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| L'EGOISME ET L'EXCLUSION MENACENT |
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Le
succès du marché et des entrepreneurs va-t-il soumettre toute forme
de relation entre les hommes à la loi de l'argent ?
C'est
ce que pensent certains, qui voient dans le libéralisme et le capitalisme,
toujours sauvage, l'origine de situations qui heurtent nos sentiments
moraux.
Pour
eux, la liberté flatte l'égoïsme, détruit toute forme de solidarité
et d'abnégation. Pour eux, la logique marchande n'a de considération
que pour la réussite financière, et ceux qui n'ont pas d'argent
sont exclus de la société. Or, on ne peut se procurer de l'argent
qu'en contre-partie d'un acte productif.
Enfin,
ces adversaires de l'ordre marchand déplorent son caractère anonyme,
cosmopolite. Les transactions sont conclues entre individus qui
s'ignorent, la "grande société" détruit la nation, la
culture, pour appeler les hommes à un universalisme qui n'est plus
à la dimension de l'être humain.
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| LA REDISTRIBUTION SOCIALE S'IMPOSERAIT |
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Ces
menaces qui pèsent sur la dignité des personnes justifieraient donc
l'intervention de la société, s'exprimant à travers le pouvoir politique
démocratiquement élu.
Voilà
une légitimité forte pour tous les mécanismes publics de redistribution.
Sont légitimes les prélèvements obligatoires, impôts et cotisations
sociales qui évitent les désastres sociaux auxquels conduit la liberté.
Qu'ils le veuillent ou non les citoyens d'une même nation ne sont-ils
pas liés par des obligations plus fortes que les droits individuels
?
Les
systèmes de capitalisation sont donc dénoncés comme conçus au seul
usage privatif de l'individu.
On
leur préférera les systèmes de répartition, qui créent une solidarité
entre tous, riches et pauvres, jeunes et vieux.
Cette
préférence pour la répartition est bien visible dans les débats
autour de l'avenir de la protection sociale, et notamment des retraites.
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| LA SOLIDARITÉ PUBLIQUE EN FAILLITE |
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La réalité est assez différente
de ce qu'imaginaient les faux prophètes sociaux. Aujourd'hui, dans
tous les pays où elle est pratiquée (et cela couvre la planète presqu'entière),
la solidarité publique est en faillite.
C'est
une faillite économique et financière d'abord. Les transferts ne
sont jamais que des transferts, et quand on les accroît plus vite
que les revenus primaires sur lesquels ils sont ponctionnés, les
déficits apparaissent. Or, les ponctions affaiblissent le corps
économique, et quand on confisque l'argent de ceux qui produisent,
la production stagne, voire s'effondre. Aujourd'hui les caisses
publiques et les caisses sociales sont vides. On doit mettre un
frein aux largesses des administrations, tout en accroissant sans
cesse les prélèvements obligatoires.
Mais
la faillite est aussi psychologique. La solidarité publique créée
l'illusion des droits sociaux: on attend tout de la société, et
de façon cumulative et irréversible : ce sont les "droits acquis".
L'irresponsabilité se propage à tous les niveaux de la société.
Pourquoi la rigueur et l'effort personnel quand tout est garanti
par la collectivité ?
La
personnalité se fond dans le collectif, et l'être humain abdique
sa liberté, et bientôt sa dignité. Il est assujetti, il est asservi.
L'homme
perd toute volonté de progrès personnel, il refuse toute incertitude,
tout changement. C'est la société de l'immobilisme, c'est la société
du risque zéro.
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| PENSER À SOI, PENSER AUX AUTRES |
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La
faillite de la solidarité publique nous incite à nous interroger
à nouveau sur les relations entre liberté de l'individu et
le souci de la communauté.
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Cela
est vrai dans l'ordre marchand. On a déjà établi qu'il n'y a pas
de réussite sans souci des autres. Quelle que soit la pression de
l'intérêt personnel, il ne peut ignorer les intérêts des autres,
l'économie robinsonienne n'a jamais existé.
Mais
la liberté individuelle ne s'exerce pas seulement dans le cadre
des échanges marchands. Elle peut et doit s'exprimer dans un esprit
de partage, de solidarité volontaire - que l'on appellera plus volontiers
entraide.
Ainsi,
reconnaître aux individus la possibilité de poursuivre leur projet
propre, leur attribuer des droits personnels n'efface pas les sentiments
communautaires qui le poussent vers les autres.
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| SPONTANÉITÉ DES COMMUNAUTÉS |
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Il
n'y a rien d'étonnant à ce que l'être humain recherche la vie en
commun. Les communautés humaines sont nées spontanément : l'homme
libre y participe nécessairement, parce qu'elles correspondent à
un double besoin.
Besoin
d'épanouissement personnel d'abord : chacun trouve dans la communauté
l'occasion de se former, de s'éduquer, chacun y trouve des complémentarités,
chacun y exprime ses sentiments, y développe ses vertus.
Besoin
de servir aussi : on veut apporter aux autres autant qu'on attend
d'eux, on aime aider les autres, on aime participer au progrès de
tous.
Sans
doute la nature et l'intensité de ces besoins varient-elles avec
chaque individu. Mais c'est bien la relation aux autres qui permet
de forger et de révéler la personnalité.
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| LA FAMILLE, PREMIÈRE DES COMMUNAUTÉS |
Parmi toutes les communautés, la famille est sans doute la première,
par son ancienneté, par sa permanence et par son importance. |
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Les
théoriciens de la justice sociale devraient savoir que l'on
n'a pas attendu l'Etat Providence pour pratiquer la redistribution,
prendre en charge les faibles, assurer l'équilibre entre les
générations.
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La
famille a fait et fait encore cela bien mieux que n'importe quelle
administration.
Cette
solidarité volontaire, ce partage spontané, élèvent la dignité de
ceux qui donnent comme de ceux qui reçoivent.
Malheureusement,
l'Etat Providence a tout fait pour briser la famille, d'une part
il a prétendu nationaliser la solidarité et a dépouillé les familles
d'une large partie de leurs ressources, d'autre part il a pris en
charge un certain nombre de missions traditionnelles de la famille,
et notamment l'éducation, devenue elle aussi "nationale".
Les
résultats sont catastrophiques, et les individus trop souvent privés
de cet irremplaçable environnement familial perdent des trésors
de traditions et de références morales.
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| LES COMMUNAUTÉS ASSOCIATIVES |
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De
façon générale l'Etat veut détruire tout ce qui est entre lui et
les individus, toutes ces communautés intermédiaires qui se créent
si spontanément, dans des domaines si divers.
La
vie associative permet de rendre de nombreux services qui, pour
ne pas être marchands, n'en sont pas moins précieux. Le recours
à l'association permet d'assumer des missions multiples.
Certaines
associations sont caritatives, et se proposent de venir en aide
aux personnes en difficulté, physique ou morale. Dans de nombreux
pays, la santé, les handicaps, la vieillesse, l'isolement sont pris
en charge par des associations ou clubs-service, dont l'efficacité
n'a d'équivalent que le dévouement des personnes bénévoles et attentionnées
aux autres.
D'autres
associations sont confessionnelles. La religion créée des liens
étroits entre croyants, mais permet également de soutenir des initiatives
admirables en faveur des malades, des personnes âgées, des isolés,
des exclus. La charité chrétienne a joué un rôle dominant dans l'humanisation
du développement de l'Occident.
D'autres
associations enfin sont culturelles, artistiques, sportives. Elles
feront sans doute bien mieux que les ministères de la culture, de
la jeunesse et des sports qui diffusent la pensée officielle, l'expression
académique et l'encadrement de la jeunesse.
Mais,
comme la famille, la vie associative connaît des déboires. Le plus
évident est la dérive vers la prise en mains des valeurs fondamentales
de la société par les pouvoirs publics. Les associations deviennent
les courroies de transmission des partis politiques, elles permettent
de politiser des pans entiers de la vie sociale qui auraient dû
être épargnés, protégés contre l'hégémonie totalitaire.
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LA SOCIÉTÉ CIVILE EST DÉMANTELÉE
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La
destruction des communautés intermédiaires compromet gravement l'avenir
des démocraties.
Locke
soulignait leur importance pour la défense des droits individuels.
Des citoyens organisés et enracinés dans leurs communautés sont
moins vulnérables face au pouvoir politique.
Une
vie associative active est une bonne école de discussion, de mutuelle
compréhension, de travail en équipe : toutes ces vertus sont utiles
à la démocratie.
Enfin
et surtout, si les individus réussissent à s'auto-organiser, à régler
par eux-mêmes la plupart de leurs problèmes de vie en commun, le
rôle de l'Etat et des administrations publiques recule.
Ce
n'est donc pas par hasard que la société politique a démantelé la
société civile : elle était un contrepoids trop efficace aux excès
des dirigeants.
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L'ORDRE COMMUNAUTAIRE ENTRE DEUX FEUX
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L'impérialisme
du politique sur le communautaire a pour effet, et pour raison
d'être sans doute, de ramener le déroulement de la vie sociale
à un simple affrontement entre ordre politique et ordre marchand.
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Marché
et communauté peuvent aller de pair : il y a complémentarité, les
niveaux et les domaines d'intervention ne sont pas les mêmes. Bien
qu'il exige un supplément de vertu, le partage de la richesse est
préférable au partage de la pauvreté : la prospérité qui résulte
du marché permet à ceux qui le désirent de participer activement
à la vie familiale, à la vie associative.
Marché
et communautés peuvent, par leur articulation, réduire au minimum
nécessaire la sphère de l'ordre politique.
Mais
si le politique confisque à son profit le communautaire, la balance
penchera bientôt au détriment de l'ordre marchand.
C'est
ce que comprennent confusément et maladroitement nombre de partisans
de la fameuse "troisième voie" : ils pressentent que le
choix offert aux individus entre une société de commandement et
une société d'échanges monétaires est trop étroit; ce qui manque,
en réalité, c'est la société de partage et de convivialité.
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| REDONNER LEUR VIGUEUR ET LEUR PLACE AUX COMMUNAUTÉS |
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Voilà
pourquoi les partisans d'une société de libertés doivent mettre
l'accent sur la nécessaire renaissance des communautés.
Une
des priorités est de remettre en honneur la famille, en lui restituant
au moins en partie les missions qu'elle a exercées naturellement
de façon directe ou indirecte durant des siècles : éducation, entraide,
patrimoine, et en lui restituant aussi les moyens nécessaires pour
assumer ces missions. Il est vrai que les valeurs et les bienfaits
de la famille n'apparaissent pas toujours aux yeux d'une jeunesse
désorientée et désinformée par un système éducatif public. On ne
saurait donc isoler la réforme de la famille de la réforme de l'enseignement.
Un
autre progrès décisif sera accompli lorsqu'on aura privatisé la
santé, la solidarité, la culture, les loisirs, pour les rendre tantôt
à la logique marchande, tantôt à l'activité communautaire (parfois
aux deux).
Privatiser,
c'est remplacer l'impôt obligatoire par la cotisation volontaire.
Privatiser,
c'est admettre que les fondations, les associations, les clubs soient
habilités à faire (mieux) ce qu'aujourd'hui des administrations
pléthoriques font (mal).
La
liberté a une charge de bénévolat, de gratuité, de dévouement -
au moins aussi importante que sa charge d'ambition, de calcul, de
jouissance. Il faut absolument laisser s'exprimer ce penchant de
l'être humain à aller vers les autres, et cette dignité qui est
celle de servir.
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