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| COMMENT LES IDEES ECONOMIQUES VIENNENT-ELLES
AUX HOMMES POLITIQUES ? |
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Qu'ils
en soient conscients ou non, les hommes politiques subissent
les modes intellectuelles.
Cela
ne les conduit pas nécessairement à avoir une doctrine - on
a vu que bien souvent ce n'était pas leur penchant ni leur
intérêt. Mais cela se traduira tant soit peu dans leurs actions
concrètes.
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Par
exemple, depuis vingt ans on a vu se multiplier les politiques monétaristes
sans que les gouvernants aient une bonne connaissance ou une ferme
confiance dans les théories de FRIEDMAN.
Comment
les idées économiques viennent-elles aux hommes politiques ?
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LA FORMATION DU SAVOIR
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La
source du savoir économique, comme de tout savoir, est la recherche
scientifique, diffusée à travers l'enseignement universitaire.
Parce
que la science économique est une science de l'homme - et non de
la nature - son progrès n'est ni aussi certain ni aussi facile qu'en
physique ou en chimie. Cela n'enlève rien à son caractère scientifique.
De
plus, la science économique est une science carrefour : "Celui
qui n'est qu'un économiste n'est qu'un mauvais économiste"
disait HAYEK.
A
voir les conditions dans lesquelles recherche et enseignement économiques
s'organisent dans certains pays - et notamment en France - on n'est
pas surpris de voir diffuser les idées économiques les plus saugrenues,
les moins scientifiques possibles.
Souvent
la science économique est purement et simplement mise au service
des dirigeants politiques : une Université d'Etat enseigne naturellement
le dirigisme économique !
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KEYNES : DE LA SEDUCTION A L'ECHEC
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C'est
ce qui explique sans doute l'extraordinaire carrière du keynésianisme.
KEYNES
a lancé un
message bien simple
: quand l'économie va mal,
c'est la faute du marché, et c'est l'Etat qui peut tout arranger.
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Etat-Providence,
mais providence des hommes d'Etat : désormais ils sont scientifiquement
autorisés à régler la conjoncture, à utiliser l'arme budgétaire,
qui s'accompagne bien vite de l'arme monétaire.
Un
message aussi simple ne pouvait manquer de séduire, et peu de gouvernants
jusqu'au milieu des années soixante dix ont résisté au chant des
sirènes keynésiennes. Puis vient la "crise pétrolière"
et l'incroyable révélation : le roi est nu. L'Etat est incapable
de résorber le chômage, même en faisant de l'inflation. L'économie
publique engendre gaspillages, privilèges et stagnation.
L'échec
est tout aussi visible dans les pays du Tiers-Monde. Tous ceux qui
s'engagent dans les politiques macro-économiques, dans la planification,
dans le soutien de la dépense et l'isolationnisme commercial s'enfoncent
dans la misère.
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| RETOUR DU KEYNESIANISME ? |
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Pourtant
certains aujourd'hui croient à un retour en force du keynésianisme.
Ne serait-ce pas le contre-poids du libéralisme "sauvage"
mis en place après l'effondrement de la planification ?
En
fait, il y a bien eu un genre de "retour à l'état de jungle"
dans les pays ex-communistes, mais cela n'a rien à voir avec le
libéralisme, qui est à base d'ordre social et d'état de droit. Et
l'appel au keynésianisme n'est qu'une tentative de plus pour retrouver
la mythique "troisième voie", et pour justifier le retour
de l'Etat et de ses ingénieurs sociaux.
"Le
communisme est mort, mais le Léviathan vit toujours", dit BUCHANAN.
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LE MONÉTARISME ET SES AVATARS
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Le
démon keynésien a-t-il été définitivement exorcisé par les
monétaristes ?
Milton
FRIEDMAN a-t-il été le Saint Georges terrassant le Léviathan
?
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On
a pu le croire il y a vingt ans, lorsque les monétaristes ont apporté
la démonstration des erreurs des politiques keynésiennes, et la
vanité des relances par la création de monnaie.
Les
monétaristes ont imposé la rigueur dans la gestion de la masse monétaire,
et en ont fait l'arme principale de lutte contre le chômage.
Cependant
le monétarisme demeure encore une forme de politique macro-économique.
Peu à peu, les gouvernements l'ont transformé en un keynésianisme
prudent : ils dirigent avec une main plus douce,
mais
ils dirigent toujours. Là où FRIEDMAN croyait en des stabilisateurs
automatiques, les néo-monétaristes renouent avec des politiques
discrétionnaires.
Voilà
comment, même aux Etats-Unis, on recommence à manipuler les taux
de change, les taux d'intérêt et les déficits budgétaires.
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L'ÉCOLE AUTRICHIENNE
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Par
comparaison les économistes de l'école Autrichienne, moins prisés
et moins connus durant la première moitié de ce siècle, ont eu une
influence croissante depuis trente ans.
C'est
sans doute MISES, pourtant le plus intellectuel et le plus désabusé
des économistes élèves de Carl MENGER, qui a porté le premier le
message autrichien à la classe politique contemporaine.
Ses
cours à l'Université de New York ont eu un écho dès 1942 en Amérique
Latine, et c'est à Mexico qu'il rédige " l'Action Humaine "
et commence à expliquer le socialisme et le capitalisme de façon
claire. Il impute chômage et inflation aux interventions de l'Etat,
qui faussent les calculs individuels des entrepreneurs.
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L'ORDO LIBERALISMUS
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A
la fin de la deuxième guerre mondiale, les idées libérales
vont se nicher à l'Université de Fribourg en Brisgau. HAYEK,
Wilhelm ROEPKE, Walter EUCKEN, établissent les bases de "l'ordo
liberalismus".
Ils
montrent l'importance des règles du jeu social, des institutions
(ordo) dans le bon fonctionnement de l'économie de marché
(liberalismus).
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Parmi
les règles du jeu, la stabilité monétaire. Voilà pourquoi Ludwig
EHRARDT, lui aussi économiste de Fribourg, réussira le "miracle
allemand" et pourquoi la République Fédérale s'engagera dans
la voie de la rigueur monétaire - bien avant le monétarisme - à
contre-courant de tous les autres pays occidentaux qui s'adonnent
à cette époque au keynésianisme et à l'inflation.
Voilà
qui vaudra à l'Allemagne une place éminente dans le commerce mondial,
jusqu'à ce que l'ordo liberalismus s'abâtardise peu à peu en "Economie
sociale de marché".
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HAYEK : REAGAN, THATCHER ET LES AUTRES
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La
percée la plus spectaculaire des idées autrichiennes se fait pourtant
à partir des idées de HAYEK.
Sa
première attaque date des années trente : son explication des cycles
est bien supérieure à celle de KEYNES, mais
les contemporains ne l'écoutent pas. Avant
même la fin de
la deuxième guerre
mondiale,
il repart à l'assaut du dirigisme. Le keynésianisme, ROOSEVELT et
le New Deal, le socialisme réformiste occidental, sont des formes
atténuées mais dangereuses du totalitarisme : HITLER et STALINE
illustrent la dérive du constructivisme vers le totalitarisme.
Enfin
écouté à Chicago, à New York, à Londres et à Bonn, HAYEK tire parti
de la crise pétrolière et séduit
la classe politique
montante, qui veut
rompre avec les
modes intellectuelles héritées de
l'avant-guerre.
C'est
REAGAN aux Etats-Unis, c'est THATCHER en Angleterre.
L'influence
de HAYEK et de MISES passe au-delà du rideau de fer, et n'est pas
pour rien dans la volonté de libération des peuples asservis au
communisme.
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LA CONSTITUTION DE LA LIBERTÉ
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C'est
dans "La Constitution de la Liberté" que HAYEK apporte
le message politique le plus complet, le plus actuel, le plus
concret.
Le
plus complet, parce qu'il aborde aussi bien les aspects juridiques
qu'historiques ou économiques de la liberté. On y parle de
constitution, mais aussi de la naissance de l'Etat moderne,
du développement économique et des inégalités sociales.
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Le
plus actuel, parce qu'il s'attaque à la grande crise de la civilisation
occidentale : celle des valeurs, celle du sens de la responsabilité
et de l'initiative. HAYEK diagnostique exactement les maladies de
la société asservie par l'Etat Providence.
Le
plus concret, parce qu'il traite de problèmes aussi divers que les
retraites, l'enseignement, les syndicats, les administrations publiques,
l'entreprise, le protectionnisme, la loi électorale ou le référendum
d'initiative populaire.
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LES IDEES NE MANQUENT PAS
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On
est donc tenté de dire à nos hommes politiques :
"Voyez,
ce ne sont pas les idées qui manquent. Cueillez, glanez dans le
champ de la science économique. Voyez les roses, voyez les épines.
"
Encore
faut-il qu'ils s'affranchissent d'un certain nombre de conditionnements
:
-
le conditionnement de la technocratie : l'économie serait l'affaire
d'experts et seul le gouvernement des élites sait ce qu'il a à faire.
L'orgueil intellectuel empêche d'apprendre.
-
le conditionnement du pouvoir : qu'importent les programmes pourvu
qu'on se maintienne en place, ou qu'on conquière la place. Mais
l'ignorance est d'un faible secours quand on doit gouverner. Et
moins on sait gouverner plus on multiplie les actes de gouvernement.
-
le conditionnement du consensus : ne rien faire qui puisse troubler
les autres, ne pas déplaire. Cela conduit à l'immobilisme, au conservatisme,
et ne rassure guère pour l'avenir, surtout dans les périodes de
mutation rapide.
Modestie,
modération, clarté de vue : voilà par contraste les qualités qui
permettent aux hommes politiques d'entendre les messages que leur
lancent à travers le temps, à travers l'espace, les économistes.
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