LES IDEES ECONOMIQUES DANS LE MONDE CONTEMPORAIN

Témoignages : ceux qui ont inspiré les gouvernements occidentaux depuis 40 ans. De l'ordo liberalismus à la société d'économie mixte.
 
LES PAYS OCCIDENTAUX : DES DIFFERENCES PROFONDES

Les pays occidentaux sont d'apparence plus homogène que ceux du reste du monde. N'ont-ils pas connu les mêmes performances, les mêmes épreuves ? Leur niveau de richesse n'est-il pas comparable ?

Les échanges qu'ils pratiquent entre eux n'ont-ils pas gommé les différences majeures ?

Certes, les indicateurs statistiques ne divergent pas spectaculairement.

Mais derrière les résultats globaux se masquent des différences profondes : dans le temps, parce que des pays en bonne santé, comme la Grande Bretagne, ont été au bord de la faillite il y a quelques années - alors que la richissime Allemagne a eu du mal à intégrer les Länder de l'Est dans l'espace, puisque certains pays sont visiblement usés, s'enlisent dans la stagnation et l'endettement, alors que d'autres semblent avoir bénéficié d'une cure de jouvence.

 

ETATS UNIS : VIVACITE INTELLECTUELLE

En fait, tous les pays occidentaux - peut-être à l'exception de la France - ont été traversés par des courants intellectuels contrastés, qui ont amené des alternances politiques et économiques spectaculaires.

En fait, tous les pays occidentaux - peut-être à l'exception de la France - ont été traversés par des courants intellectuels contrastés, qui ont amené des alternances politiques et économiques spectaculaires.

L'exemple le plus frappant est sans doute celui des Etats-Unis.

Ici on n'ignore rien des jeux de la démocratie représentative, et les groupes de pression sont à l'oeuvre. Mais, en même temps, la vivacité intellectuelle est toujours très grande. Elle se forge dans des universités savantes et concurrentes, et se prolonge dans ces fameux "think-tanks", ces centrales intellectuelles où se multiplient les recherches appliquées à la vie politique.

S'il est un pays où il y a une articulation entre le marché des idées et le marché politique, c'est bien les Etats-Unis. Cela peut déboucher d'ailleurs aussi bien sur la victoire du dirigisme que sur l'élection de REAGAN.

 

LA REAGANOMICS

Ronald REAGAN restera certainement l'exemple le plus frappant de l'alliance de la doctrine économique et de l'action politique. "Reaganomics" : cela désigne indifféremment un courant de théorie économique et une forme d'action politique. Le courant théorique est celui du "libéralisme classique", comme disent les Américains. L'arrivée de REAGAN est précédée d'une formidable redécouverte des grands penseurs libéraux du XVIIIème et du XIXème siècle : Adam SMITH, les Pères Fondateurs, et, pour faire plaisir aux Français Benjamin CONSTANT, Jean Baptiste SAY, Frédéric BASTIAT. REAGAN a lu du BASTIAT dans les débuts de sa carrière politique.

L'action politique, c'est la confiance dans la libre entreprise, le rejet de l'Etat Providence : attaque contre les grandes "agences" de Washington, diminution de l'impôt, dérèglementation.

Certes, le marché politique finira par avoir raison de REAGAN, mais c'est là aussi un enseignement sur la tyrannie du statu quo et l'importance des problèmes constitutionnels.

 

LE THATCHERISME

On pourrait en dire presqu'autant de Margaret THATCHER.

Elle avait au départ la partie plus difficile. La Grande Bretagne croulait sous le poids de quarante ans de travaillisme (indifféremment pratiqué par le Labour ou les Conservateurs). L'économie était complètement asservie au "social" c'est à dire au syndical. La fiscalité atteignait des sommets.

C'est bien grâce à l'Institute of Economic Affairs, fondé par Antony FISHER, animé dès son début par lord HARRIS of High Cross et Artur SELDON, que la Dame de Fer a pris son essor. Erudite en économie autrichienne, elle connaissait les illusions du socialisme, et les bienfaits de la propriété privée et de la libre entreprise pour la croissance économique.

Beaucoup de gens n'ont voulu retenir d'elle que ses allures despotiques. Il faut au contraire rendre hommage à sa culture économique, à sa formation intellectuelle. Là encore, le jeu politique a été le plus fort. Mais les Anglais bénéficient encore aujourd'hui du virage du thatchérisme. Vont-ils lâcher la proie pour l'ombre socialiste ?

 

LA TRADITION D'ERHARDT

Par comparaison, l'histoire politique de l'Allemagne semble plus paisible. C'est vrai que ce pays a toujours appartenu aux "bons élèves" de la classe : jamais de mauvaises notes, une monnaie et des échanges extérieurs sans bavure. La tradition d'ERHARDT y est sans doute pour beaucoup : socialistes comme chrétiens-démocrates n'ont jamais cédé à la tentation de l'inflation. La structure fédérale a joué dans le sens d'une limitation des prélèvements, en tout cas d'une meilleure gestion de la chose publique.

Pourtant, dans cette histoire en apparence paisible, deux tournants historiques sont intervenus :  le premier avec le passage à la sociale-démocratie, c'est à dire une large augmentation des transferts sociaux, un pouvoir accru et peu contrôlé des syndicats. Le deuxième a été l'intégration des Länder de l'Est, qui a été faite avec beaucoup de démagogie (notamment sous la pression syndicale) et aux prix d'un endettement spectaculaire, qui a menacé la valeur du Deutschemark.

Il semblerait cependant que l'Allemagne de l'Est se remette au travail plus rapidement que prévu : il était temps.

 

ITALIE : LA SURPRISE

C'est évidemment d'Italie que la surprise est venue soudainement.

Simple vote de rejet de la population lassée des scandales politico-financiers ? Réaction contre l'administration centrale, Rome, l'Etat Italien, et aspiration à l'autonomie régionale, notamment au Nord ? Sans doute également.

Mais l'aventure BERLUSCONI est aussi une grande victoire intellectuelle pour les disciples de FRIEDMAN et HAYEK en Italie. Elève de FREIDMAN, le professeur Antonio MARTINO, qui a été président de la société du Mont Pèlerin, a été l'un des organisateurs du "complot des intellectuels". Il est aujourd'hui ministre des Affaires Etrangères. Un autre universitaire, le professeur URBANI, aujourd'hui en charge de la Fonction Publique, est un fils spirituel de Bruno LEONI, le grand constitutionnaliste libéral italien.

Le programme économique de BERLUSCONI a été qualifié de "REAGAN plus THATCHER". Il prévoit la privatisation complète, le démantèlement de la Sécurité Sociale, la réduction drastique des impôts et la disparition de la progressivité fiscale.

C'est à se demander si ce programme sera jamais appliqué...

 

LES IDEES FONT LEUR CHEMIN

Ainsi, dans tous les pays d'Europe Occidentale, les idées ont fait leur chemin. On trouverait les mêmes évolutions en Espagne, où le parti socialiste a été défait, dans les Pays Bas et en Scandinavie, où le "modèle suédois" a vécu.

Dans tous ces pays, on s'affaire à rendre les entreprises compétitives, on accepte la concurrence et on s'y adapte. 

Les pesanteurs sociales sont sans doute encore lourdes dans les pays du Sud, mais leur dynamisme permettra sans doute de garder une ligne plutôt anti-étatique. Symétriquement, les pays du Nord acceptent une large redistribution, mais sans décourager l'initiative ou confisquer la propriété comme l'avaient fait les régimes socialistes pendant des années.

 

ET LA FRANCE ?

Et la France, direz-vous ?

Elle fait réellement exception.

Une exception qui se traduit dans les chiffres du chômage : c'est la "préférence française pour le chômage". Signe de la puissance de la coalition des conservatismes : refus d'adaptation, maintien des privilèges.

Une exception qui s'explique par le choix français : la société d'économie mixte. Cette idée est la négation d'un choix de société.

C'est un refus de toute logique économique.

Et cela ne surprendra personne : la France reste en dehors des grands courants de pensée économique. L'enseignement économique, complètement nationalisé, diffuse encore un message sans consistance scientifique. Les Français ignorent l'économie et en sont fiers.

Ils traversent le monde contemporain et l'économie de marché sans les comprendre.

Ils sont donc bien incapables de s'y adapter. Voilà qui explique la franco-sclérose.

Les électeurs français sont ballottés entre le conservatisme de droite, nationaliste, corporatiste et technocratique, et le conservatisme de gauche, syndicaliste, égalitariste et populiste. C'est le seul pays occidental où l'on parle encore "plan", "aménagement du territoire", où l'on pratique le contrôle des loyers, la carte scolaire. c'est le pays des plus grosses subventions, des plus grandes administrations.

Les libéraux sont des marginaux en France, alors qu'il ne le sont pas en Europe. C'est donc sans doute en provenance des autres pays européens que la France importera son libéralisme. Voilà pourquoi le modèle italien,, plus encore que le modèle anglais, est important dans ce pays.

 
   
Le capital huamin, clé du développement Etats Unis : Vivacité intellectuelle Le thatcherisme Italie : la surprise Et la France ?