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| UNE CARRIERE SANS FRONTIERE |
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Friedrich
August von HAYEK est né à Vienne il y a cent ans. Sa vie a
été jalonnée d’événements qui marquent une carrière académique
sans frontière.
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1926 :
Au retour d’un court séjour aux Etats Unis, il persuade son maître
Ludwig von MISES de créer un Institut Autrichien d’Etudes de la
Conjoncture.
1931 :
Invité par Lionel ROBBINS à la London School of Economics, il donne
une série de conférences qui fourniront le contenu de « Prix
et Production ». Il reste en Angleterre pour enseigner à l’Université
de Londres.
1944 :
Il publie la « Route de la Servitude », diffusée à des
millions d’exemplaires à travers la Sélection du Reader’s Digest.
1947 : En Suisse,
sur les bords du lac Leman, il fonde la Société du Mont Pèlerin.
1950 :
Il est professeur à l’Université de Chicago. Il publie la « Contre
Révolution de la Science » (1952) et la « Constitution
de la Liberté » (1960).
1962 :
Il retourne sur le Vieux Continent, pour enseigner à l’Université
de Fribourg en Brisgau.
1967 :
Il revient en Autriche, à l’Université de Salzbourg.
1974 :
Il reçoit le prix Nobel de Sciences Economiques, au moment où paraît
le premier tome de sa trilogie Droit, Législation et Liberté.
1977 :
Retour définitif à Fribourg, où il décède en 1992, après qu’il eut
publié « La Présomption Fatale ».
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| PHILOSOPHE ET PROPHETE |
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« Philosophe
et Prophète », dit à son propos Ed FEULNER, l’un des présidents
de la Société du Mont Pèlerin. « Il a eu une influence fantastique »
ajoute Milton FRIEDMAN, autre président de la société et autre prix
Nobel.
Tout
le monde est d’accord pour considérer HAYEK comme l’un des plus
grands penseurs du XX° siècle dans le domaine des sciences sociales.
Son apport scientifique n’a d’égal que l’influence concrète qu’il
a eue sur le destin des nations occidentales .
Cependant,
si tous les intellectuels saluent l’œuvre d’HAYEK, ils ne lui reconnaissent
pas tous les mêmes mérites, les mêmes intérêts. Une controverse
fameuse s’est par exemple développée sur le thème : « Hérisson
ou Renard ? ». Le génie d’HAYEK a-t-il été de découvrir
un principe majeur en sciences sociales et d’en déduire un certain
nombre de théories, ou a-t-il consisté à multiplier les voies de
la recherche pour mettre en évidence une grande quantité d’idées
nouvelles ?
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| L’ECONOMISTE AUTRICHIEN |
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Pour
certains, toute l’œuvre d’HAYEK est typiquement celle d’un économiste
libéral autrichien. Elle peut se ramener à un apport essentiel :
la théorie de la connaissance et de la coordination.
HAYEK
s’inscrit dans la tradition libérale, c’est celle de l’ordre spontané,
de la main invisible d’Adam SMITH. Dans la grande société (ou
la société ouverte comme dira l’ami de HAYEK, Karl POPPER) des individus
en très grand nombre, sans information précise sur les gens à qui
ils ont affaire, à la recherche
de leurs intérêts personnels, arrivent à se coordonner. Le jeu des
échanges, la complémentarité et la mutualité des services offerts, mis en évidence par la loi de SAY, débouchent
sur l’harmonie sociale.
Des
Autrichiens, et de Carl MENGER en particulier, HAYEK reçoit l’idée
de la subjectivité des décisions,
de la perception et de l’appréciation personnelles de l’information,
d’une découverte permanente d’un nouveau savoir à travers le jeu
des interdépendances.
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| MARCHE ET PLAN |
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Ce
principe du savoir éclaté, coordonné suivant un ordre spontané,
est développé par HAYEK pour expliquer la supériorité du marché
sur le plan. Dès les années trente, HAYEK et MISES avaient démontré
l’inaptitude d’une organisation centralisée à gérer un système complexe,
et avaient pronostiqué l’effondrement des économies planifiées.
Il faudra cependant attendre plus de cinquante ans et la chute du
mur de Berlin pour que la prophétie se réalise.
Mais
l’économie dirigée n’a guère plus de mérite que l’économie planifiée.
HAYEK a dénoncé les méfaits de la politique économique menée par
les gouvernements, et en particulier leur politique monétaire. Banques
centrales, autorités budgétaires et pouvoirs réglementaires introduisent
dans le calcul économique de fausses informations, et nuisent à
la coordination du marché.
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| IL N’ETAIT PAS QU’UN ECONOMISTE… |
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Ces
contributions d’HAYEK à la théorie de la coordination et de la connaissance
sont incontestables, et il est vrai que l’on peut trouver une référence
à cette théorie dans l’ensemble de l’œuvre d’HAYEK : c’est
la musique de fond hayékienne.
Mais
HAYEK s’interdisait toute limitation d’un champ de recherche scientifique :
« Personne ne saurait être un grand économiste en étant seulement
un économiste- et je suis même tenté d’ajouter qu’un économiste
qui n’est qu’un économiste peut devenir une gêne, si ce n’est un
réel danger ». Et la curiosité intellectuelle d’HAYEK fut aussi
impressionnante que sa culture. Aucune discipline ne le laissa indifférent :
la sociologie, la philosophie politique, le droit, l'histoire, l’épistémologie,
la méthodologie, et même la biologie, la psychologie voire la neurologie
et la psychiatrie. Un vrai renard !
D’autre
part, HAYEK ne voulait pas se confiner dans le rôle d’un intellectuel
universitaire. Il fut un véritable entrepreneur en idées, avec la
création de l’Institut de Vienne, la fondation de la Société du
Mont Pèlerin, et les articles et pamphlets de toutes sortes destinés
à attirer l’attention de ses contemporains sur les glissements et
perversions du XX° siècle.
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| LA ROUTE DE LA SERVITUDE |
| C’est « La Route de la Servitude » qui fera connaître
HAYEK du grand public. |
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Dans ce véritable manifeste libéral, HAYEK dénonce les totalitarismes
du XX° siècle : il explique d’une part qu’il n’y a pas
de différence de nature entre hitlérisme et stalinisme, d’autre
part qu’il n’y a qu’une simple différence de degré entre la
social-démocratie, le socialisme et le communisme. Toutes
ces idéologies menacent les libertés individuelles et publiques.
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Plus
tard, avec « La Constitution de la Liberté », HAYEK définit
les principes de la société libre. Son message inspire les grands
revirements de la fin de ce siècle : Margaret THATCHER, Ronald
REAGAN, Vaclav KLAUS en Tchécoslovaquie, Laszek BALCEROVICZ en Pologne,
Viktor URBAN en Hongrie, tous se réclameront de la pensée d’HAYEK.
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| HAYEK, LE PHILOSOPHE POLITIQUE |
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C’est
qu’HAYEK est aussi un grand philosophe politique. Il s’inscrit dans
la grande lignée des philosophes de la liberté. Aristote, les Scolastiques,
Locke, Hume, Burke sont ses références permanentes. Pour sa part,
il présente la liberté comme l’absence de coercition, et réduit
le rôle de l’Etat à la préservation des droits individuels.
Partisan
d’un gouvernement limité, à la manière d’un « old wigh »,
il estime qu’un homme libre respectueux des droits des autres doit
pouvoir vivre sans jamais avoir affaire ni à un policier ni à un juge.
On
est loin du compte avec l’Etat Providence. C’est que l’on a oublié
le principe d’isonomie, d’égalité devant la loi, pour lui préférer
un principe de démocratie mal interprété, qui conduit au règne de
la majorité, au mépris des droits de la minorité, et de la plus
minoritaire des minorités, l’individu.
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| HAYEK, LE JURISTE |
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Comme
tous les libéraux, HAYEK associe étroitement la liberté et le droit.
Une société de libertés vit en état de droit, elle reconnaît le
règne de la loi, la « rule of law ».
Mais
il y a droit et droit, et la législation actuelle n’est qu’un pâle
reflet du droit. Les démocraties subissent le déclin du droit, parce
que les assemblées législatives, voire même les gouvernements, se
sont arrogés le pouvoir de faire le droit au mépris de toute tradition
juridique, et finalement au mépris des droits individuels. Le véritable
droit n’est pas créé artificiellement par une majorité parlementaire
contingente, ni davantage par un juge qui se croit souverain, il
émerge progressivement ou soudainement d’une lente élaboration
historique, d’une expérimentation individuelle et communautaire.
Pour
avoir méconnu ces traits fondamentaux de la règle de droit, les
législations contemporaines ont conduit à l’arbitraire, à la multiplication
des privilèges, à l’incertitude des contrats et des relations humaines.
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| HAYEK, L’EVOLUTIONNISTE |
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Ce
qui est vrai pour le droit l’est également pour toutes les règles
sociales, toutes les institutions.
HAYEK
est le théoricien de l’ordre spontané, par opposition à l’ordre
créé. Il pense que la coordination des comportements individuels
conduit les hommes à rechercher et découvrir sans cesse de nouveaux
modes d’organisation de leurs inter-relations. Il y a une évolution
permanente, faite d’essais et d’erreurs, qui permet de sélectionner
les règles les plus justes, c’est-à-dire les mieux adaptées au groupe
social considéré.
Pour
autant, HAYEK ne sombre pas dans l’historicisme, qu’il condamne
avec la dernière énergie : il ne croit pas que les sociétés
soient animées par un mouvement logique et rationnel qui les condamnerait
à évoluer d’une façon déterminée. L’évolution est le résultat d’une
tradition dont les créateurs ne sont pas eux-mêmes conscients.
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| HAYEK CONTRE LE RATIONALISME CONSTRUCTIVISTE |
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Le
constructivisme est l’objet des attaques les plus violentes
de la part de HAYEK. Il estime que c’est la « présomption
fatale » de ce XX° siècle, où les
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hommes
ont cru pouvoir construire une société sur des bases scientifiques,
suivant des principes rationnels. Ils n’ont réussi à inventer que
des univers concentrationnaires, que des totalitarismes barbares.
Mais
cette présomption est-elle propre à ce siècle ?
En
fait, le constructivisme est fils de DESCARTES et de SAINT SIMON,
fils du rationalisme et du scientisme. C’est l’éternelle prétention
de l’être humain à tout vouloir soumettre à sa raison, c’est la
croyance que l’on peut tout connaître, tout créer.
HAYEK
a une vision de l’homme bien plus raisonnable, et bien moins rationnelle.
L’anthropologie de HAYEK est celle d’ARISTOTE ou de SAINT THOMAS :
l’homme est un être doté de conscience et de raison, il est capable
de créer et d’exprimer sa personnalité à travers son activité, mais
pour autant il ne peut accéder à la connaissance complète. Il ne
maîtrisera jamais complètement ni le temps ni la vérité.
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| DECOUVRIR LA ROUTE DE LA LIBERTE |
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A
travers ces dernières considérations, HAYEK nous invite à explorer
un monde intellectuel très vaste. Cependant, il y a une unité fondamentale
sous cette apparence de dispersion, c’est la référence permanente
à la pensée libérale.
HAYEK
vient à point nommé rappeler aux libéraux qu’ils ne peuvent pas
se contenter de démontrer l’efficacité économique du marché, de
la libre entreprise et du libre échange. Ils doivent aussi expliquer
que cette efficacité tient à une cause essentielle, et dépend
de conditions majeures.
La
cause essentielle, c’est la volonté créatrice de l’être humain,
son besoin de liberté pour exprimer sa personnalité, sa dignité.
Le libéralisme est un humanisme.
Les
conditions majeures sont des institutions qui permettent d’établir
dans la société le jeu des droits individuels et de la responsabilité.
Elles émergent d’une tradition évolutive faite de l’expérience de
la vie en commun et de la recherche de l’harmonie sociale.
Le
libéralisme c’est l’efficacité plus la personnalité plus la responsabilité
plus la communauté.
Aucune
de ces dimensions du libéralisme ne peut être oubliée quand on veut
quitter la route de la servitude pour s’engager sur celle de la
liberté.
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