
ressources ni les compétences pour s'abandonner à la concurrence
internationale "sauvage", dans laquelle ils seraient nécessairement
laminés ? Dans ces conditions, le développement ne pouvait passer
que par la bienveillance tutélaire du Nord, dispensant crédits,
experts et conseils aux gouvernements des "jeunes nations".
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On connaît le résultat. Grâce à cette méthode, nous avons condamné
des millions d'êtres humains à rester dans la misère et l'oppression.
Notre aveuglement intellectuel et politique leur a coûté trente
ans de retard, voire même un recul qui les a ramenés cinquante ans
en arrière. Nous n'avons cessé de subventionner des dictateurs,
d'enrichir la nomenklatura des partis uniques ou des familles présidentielles.
Nous avons généreusement distribué avec la bénédiction du FMI et
des commissions de l'ONU des crédits publics inconsidérés qui se
sont transformés en armements, en palais résidentiels ou en comptes
bancaires en Suisse, pour donner en fin de compte la fameuse "dette
du Tiers Monde", qu'on ne sait évidemment pas éponger.
Bienheureux les peuples qui ont échappé à cette doctrine,
ou qui ont su s'en affranchir. Aujourd'hui ils sont au rendez-vous
de la prospérité et leur réussite a été telle qu'elle nous inquiète
: ils sont devenus par exemple les "quatre dragons" de
l'Asie et nous avons tellement de sympathie pour leur réussite que
nous nous empressons de freiner ou d'"organiser" leurs
exportations : n'ont-ils pas commis le crime d'accéder au commerce
mondial en s'imposant des sacrifices, en obtenant une productivité
record et en proposant des produits de bonne qualité à des prix
ridicules ? Il ne vient pas à l'idée de beaucoup de gens que demain
ces Asiatiques seront aussi des consommateurs, parce que leur pouvoir
d'achat aura été multiplié par dix (il a déjà quintuplé à peu près
au cours des dix dernières années). Dès aujourd'hui la balance de
certains de ces pays "en développement rapide" est déficitaire
; ce qui signifie que ces exportateurs sont également avides de
mieux-être, et prêts à accepter les produits de l'étranger, pourvu
qu'ils correspondent à leurs besoins. Au lieu de nous lamenter sur
le sort de nos belles entreprises menacées par ces concurrents nouveaux,
suspects et pour tout dire "sauvages", nous aurions intérêt,
il est encore temps, à nous demander ce que nous pourrons bien leur
proposer en l'an 2000 (ou avant !). Mais il est évidemment
plus facile pour les gouvernants du Nord, pour les producteurs du
Nord, de se réfugier dans le protectionnisme, et de soulager notre
conscience à l'égard du Sud en mettant la main au porte-monnaie
pour en extraire l'argent pris dans la poche du contribuable ou
créé artificiellement.
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Il nous faut enfin nous résoudre à voir les étrangers tels qu'ils
sont. Non pas des ennemis déloyaux qui veulent notre ruine. Mais
des hommes comme nous, à la recherche de leur propre progrès. Certains
ont eu le malheur d'être bloqués dans la voie de leur développement
par les interdits de la planification et de la dictature. Nous y
sommes pour quelque chose, parce que nous nous sommes faits les
complices des attaques contre le marché, la libre entreprise et
le libre-échange, et puisque nous avons implicitement ou explicitement
encouragé leurs dirigeants et leurs dirigistes.
Mais aujourd'hui nous n'avons plus le droit de les détourner
de la liberté, ni de les freiner dans leur soif de progrès. Si,
comme il est logique, la volonté de progrès se prolonge et se concrétise
par des efforts créatifs nouveaux, nous devons nous préparer à vivre
dans un monde économique également nouveau : une Europe enrichie
de quelque cent cinquante millions de producteurs et de consommateurs,
elle-même articulée sur des échanges mondiaux où des partenaires
sans cesse plus nombreux entreront en lice.
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NOUVEAUX COMPORTEMENTS
A Nouvelle Economie nouveaux comportements.
C'est la conclusion naturelle de cette réflexion sur nos
"fausses idées". Il nous faut rapidement et totalement
nous défaire de tous ces préjugés hérités d'idéologies surannées,
déjà pesantes dans le contexte ancien, absolument intolérables dans
le monde actuel.
Nous devons vaincre cette méfiance atavique à l'égard de
l'argent, de la finance et du commerce : ce ne sont en effet que
les instruments du langage économique, que les vecteurs de l'information
indispensable.
Nous devons cesser de cultiver l'envie, et de raisonner en
termes d'exploitation et d'inégalités. Ayons une idée juste de la
justice. Sachons qu'elle ne se mesure pas à l'échelle des situations,
mais en fonction des mérites, en fonction de la rectitude des comportements.
Nous devons cesser de croire aux mirages de l'Etat Providence,
de la protection "sociale", pour développer la responsabilité
personnelle et les authentiques solidarités, qui sont personnelles
aussi.
Nous devons cesser de nous réfugier dans notre Hexagonie
et de dénoncer les agressions dont nous serions les victimes.
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Les nouveaux comportements sont à base d'ouverture, d'initiative,
d'innovation et de communication.
Ce qui se passe aujourd'hui n'est pas un drame, dont nous
devrions nous désoler. C'est l'évolution normale d'un monde dans
lequel les accélérateurs de progrès sont de plus en plus nombreux.
Des peuples entiers veulent accéder au mieux-être et à la liberté,
et par la liberté. Si nous ne voulons pas que cette marche se fasse
contre nous, ou sans nous, il faut l'accompagner. Si nous ne voulons
pas subir le progrès des autres, il faut s'adapter à leur progrès,
et progresser nous-mêmes.
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