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| LE MIRAGE DE LA JUSTICE SOCIALE |
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Les
adversaires de HAYEK lui ont fait une réputation d’homme sans cœur,
en mettant en évidence ses attaques contre la justice sociale :
un des trois tomes de Droit, Législation et Liberté ne porte-t-il
pas ce titre ?
Ils
auraient pu se donner la peine d’étudier plus dans le détail l’œuvre
d’HAYEK, ils auraient sans doute été surpris par son souci permanent
de « la question sociale » comme on disait au début de
ce siècle.
Certains
amis de HAYEK lui ont même reproché d’avoir fait une concession
trop importante à l’Etat Providence en acceptant le principe du
revenu minimum garanti. On peut en discuter, mais en se rappelant
qu’HAYEK estime que cette mesure devrait se substituer totalement
à toutes les interventions sociales de l’Etat, et non pas s’y ajouter ;
d’autre part elle devrait s’assortir de conditions très restrictives.
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| CONTRE L’EGALITARISME |
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Ce
qui est vrai, c’est qu’HAYEK n’était pas atteint de la fièvre égalitariste
du XX° siècle. Si la justice sociale consiste à supprimer les écarts
de revenus, de patrimoines, et de dépouiller les uns pour aider
les autres, HAYEK y est à coup sûr opposé.
Au
contraire il démontre comment les inégalités sont non seulement
inéluctables mais bénéfiques à tous.
Inéluctables puisqu’elles sont inscrites dans la personnalité et
la liberté de chacun : les hommes ne sont pas des robots, chaque
être humain est unique et irremplaçable. La liberté implique le
droit à la différence.
Bénéfiques
parce qu’elles sont sources de progrès et d’entraide. Le progrès
suppose que quelques personnes, plus riches que les autres, lancent
à leurs dépens et à leurs risques, des idées nouvelles, des modes
nouvelles. Le changement en soi n’est pas une vertu, mais sans l’esprit
de découverte aucun progrès n’est possible.
HAYEK
prend l’image des chameaux pionniers qui cherchent le chemin de
la caravane. Il est bon qu’il y ait des gens en tête.
Quant
à l’entraide elle est impossible dans un monde égalitaire et, en
une période où l’on parle tant de solidarité, on s’aperçoit que
l’Etat Providence a tué les solidarités et les communautés volontaires
parce qu’il a voulu organiser la solidarité obligatoire, publique
et bureaucratique.
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| MEFAITS DES TRANSFERTS SOCIAUX |
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HAYEK
ne cesse de condamner ces prélèvements obligatoires qui accumulent
les effets négatifs. D’abord ils constituent une atteinte à la propriété
individuelle, le fruit de l’activité personnelle est confisqué ;
cette redistribution abusive ne tarde pas à provoquer des réactions
d’évasion ou de démotivation, qui freinent la croissance et créent
du chômage.
Ensuite
les transferts ne viennent pas aider réellement les plus démunis,
mais avantagent certaines catégories, certains groupes qui, par
leur pression politique, obtiennent de l’Etat et de l’impôt ce que
d’autres gagnent à la sueur de leur front, au service du marché
et de la communauté. Ceux-ci servent, ceux-là se servent. BASTIAT,
avec la pétition des marchands de chandelle, illustrait comment
« l’Etat est cette fiction sociale à travers laquelle chacun
croit vivre aux dépens de tous les autres ».
Enfin,
et non le moindre, les transferts massifs et arbitraires pratiqués
aujourd’hui transforment les peuples en assistés et en esclaves
de l’Etat. Big Brother sait faire payer sa clientèle.
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| IL Y A JUSTICE ET JUSTICE |
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Ce
qu’HAYEK combat, à travers la justice sociale, c’est cette caricature
d’aide, de partage et de communauté mise en place avec l’Etat Providence.
Il se fait une idée
de la justice autre que celle des égalisateurs redistributeurs.
Pour
être « sociale » la justice devrait se fonder sur l’unanimité
concernant le résultat auquel on doit parvenir : égalité rigoureuse
des revenus, ou degré d’inégalité tolérable dans la répartition ?
Quel degré ? En dehors des acrobaties intellectuelles de RAWLS,
nul n’a jamais démontré l’existence d’une répartition typiquement
juste.
A
la justice de résultat HAYEK préfère la justice de procédure. Peu
importe le score du match, il y aura des gens qui s’en déclareront
satisfaits, d’autres – sans doute plus nombreux – mécontents. La
justice est respectée parce que les règles du jeu ont été suivies.
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| EGALITE OU PROMOTION ? |
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D’autre
part, la condition humaine ne peut s’apprécier en termes purement
statiques et statistiques. En un moment il est fatal que l’échelle
des revenus (par exemple) soit ouverte. Le vrai problème est de
savoir si les individus peuvent améliorer leur position sur l’échelle.
La promotion est donc préférable à l’égalité, qui en est la négation.
Enfin,
la promotion ne peut être organisée, ni contrôlée, ni garantie par
la société. La seule garantie que la société doive donner aux individus,
c’est l’isonomie, l’égalité devant la loi. Pour le reste, c’est
affaire de responsabilité personnelle, de mise en œuvre des talents
de chacun. Et, de ce point de vue, le marché, la concurrence, sont
plus à même de développer l’esprit d’initiative et la conscience
personnelle de son chemin.
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| PRIORITE AU PLEIN EMPLOI |
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« La
meilleure politique sociale est celle qui permet à chaque américain
d’avoir un emploi ». cette phrase n’est pas de REAGAN, ni d’un
hayékien convaincu, mais de John Fitzgerald KENNEDY. Elle est empreinte
de bon sens : quand on sait que le chômage détruit les sociétés,
les familles et les individus, il doit être considéré comme le fléau
majeur.
En
indiquant le moyen infaillible de résorber le chômage, HAYEK a rendu
aux nations actuelles le service le plus « social » qu’on
puisse imaginer.
Le
remède d’HAYEK n’a rien de mystérieux. On réduit le chômage en libérant
le potentiel de progrès porté par chacun des êtres humains. Une
fois les réglementations malthusiennes abolies, une fois l’irresponsabilité
de l’argent facile supprimée, une fois les droits de propriété rétablis,
l’épargne et le patrimoine reconsidérés, les individus sont en mesure
de se prendre à nouveau en charge, ceux qui veulent progresser auront
tôt fait d’entraîner les autres dans un cercle vertueux d’effort
et de promotion.
On
essaie de masquer ce succès aujourd’hui en prétendant que les pays
comme les Etats Unis et l’Angleterre qui ont éliminé le chômage
ont condamné des millions de gens à la misère : le capitalisme
n’aboutirait au plein emploi qu’à la seule condition de créer de
nouvelles injustices.
Il
s’agit d’un argument de vile propagande, repris avec empressement
par tous ceux qui, pour des raisons diverses (peu reluisantes en
général) n’aiment pas le monde anglo-saxon.
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| LA PROTECTION SOCIALE EN PERIL |
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Ce
qu’HAYEK avait également pronostiqué dès 1962, c’est la ruine des
systèmes de Sécurité Sociale obligatoires qui n’ont pas voulu se
fonder sur la capitalisation.
L’Etat
a mis en place la fameuse protection « par répartition »,
où les bien portants paient pour les malades, les actifs pour les
retraités : quoi de plus naturel ? Le problème est que
progressivement le prix de la santé a augmenté, la retraite est
plus longue, et le nombre des cotisants diminue.
D’autre
part HAYEK avait bien vu le vice constitutif d’un système où les
gens ont une fausse impression de gratuité. Enfin, il y voyait une
nouvelle forme de servitude des individus et de leurs familles vis-à-vis
de l’Etat.
La
Sécurité Sociale française illustre parfaitement l’analyse de HAYEK.
Les fameux « droits acquis » sont
de plus en plus illusoires, l’Etat Providence est dans l’impossibilité
de tenir ses promesses, et la dette sociale atteint des sommets
vertigineux.
Voilà
pourquoi HAYEK a été l’un des premiers à prôner la privatisation
de la Sécurité Sociale. Cette privatisation est l’une des grandes
réformes sociales à pratiquer en France, à l’image de ce qui s’est
amorcé dans plus de cinquante pays.
En
France, la seule solution est de mettre fin au monopole de la Sécurité
Sociale, d’admettre l’entrée des compagnies privées sur le marché
de la protection sociale, et de laisser aux Français la liberté
de s’assurer.
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| PASSER A LA CAPITALISATION |
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Evidemment
la capitalisation devra permettre de sauver l’avenir des retraites.
L’obstination
des socialistes français à la création de fonds de pension est dramatique,
quand on sait que chaque année qui passe fait perdre des centaines
de milliards à ceux qui pourraient capitaliser au lieu d’être soumis
à un régime de répartition sans avenir autre que la disparition.
Il
va de soi que le passage de la répartition à la capitalisation peut
s’aménager progressivement, et que pendant la période de transition,
les droits acquis seront maintenus à un niveau au moins égal à celui
qu’assurait la répartition.
On
ne doit jamais perdre de vue que la capitalisation met à la disposition
de l’économie française des sources de financement considérables.
Aujourd’hui les performances des entreprises françaises font le
bonheur des retraités américains et anglais, puisque leurs fonds
de pension constituent la plus grosse part de l’argent placé en
Bourse à Paris.
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| AIDE AUX PERSONNES EN DIFFICULTES PASSAGERES |
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Si
la promotion par le progrès personnel est la meilleure solution
sociale, faut-il pour autant se désintéresser de ceux qui sont laissés
pour compte ?
Beaucoup
de personnes sont soumises à ces difficultés passagères, et ont
besoin d’un secours extérieur. Il est naturel que la communauté
leur tende une main généreuse. Mais cela doit se faire à deux conditions :
-
il faut aider les personnes, et non les activités :
on n’aide pas les agriculteurs en subventionnant l’agriculture,
ni les locataires en bloquant les loyers, ou en construisant des
logements sociaux. Car, dans un cas comme dans l’autre, les conséquences
à long terme sont catastrophiques : excédents agricoles et
ruine de la paysannerie, crise du logement et ghettos urbains.
-
De plus, cette aide doit être dégressive, et conçue comme
un coup de pouce temporaire, et non comme un droit acquis.
Il
faut donc reconsidérer toutes les « interventions sociales »
inscrites aux budgets de l’Etat français et des collectivités locales,
et en finir avec le mythe des « droits acquis ».
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| REVITALISER LA SOLIDARITE VOLONTAIRE |
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Aucun
système social, quel qu’il soit, ne parviendra à couvrir la totalité
des misères financières et des détresses psychologiques.
Dans
une société de libertés, l’ordre marchand est capable de beaucoup
de choses, mais dans certains domaines, c’est l’ordre communautaire
qui doit prendre le relais.
Il
appartient aux familles, aux associations caritatives et mutuelles,
aux clubs services, de prendre en charge les personnes qui ne sont
pas assurées ou sont passées à travers les mailles du filet social.
Encore faut-il leur donner les possibilités financières et juridiques
d’accomplir cette tâche de bons samaritains. Le régime des fondations
doit permettre de larges exonérations fiscales.
Le
choix est bien entre une société où le futur est collectivisé –
mais un futur collectivisé de plus en plus sombre – et une société
où les individus et leurs communautés se sentent responsables de
leur avenir.
Il
faut associer responsabilité personnelle et progrès social.
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