| QUEL DROIT ?
QUELLE LOI ? |
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« Propriété
et Loi » est un des plus célèbres pamphlets de BASTIAT, publié
dans le Journal des Economistes en 1848.
Pour
assurer l’harmonie sociale, il est nécessaire de vivre en état de
droit. BASTIAT explique que nous sommes loin du compte dans la plupart
des démocraties contemporaines, où l’on assiste en général au « déclin
du droit ». Cette dérive provient d’une erreur complète sur
la nature du droit, et sur la nature de la loi.
Car,
bien avant HAYEK, BASTIAT fait cette distinction entre le Droit
et la Loi, s’opposant ainsi à tous les tenants du droit positif,
mais aussi plus largement à tous ceux qui pensent que le Droit est
une institution sociale sur laquelle veille le pouvoir politique.
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| AUJOURD’HUI
LE REGNE DE LA FAUSSE LOI |
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La
loi telle que nous la connaissons aujourd’hui n’est pas la
source ni même l’expression du droit.
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Nous
appelons loi une règle, en principe écrite, qui a été instaurée
par le législateur. Quoi de plus normal ? Le législateur n’a-t-il
pas pour mission de faire la loi ?
En
réalité, ce que l’on appelle « législateur » se ramène
à une simple majorité parlementaire, qui est elle-même soumise aux
pressions des groupes d’intérêts, qui est faite de coalitions éphémères
et arbitraires.
« Vous
avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaire ! »
Cette formule célèbre traduit bien le mépris profond des politiciens
pour le droit : la loi peut se faire et se défaire au gré des
opportunités électorales, des choix partisans.
La
loi a perdu ses attributs essentiels : elle est changeante
et incertaine, elle est inégale (elle établit au contraire des passe-droits),
elle est ponctuelle et circonstanciée, sans référence à aucun principe
juridique établi.
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| LA FAUSSE LOI
EST CELLE DES GRANDS HOMMES |
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BASTIAT
pousse encore plus loin l’analyse : au sein des parlements
et des majorités, il y a toujours quelque génie juridique
créateur qui veut réformer l’humanité à sa convenance.
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Former
l’homme nouveau, dessiner les plans et les institutions de la société
parfaite : voilà le rêve de tous les constructivistes.
« Il
y a trop de grands hommes », dit BASTIAT, et il commente :
« Chacun d’eux suppose sans façon qu’il est lui-même, sous
les noms d’Organisateur, de Révélateur, de Législateur, d’Instituteur,
de Fondateur, cette puissance créatrice dont la sublime mission
est de réunir en société ces matériaux épars, qui sont des hommes. »
Faite
par les grands hommes, faite par le législateur, pour des raisons
idéologiques ou démagogiques, la fausse loi a des conséquences dramatiques,
tant au niveau de la société que des individus.
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| PREPONDERANCE
DE LA POLITIQUE |
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Au
niveau de la société, la fausse loi a pour premier effet « de
donner aux passions et aux luttes politiques, et en général à la
politique proprement dite, une prépondérance exagérée. »
Puisqu’il
est admis que les règles du jeu social sont désormais fixées par
les subtilités parlementaires et gouvernementales, la loi est mise
au service des multiples intérêts privés et catégoriels qui se présentent
à l’attention des politiciens.
Quel
qu’il soit, le moindre problème devient une « affaire d’Etat »
et se trouve traité et résolu par la loi. Il n’y a plus de « domaine
réservé » pour la vie privée, ni à plus forte raison pour la
vie économique ou les relations sociales.
Cela
revient à faire arbitrer les conflits d’intérêts par la puissance
publique. Et, inversement, au lieu de chercher un accord entre eux,
les différents groupes d’intérêts, recourent spontanément à l’ « arbitrage »
de l’Etat, qu’ils pensent a priori leur être favorable. C’est la
fin des relations contractuelles, de l’esprit de coopération, c’est
le début des relations conflictuelles, des affrontements et des
démonstrations de force. La politisation généralisée renferme tous
les germes d’une guerre civile permanente.
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| L’USAGE DE LA
FORCE EST BANALISE |
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Alors
même que la loi devrait être un des rares instruments d’oppression,
la force étant utilisée seulement pour imposer le droit, l’abus
de la Loi aboutit à enserrer la société dans des contraintes de
plus en plus nombreuses.
On
utilise la force publique pour des problèmes élémentaires, qui pourraient
se résoudre pacifiquement, de gré à gré. La vie publique devient
démonstration de force, et les libertés individuelles fondent comme
neige au soleil.
Bien
souvent, non seulement l’usage de la force est banalisé, mais il
est dévoyé. On n’y recourt pas quand elle serait nécessaire :
pour arrêter des criminels, protéger des biens et des personnes.
L’Etat et la Loi font preuve d’une grande pusillanimité dans ces
domaines. A l’inverse les foudres de l’ordre public terrasseront
ceux qui osent enfreindre les législations stupides et arbitraires.
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| LA MORALE S’EFFACE
DEVANT LA LEGALITE |
Devant de tels abus du pouvoir, devant « la
force injuste de la loi » (comme disait François MITTERRAND),
les individus eux-mêmes finissent par réagir, mais dans un sens
très souvent négatif. |
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Puisque
la loi n’a plus aucun contenu ni aucune référence éthique, puisque
la loi est amorale, sinon immorale, le sentiment du juste et de
l’injuste s’émousse. Les individus se contentent de vivre dans la
légalité, sans faire preuve du moindre esprit critique, sans que
leur conscience leur inspire quelque réticence ou quelque rejet.
Habitués
à juger toutes choses en fonction de leur légalité, les individus
deviennent des esclaves de la Loi. Et quand eux-mêmes souffrent
de la loi et la trouvent injuste, ils ont pour réaction de demander
un changement au législateur : la loi est le seul recours contre
la loi. A ce jeu, on va trouver des peuples asservis, des hommes
sans foi ni dignité.
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| CE QU’EST LA VRAIE
LOI |
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Ce
qui explique l’apparition et le développement de la fausse loi,
c’est une méconnaissance (pas toujours involontaire) de ce qu’est
le Droit.
Pour
BASTIAT, il ne fait aucun doute que le Droit n’est pas le résultat
d’une convention sociale. Il s’oppose ainsi à Rousseau, dont il
cite la formule : « L’ordre social est un droit sacré
qui sert de base à tous les autres. Cependant ce droit ne vient
point de la nature. Il est donc fondé sur les conventions ».
BASTIAT
dénie à la société toute prétention à fonder le droit, ou à « reconnaître »
des droits. Le droit est inscrit dans la nature même de l’être humain,
il est un prolongement naturel de son humanité.
BASTIAT
prend évidemment pour exemple la propriété. Ce droit, on l’a vu,
est lié aux capacités de l’être humain, c’est un moyen indispensable
de les exercer, de les reconnaître. On ne saurait donc porter atteinte
à la propriété sans atteindre par là-même la nature, la liberté
et la dignité de l’être humain.
« Voilà
pourquoi, dit BASTIAT, nous pensons que la Propriété est d’institution
divine, et que c’est sa
sûreté ou sa sécurité qui est l’objet de la loi humaine « .
Et il poursuit : « Ceci implique que la Propriété est
un droit antérieur à la Loi, puisque la Loi n’aurait pour objet
que de garantir la propriété ».
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LA VRAIE LOI A UN DOMAINE
PRECIS
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Il
ne faut donc pas détourner la Loi de sa vocation propre, et ne pas
l’utiliser à tort et à travers. Car l’usage de la Loi n’est autre
que l’usage de la force, et il doit être réservé à la protection
de la propriété et des autres droits individuels. Il doit protéger
les individus contre l’Injustice, c’est à dire la violation par
les uns des droits individuels des autres.
« La
Loi, c’est la force commune organisée pour faire obstacle à l’injustice
- et pour abréger, la Loi c’est la Justice ».
Cette
formule « abrégée » appelle quelques réserves de la part
de son auteur, car il a bien compris, comme HAYEK le dira plus tard
clairement, qu’il est dangereux de donner une définition positive
de la Justice - ou de la Liberté.
BASTIAT
conclut : « Comme chaque individu n’a le droit de recourir
à la force que dans le cas de légitime défense, la force collective,
qui n’est que la réunion des forces individuelles, ne saurait être
rationnellement appliquée à une autre fin ».
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| L’ETAT
LIMITE A LA LOI |
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Par
voie de conséquence, l’Etat, dont la seule fonction est de veiller
à l’exécution de la Loi en usant de la force collective, se trouve
nécessairement limité si le domaine de la Loi est nécessairement
limité.
Comme
tous les libéraux, BASTIAT fait confiance aux hommes et pense qu’ils
ont toutes capacités de s’organiser sans recourir à l’Etat, sauf
précisément pour assurer leur légitime défense, domaine où les vertus
du marché ou de la communauté ne suffisent plus.
Des
hommes libres n’ont besoin de l’Etat que pour obtenir la dose minimale
de coercition nécessaire au respect des droits individuels. Que
l’Etat et la Loi protègent le Droit, les hommes se chargeront bien
d’exercer leur Droit. « De ce que nous serons libres, s’ensuit-il
que nous cesserons d’agir ? De ce que nous ne recevrons pas
l’impulsion de la Loi, s’ensuit-il que nous serons dénués d’impulsion ? »
A l’heure
présente, le retrait de l’Etat, la limitation de son domaine, effraient
beaucoup de nos contemporains, persuadés que sans Etat les individus
sombreraient dans l’incurie, l’apathie ou à l’inverse la violence
et le désordre. BASTIAT proclame au contraire sa foi dans l’Homme,
qui retrouve toutes ses capacités en retrouvant sa liberté et son
Droit, notamment sa Propriété.
L’homme
« né propriétaire » retrouve sa nature « propre »
une fois libéré de l’Etat tutélaire.
BASTIAT
d’ailleurs n’a aucun mal à faire remarquer que ce sont les peuples
les plus libres qui sont les plus heureux et les plus créatifs.
Observation qui vaut aujourd’hui encore sans aucun doute.
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| LE GRAND ESPOIR
DU XXI° SIECLE |
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Aujourd’hui
le message de BASTIAT prend une résonance particulière, parce que
nous sommes à l’aube d’un nouveau siècle, mais aussi à l’aube d’une
nouvelle société.
La société du XX° siècle aura été celle de l’Etat démesuré, de l’Etat
hypertrophié, de l’Etat guerrier, de l’Etat oppresseur.
BASTIAT
nous aura permis de comprendre pourquoi le changement de cap est
inévitable, et se prendra nécessairement. Nulle société, nulle institution,
nulle loi ne peut survivre si elle est contraire à l’ordre naturel,
à ce bien commun qui veut que chaque être humain soit capable de
s’épanouir et de travailler au service des autres.
Terminons
cette réflexion sur BASTIAT par cette prophétie, qui se réalisera
comme toutes les autres, puisqu’elle est inspirée par l’estime et
l’amour des hommes :
« C’est
sous la Loi de la Justice, sous le régime du droit, sous l’influence
de la liberté, de la sécurité, de la stabilité, de la responsabilité,
que chaque homme arrivera à toute sa valeur, à toute la dignité
de son être, et que l’humanité accomplira avec ordre, avec calme,
lentement sans doute, mais avec certitude, le progrès, qui est sa
destinée ».
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