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| LES IDEES
MENENT LE MONDE |
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"LES IDEES MENENT LE MONDE"
C'est ce que disait Keynes dans les années
trente.
Les faits semblent lui avoir donné raison
: le keynésianisme lui-même a régné en maître incontesté sur toutes
les politiques économiques menées en Occident pendant quarante ans,
jusqu'aux années quatre-vingts ?
A la même époque, le marxisme a changé la
face du monde. Les dirigeants de tous les pays n'avaient pas tous
la même idéologie, mais tous semblaient obéir à un message intellectuel.
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DES POLITIQUES
PRAGMATIQUES
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Les années quatre-vingt ont elles marqué
la fin des idéologies ?
L'effondrement du marxisme et des régimes
qui s'en inspiraient, l'échec du socialisme occidental ont signifié
pour beaucoup d'hommes politiques la fin du dogmatisme.
Ils ne se sont pas demandés s'il y avait
de bonnes doctrines et de mauvaises. Ils ont eu tendance à rejeter
toute référence doctrinale.
Désormais, on recherche des politiques "pragmatiques".
On prend argument du désarmement intellectuel
des socialistes, ou de la gravité de la crise pour refuser tout
engagement doctrinal.
La nouvelle doctrine, c'est de ne pas avoir
de doctrine.
Dans le débat "dogmatisme-pragmatisme",
où est la vérité ?
L'action politique peut-elle s'affranchir
de toute réflexion économique ?
Doit-elle au contraire s'en inspirer directement
?
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DES IDEES
OU DES VOIX ?
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Ces questions se posent avec d'autant plus
d'acuité qu'on est engagé dans un jeu de démocratie représentative,
qui fait naître un marché politique.
Sur ce marché politique, que viennent chercher
les entrepreneurs, c'est à dire les politiciens ? Des idées ou des
voix ?
Ce sont les voix qui les fascinent. Les
idées permettent-elles de piper les voix ou sont-elles une gêne
dans la joute électorale ?
Les professionnels de la politique ont fini
de se battre pour des projets de société, ils se battent pour gagner.
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| LA RECHERCHE
DE RENTES
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Pour gagner, il faut aller à la rencontre
du consommateur.
Que veulent la plupart des électeurs ? Les
grands principes les enthousiasment peut-être, mais ils sont encore
plus sensibles à l'amélioration de leur sort personnel.
Surtout dans un système d'Etat Providence,
ils veulent obtenir quelque chose de plus. Ils sont à la recherche
de rentes, c'est à dire de revenus et de mieux-être obtenus sans
effort supplémentaire de leur part.
"L'Etat est cette grande fiction sociale
à travers laquelle chacun croit vivre aux dépens de tous les autres"
disait Bastiat.
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LES CORPORATISMES
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Comment concilier ces aspirations individuelles
à la rente et une idée collective de "bien commun"
?
Il ne saurait y avoir de consensus, d'unanimité
- et la pacte social est illusoire.
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On ne peut définir des "préférences
collectives".
Les hommes politiques sont en réalité confrontés
à des mosaïques d'intérêts individuels. Pour se faire entendre efficacement,
ces intérêts ont avantage à se coaliser. Ainsi naissent les groupes
de pression, véritables bases du jeu démocratique contemporain.
Dans certains pays, comme les Etats Unis,
le lobbying est admis, officialisé, institutionnalisé.
Dés lors, le propos de l'homme politique
n'est pas d'avoir des idées et de les faire partager, mais d'épouser
les intérêts des groupes qui le porteront à la victoire.
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LE MEPRIS
DU DROIT
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Le réalisme politique s'encombre d'autant
moins d'idées générales et de principes que les règles du
jeu social se sont mises à changer sans arrêt.
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HAYEK a dénoncé le mépris de
nos contemporains, et particulièrement de nos dirigeants, pour les
règles sociales, pour le droit.
Le droit ne les concerne plus, parce qu'ils
sont le droit, ils font le droit.
Parce qu'ils font la loi, ils sont au-dessus
des lois.
Ils sont donc en mesure d'accorder privilèges
et transferts au mieux des intérêts de certaines catégories d'électeurs
qui leurs donneront leurs voix.
Ils pratiquent l'expropriation, la redistribution.
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LES PROMESSES
NON TENUES
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Comme on ne peut satisfaire
tout le monde à la fois, on ne commet pas l'imprudence d'avoir des
programmes globaux.
Il
faut les décliner par catégories sociales.
D'autre part, les promesses catégorielles
résistent mal au temps.
Généreux et optimistes avant les élections,
les élus deviennent rigoureux et pessimistes ensuite.
Quels
sont ceux d'entre eux qui resteront fidèles à un programme, même
teinté de démagogie ?
Allons même plus loin : voudraient-ils être
conformes à leurs engagements, pourraient-ils les tenir ?
On serait donc tenté de conclure à une incompatibilité
d'humeur, mais aussi à une opposition de nature, entre jeu démocratique
et programmation intellectuelle.
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LES PROMESSES
NON TENUES
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Comme on ne peut satisfaire tout le monde
à la fois, on ne commet pas l'imprudence d'avoir des programmes
globaux.
Il faut les décliner par catégories sociales.
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D'autre
part, les promesses catégorielles résistent mal au temps.
Généreux et optimistes avant les élections,
les élus deviennent rigoureux et pessimistes ensuite.
Quels sont ceux d'entre eux qui resteront
fidèles à un programme, même teinté de démagogie ?
Allons même plus loin : voudraient-ils être
conformes à leurs engagements, pourraient-ils les tenir ?
On serait donc tenté de conclure à une incompatibilité
d'humeur, mais aussi à une opposition de nature, entre jeu démocratique
et programmation intellectuelle.
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LIMITES CONSTITUTIONNELLES
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Il existe cependant des limites aux excès
du marché politique.
Ces limites sont d'abord constitutionnelles.
Les manoeuvres politiciennes et les groupes
de pression ne sont efficaces que si le mépris du droit est durablement
impuni. Dans un état de droit, les règles fondamentales de la vie
en société reprennent tôt ou tard leur vigueur. Le respect dû aux
personnes, à la propriété, finissent par l'emporter sur les appétits
publics et privés.
Le vrai problème devient alors : quelles
sont les institutions de nature à assurer et maintenir l'état de
droit ? De ce point de vue, la possibilité pour le citoyen d'échapper
à l'arbitraire d'un Etat souverain est un progrès considérable.
Voilà ce que l'Europe pourrait offrir aux Européens : une concurrence
institutionnelle, un choix de systèmes de droit.
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L'ECONOMIE
DE MARCHE
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Mais les limites aux excès du marché politique
viennent aussi des lois implacables de l'économie.
Le libre marché économique ne peut durablement
coexister avec le marché politique. Entre l'entreprise et le profit
d'une part, et d'autre part l'administration et la rente, il faut choisir. Les régimes mixtes
sont appelés à la confusion, puis à la ruine.
Qu'on le veuille ou non, l'économie de marché,
qui a balayé l'économie de plan, pousse dans le sens d'une disparition
de l'économie mixte : il n'y a pas de troisième voie entre marché
et plan.
Or, dans une économie de marché, les fantaisies
conjoncturelles des gouvernements n'ont pas leur place : elles coûtent
cher. Voilà comment les grands bricolages électoraux, les grandes
manoeuvres monétaires, fiscales, sont en voie de réduction, sinon
de disparition.
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LA VERITE
VAINCRA
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Les hommes politiques ne peuvent donc plus
faire ce qu'ils veulent, et l'Etat Providence a atteint ses limites.
En même temps que la société reprend son
droit, l'économie reprend ses droits.
L'irréflexion économique, l'oubli des lois
élémentaires de la production et de l'échange, ne sont donc pas
des recettes d'avenir.
Voilà comment, après une parenthèse assez
longue d'adoxalisme, d'irréflexion, les hommes du XXème siècle finissant sont amenés à retrouver le chemin
de la vérité, à repérer leurs erreurs pour les corriger, et pour
ce faire à se donner des repères, c'est-à-dire des valeurs fondamentales.
Ce ne sont pas les idéologies socialisantes
héritées du XIXème siècle qui
fourniront le message intellectuel du XXIème siècle.
Mais à travers les hésitations et au prix des épreuves successives,
la vérité vaincra. On voit bien que "les idées mènent le monde".
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