FREDERIC BASTIAT : DEUX SIECLES D'AVANCE

Présentation et Actualité d'un économiste philosophe de la Liberté.
BASTIAT : UN FRANÇAIS EN CALIFORNIE

En 1960, les dirigeants de la General Electric à Los Angeles sont séduits par un programme de formation du personnel imaginé par FEE (la Fondation pour l'Enseignement de l'Economie).

Ce programme est construit autour de deux textes d'un économiste français, Frédéric Bastiat, La Loi et L'Etat, traduits en anglais et diffusés à des centaines de milliers d'exemplaires par cette Fondation.

General Electric veut transformer le programme en une série d'émissions télévisées et recherche à cet effet un acteur capable de lire avec intelligence et conviction les textes de Bastiat. Hollywood n'est pas loin, et le secrétaire des syndicats des artistes, un certain Ronald REAGAN, accepte de jouer ce rôle de présentateur.

Il démontrera aussitôt ses talents de "grand communicateur". Les promoteurs du programme vont décider Ronald Reagan à se présenter aux élections comme gouverneur de l'Etat de Californie, première étape de la carrière politique de celui qui changera l'esprit de l'Amérique et la face du monde. Pour le reste de sa vie, Roland Reagan était devenu un inconditionnel de Bastiat, dont la pensée continuera à inspirer son action.

 
CET HOMME EST DANGEREUX

Au mois de juillet 2001, les premières rencontres organisées dans les Landes autour du bicentenaire de F. BASTIAT sont perturbées par les manifestants d'ATTAC, association anti-mondialiste et anti-capitaliste. Ils ne s'y sont pas trompés : BASTIAT est dangereux.

L'homme qui a inspiré Reagan, mais aussi Thatcher, Aznar ou Berlusconi, symbolise tout ce que rejettent les adversaires du progrès dans la liberté. Il symbolise le recul de l'Etat, la victoire de l'ordre marchand : la fin des privilèges, des dictatures politiques et des terrorismes intellectuels et l'avènement de la concurrence, de l'ouverture et de la compréhension entre les peuples.

Mais plus qu'un symbole, BASTIAT est un atout qui fournit aux partisans de la liberté des armes redoutables, parfaitement adaptées au XXIe siècle. Il donne tous les arguments qui aujourd'hui plaident en faveur de la mondialisation, de la réforme de l'Etat, de la prospérité économique, de la renaissance du droit.

 
BASTIAT INCONNU

Pourtant, on ne sait pas grand’ chose de BASTIAT en France. Ni sur l'homme, ni sur l'œuvre. Il est vrai que l'homme eut une existence brève, et qu'une partie de son œuvre fut posthume et méconnue.

De la vie de Bastiat, les manuels d'histoire de la pensée économique nous disent qu'elle a commencé à Bayonne en 1801 et fini à Rome en 1850. Mais la plupart des biographes le tiennent pour un polémiste, pamphlétaire, un provincial des Landes venu chercher la célébrité dans les salons parisiens et les débats politiques. Ils ont ainsi sous-estimé quelques événements majeurs : sa rencontre avec l'anglais Richard Cobden, fondateur de la Ligue du Libre échange, son cercle d'amis du Journal des Economistes, ses discours à l'Assemblée Nationale où il est élu en 1848.

 
BASTIAT MECONNU

Quant à son œuvre, on évoque plus volontiers des pamphlets comme la Loi, l'Etat et ses Sophismes économiques, recueil de textes percutants pleins de sagesse, de verve et d'humour, que les Harmonies Economiques, véritable traité de Science économique publié après sa mort, et qui aura sur-le-champ un grand succès puisque Guillaumin le rééditera sept fois entre 1850 et 1867.

En dépit de sa présence au cœur du débat intellectuel en ce milieu de XIXe siècle, BASTIAT ne sera pas reconnu par la postérité, qui préférera les leçons d'économie de Malthus, de Ricardo ou Stuart Mill et autres classiques anglais. Pour l'essentiel, la tradition libérale française de Turgot, Jean-Baptiste Say, Benjamin Constant, Alexis de Tocqueville et Bastiat lui-même, n'aura guère plus de succès.

 
JULES VERNE DE L'ECONOMIE

Pourquoi, aujourd'hui, ce regain d'intérêt pour Bastiat et son œuvre ?

Le bicentenaire n'est évidemment qu'une occasion de rappeler le génie de ce Jules Verne de l'économie. Bastiat a en effet anticipé avec un luxe de détails incroyable l'évolution des sociétés qui confieraient leur sort à l'Etat.

L'Etat voudra-t-il organiser la protection sociale ? Bastiat imagine un siècle et demi plus tôt ce que sera la Sécurité Sociale : "Feindre une maladie sera jouer un bon tour au gouvernement". L'Etat voudra-t-il lutter contre le chômage en créant des emplois publics ? "Ce qu'on ne voit pas" c'est qu'il empêchera les entreprises de créer des emplois privés en plus grand nombre. L'Etat voudra-t-il réglementer l'activité économique ? Ce sera au détriment de la concurrence et au mépris du droit. Atteintes à la propriété, à la liberté, à l'initiative, à la justice : toutes les prévisions de Bastiat se sont hélas réalisées.

 
XXIe SIECLE : CREPUSCULE DE L'ETAT

Le succès actuel de BASTIAT provient de cette aptitude à démonter les rouages institutionnels et psychologiques d'une société qui a remis son sort entre les mains de l'Etat.

Car en ce début de XXIe siècle, la contestation de l'Etat est plus forte que jamais. Elle a été amorcée dès 1978 avec le crépuscule des politiques de plein emploi inspirées par la macro-économie keynésienne, symbolisée en 1989 par la chute du mur de Berlin et l'effondrement des systèmes de planification. La contestation est aujourd'hui devenue révolution, sous forme d'une réduction des budgets et déficits publics, d'une privatisation des entreprises, d'une déreglementation, et enfin d'un recul généralisé du protectionnisme.

Bastiat explique et légitime ce nécessaire affranchisssement de l'Etat, et cette inéluctable marche à la mondialisation. Sa pensée veut éclairer et soutenir l'action de tous ceux qui ont compris l'inéluctable explosion des systèmes étatisés et le salutaire passage à des sociétés de libertés.

 
UNE PHILOSOPHIE POLITIQUE

En dehors de ces raisons contingentes de l'actualité de Bastiat, il en est d'autres plus profondes.

Car si Bastiat a pu avec tellement de génie imaginer les sociétés du futur, c'est qu'il avait une profonde connaissancce de la logique permanente des comportements individuels et des intéractions sociales. La pensée de Bastiat, c'est une philosophie de la liberté politique : comment les hommes libres peuvent s'organiser pour vivre le progrès, dans la dignité et l'harmonie. C'est la philosophie des sociétés ouvertes, de la limitation du pouvoir, de la libération du vouloir.

 

UNE PHILOSOPHIE SOCIALE

La pensée de Bastiat, c'est une philosophie des relations sociales, fondées sur le contrat et l'échange. Dans le monde de Bastiat, chacun se met au service des autres, et de là naît la valeur, la croissance des richesses. A la différence de la quasi-unanimité des économistes, Bastiat voit dans l'échange et le marché le désir et la façon de servir.

L'ordre marchand est au service des clients, des consommateurs, et non pas des producteurs, trop enclins à monopoliser le progrès dont ils sont les artisans, certes, mais qui a vocation à se diffuser, à devenir, sous l'influence de la concurrence, l'héritage commun de l'humanité entière.

 
UNE PHILOSOPHIE DU DROIT

La pensée de Bastiat, c'est aussi une philosophie du droit. Car la concurrence, l'échange, l'obligation de servir n'existent que si les règles du jeu social sont respectées. Quelles règles ?

Non pas celles que les législateurs créent de toutes pièces, mais celles qui sont conformes aux droits inaliénables de la personne humaine, et en particulier le droit de propriété. La loi ne crée pas le droit, ou la propriété. La loi a pour seule mission de protéger le droit.

Avec Bastiat on est aux antipodes du droit positif, de cette prétention fallacieuse des législateurs et des juges à inventer des règles à leur goût, en fonction d'intérêts politiques, électoraux, corporatifs ou idéologiques.

 
UNE PHILOSOPHIE DE L'HARMONIE

Pour résumer en une expression la diversité et la richessee de la pensée de Bastiat, on peut parler d'une "philosophie de l'harmonie" puisque lui-même a placé son œuvre sous le titre des Harmonies.

Pour comprendre, écouter et vivre BASTIAT au XXIe siècle, il faut, à sa suite, se demander :

-         comment s'établissent les harmonies dans une société de libertés

-         comment les harmonies sont suspendues à un strict contrôle de l'Etat et à un strict respect du droit.

 
   
La mondialisation, revanche sur les gouvernements Eclatement du savoir La main invisible harmonise la société polycentrique La société politique subsidiaire à la société civile Une civilisation de la compréhension Bastiat : un Français en Californie Cet homme est dangereux Bastiat inconnu Une philosophie du droit Une philosophie de l'harmonie