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LES VALEURS DE L’OCCIDENT
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HAYEK a voulu construire
son œuvre scientifique sans aucune référence à l’éthique. Chez les
Autrichiens, la mode était au « werrfrei », on séparait
science et morale.
Cependant, la science
économique, et même la science sociale en général, est insuffisante
à trouver un sens à la liberté, et ne donne pas la réponse à toutes
les interrogations du monde contemporain.
HAYEK en a eu pleinement
conscience et, à Paris en 1984 par exemple, il écrivait à propos
du « retour du libéralisme » : « ce n’est pas
seulement le marché qui résoudra la crise des temps modernes. Il
faudra aussi retrouver les valeurs morales de la liberté, qui ne
sont autres que celles de l’Occident judéo-chrétien ».
Et,
de fait, ces valeurs sont indispensables à une société de libertés.
Elles le sont même à un double titre : elles donnent les moyens
de la liberté, elles donnent la finalité de la liberté.
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| LE CONTENU ETHIQUE DES INSTITUTIONS |
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La référence à un ensemble
de valeurs morales et spirituelles est implicite dans l’émergence
et l’évolution des institutions qui permettent et garantissent la
liberté.
Certes HAYEK n’a pas
voulu introduire un critère éthique dans la sélection des règles
sociales. Les institutions sont respectées par un groupe considéré
dans la mesure où elles lui conviennent. Mais quelles est la nature
de cette convenance ? Il faut supposer soit, comme le fait
BUCHANAN, que les bonnes règles sont celles qui permettent de s’accommoder
de plusieurs éthiques différentes (mais n’est-ce pas une éthique
que de dire que ce qui est bien est ce qui respecte les diverses
conceptions du bien ?), soit, comme le veut la tradition du
droit naturel thomiste, qu’une éthique implicite donne consistance
aux règles sociales parce que tout le monde, peu ou prou, partage
une commune idée du bien et du mal.
Si aujourd’hui tant
d’institutions sont périmées c’est que leur contenu éthique a été
contesté ou évacué.
Les
pays qui ont subi la barbarie pendant des années, mais aussi d’autres
pays qui ont éliminé toute référence éthique, ont beaucoup de mal
à faire renaître un lien social et à faire accepter les institutions
indispensables à la liberté, voire même indispensables au marché.
Dans un monde de voleurs, de tricheurs, il est difficile de respecter
la propriété, et d’honorer les contrats. C’est la loi de la jungle,
c’est la mafia née de la nomenklatura reconvertie.
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| LA MORALE GUIDE DES COMPORTEMENTS INDIVIDUELS |
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HAYEK lui-même a plusieurs
fois rappelé que le processus de marché ne pouvait fonctionner si
les individus ne possédaient pas une vertu et une seule : l’honnêteté.
Les partenaires dans
le contrat, les individus projetés dans le jeu des inter-dépendances
ont besoin de savoir si les autres vont jouer le jeu. Si aucun comportement
n’est prévisible parce que les gens ne respectent pas leur parole,
on ne peut faire aucune anticipation raisonnable. Le savoir dispersé
ne peut plus se coordonner, et l’ordre étendu a tendance à se rétrécir :
les individus se réfugient dans des espaces restreints plus rassurants
mais moins performants.
La
société de liberté est une société de confiance.
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| LIBERTE DES ACTES, DIGNITE DES PERSONNES |
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L’éthique ne donne pas
seulement à la liberté les moyens dont elle a besoin, sous forme
de règles sociales et de morale des comportements.
L’éthique donne à la
liberté sa finalité.
Certes, la liberté est
une valeur en soi, et on ne saurait la contester ou la contraindre
autrement que par les institutions qui la garantissent.
Mais cette valeur est
médiate, et non finale. Elle prend tout son sens dans la perspective
de l’épanouissement de la personnalité humaine.
Le fait que certains
usent leur liberté pour s’enfouir dans le néant ne fait pas oublier
que tout le monde peut s’en servir au contraire pour son progrès
et son achèvement personnel. Il en est de la liberté comme du capitalisme.
Ce système est évidemment préférable au socialisme qui est une double
négation et de l’être humain et de sa liberté. Mais le système capitaliste
ne rend pas les hommes nécessairement meilleurs, même si l’on ne
peut parvenir à l’achèvement personnel qu’à travers le capitalisme.
Cela a été rappelé par les plus hautes autorités morales, comme
Jean Paul II dans Centesimus Annus.
La
liberté des actes est la seule voie qui peut mener à la dignité
des personnes.
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| L’HOMME CREATEUR |
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La liberté permet à
l’être humain de créer, la bible et les Evangiles nous diront même :
de continuer l’œuvre créatrice de Dieu - les hommes sont des pro-créateurs,
ils créent pour le compte de Dieu.
Que ce soit dans l’esprit
des religions bibliques ou dans l’approche simplement humaniste,
on s’accordera pour insister sur le caractère bénéfique, voire même
sur le caractère vital de la volonté créatrice de l’homme. L’homme
a besoin de se projeter dans le futur, il a besoin de s’élever,
de se grandir. Et la pire punition qu’on puisse lui infliger est
de lui ôter toute possibilité de mener son projet personnel - quelque
soit la nature de ce projet.
L’homme
a besoin de donner un sens à sa vie, de prouver ses capacités, et
à travers elles sa personnalité, son identité. « Chaque homme
est unique et irremplaçable ».
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| L’HOMME SERVITEUR |
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Mais, pour autant, cet
être unique et irremplaçable n’est pas isolé. L’homme ne peut vivre
par lui-même et pour lui même. Il est naturellement porté vers les
autres.
Dans
une société de libertés, c’est avec les autres, et au service des
autres que l’on trouvera son propre progrès. Il n’y a rien de plus
extraverti que l’économie de marché, à laquelle tant de faux esprits
font le mauvais procès de flatter l’égoïsme, les appétits individuels.
Il est possible que l’usage fait de la richesse soit en effet moralement
désastreux et sans égard pour les autres. Mais la richesse en elle-même,
et la façon dont elle est obtenue sur le marché, reposent sur la
satisfaction des autres. On n’échange pas tout seul, et on n’impose
pas sa volonté aux autres. S’il y a un asservissement et un conditionnement,
on doit le rechercher dans les rapports humains à base de pouvoir
et d’oppression mais pas dans les relations humaines fondées sur
l’échange et la liberté.
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| LE BIEN COMMUN GRACE A LA LIBERTE |
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Ce dernier aspect de
l’action humaine, largement tourné vers le service des autres, explique
que la liberté ne soit pas seulement une source d’épanouissement
personnel, mais aussi un élément constitutif du bien commun.
Le bien commun est l’ensemble
des éléments et des règles sociales qui permettent à une communauté
de vivre en harmonie. Ce n’est pas, comme on le croit souvent, un
intérêt général qui viendrait se juxtaposer aux intérêts personnels
pour mieux les domestiquer ; c’est un environnement propice
à la poursuite par chacun de son bonheur, certains diront :
de son salut éternel.
Or,
la liberté conduit à cet environnement, et à travers la liberté,
on a des chances de déboucher sur des sociétés harmonieuses et des
sociétés équilibrées.
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| SERVICE ET COMPREHENSION DES AUTRES |
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Sociétés harmonieuses : garantie par un système de
droits et obligations mutuels, pratiqué dans l’échange volontaire,
la liberté va s’accommoder des différences entre individus, et améliorer
la qualité des relations personnelles.
Les régimes totalitaires
viennent au pouvoir et le conservent en opposant les hommes entre
eux : conflits de classe, conflits éthiques permettent de légitimer
un Etat fort, issu de telle minorité qui écrasera les autres, ou
d’un parti élitiste qui nivellera toutes les aspérités sociales,
et les pires de ces aspérités : les individualités.
A la civilisation et
au gouvernement des masses, la liberté substitue la civilisation
de la compréhension mutuelle, du respect des minorités.
Ce n’est pas un hasard :
c’est le prolongement normal de ce que des hommes libres prennent
l’habitude de concevoir, de travailler et d’échanger en commun,
et la solidarité économique devient solidarité sociale, qui devient
solidarité et entraide.
Voilà pourquoi les civilisations
de la liberté ont été et sont marquées par la bonne entente entre
peuples, entre régions. L’harmonie sociale peut régner.
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| DES SOCIETES EQUILIBREES |
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Un autre aspect de l’harmonie
sociale est l’équilibre qui s’établit entre l’ordre marchand, l’ordre
politique et l’ordre communautaire.
Certes l’ordre marchand
couvre un large champ de l’activité humaine, et l’échange sur le
marché permet de régler la plupart des problèmes de la vie en commun.
Mais pour autant, l’ordre politique ne peut être ignoré. Il faut
que les règles sociales soient respectées et que la liberté soit
protégée : les droits individuels et les obligations réciproques
doivent être sous la garde d’un pouvoir de contrainte, juste assez
puissant pour que les abus privés soient éliminés, mais pas assez
puissant pour que les abus publics soient possibles.
Enfin, l’ordre communautaire
est tout aussi indispensable que les deux autres. Il y a des formes
d’échange et de complémentarités qui ne sont pas celles du marché,
mais celles de communautés que les individus constituent naturellement
et volontairement. Les familles, bien évidemment, mais aussi les
associations, qu’elles soient confessionnelles, professionnelles,
culturelles, caritatives : toutes ces cellules de la société
civile constituent un barrage et un contre-poids à l’égard du pouvoir
politique. Elles sont aussi le lieu de l’affection, de l’amitié,
de la solidarité, et permettent ainsi à chacun de s’épanouir en
s’ouvrant aux autres.
Le
drame des sociétés contemporaines est de subir le débordement de
l’ordre politique, l’écrasement de l’ordre communautaire et la paralysie
de l’ordre marchand.
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| LA ROUTE DE LA LIBERTE |
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Voilà les vraies dimensions
de l’alternative libérale, pour ne pas dire la révolution libérale.
Il ne s’agit donc pas
seulement d’appliquer quelques recettes utiles pour renouer avec
la croissance et le plein emploi. Au-delà de ces recettes, c’est
toute une conception de l’homme et de la société qui est en jeu.
Les adversaires des
libéraux déforment ce message, et condamnent les libéraux pour cause
de réductionnisme économique. Ce n’est que propagande. Le grand
maître à penser des libéraux que fut HAYEK n’a cessé de dépasser
les problèmes de l’économie pour aller à l’essentiel : la liberté.
Et la liberté elle-même nous conduit à l’essentiel : la dignité
de la personne humaine.
Que les libéraux, à
la suite de HAYEK, sachent bien qu’il s’agit d’une croisade pour
sauver et libérer l’être humain écrasé par le socialisme, pas la
barbarie tout au long de ce XX° siècle. Comme toutes les croisades,
celle-ci n’est pas gagnée d’avance. Comme toutes les croisades,
celle-ci exige d’aller jusqu’au bout, jusqu’à la victoire, même
si des générations successives doivent s’y employer. Jeunes gens
et jeunes filles, souvent venus de pays longuement privés de liberté,
puisse votre génération dispenser les suivantes d’avoir à reconquérir
cette liberté.
Le plus difficile est de faire les premiers
pas sur la route de la liberté.
Ensuite, c’est une route semée d’étoiles, les
hommes de bonne volonté avancent sur le chemin.
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