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| PATRIMOINE, ÉPARGNE, EMPLOI |
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"Patrimoine,
Epargne, Emploi" : pourquoi rapprocher ces trois mots ?
Le
patrimoine et l'épargne semblent appartenir au domaine de la vie
privée, de la "micro-économie". L'emploi est au contraire
considéré depuis des années comme un problème national, une affaire
d'Etat, une variable "macro-économique".
Mais
la distinction entre micro et macro a-t-elle un sens ?
Pour
MALTHUS et KEYNES, l'épargne procède sans doute d'une démarche personnelle,
mais elle est avant tout une composante de "l'équilibre général",
et ils ont vu la cause du chômage dans un excès global d'épargne,
dans une insuffisance de la demande globale. Trop d'épargne, c'est
moins d'emploi.
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| CHÔMAGE ET MALINVESTISSEMENT |
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Le
point de vue de MALTHUS et KEYNES ne fait pas l'unanimité.
Au lieu de mettre en accusation trop d'épargne, beaucoup
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d'économistes
imputent le chômage à un manque d'épargne ou, plus précisément,
à la difficulté pour les entreprises de trouver les ressources en
capital dont elles ont besoin.
Les
entreprises qui manquent de moyens financiers ne peuvent se développer,
voire se maintenir, et ce sont autant d'emplois qui ne seront pas
créés ou qui disparaîtront.
Le
paradoxe c'est qu'au même moment des masses de capitaux pourront
être engloutis dans des projets non rentables. Pénurie ici, gaspillage
là : c'est le malinvestissement dénoncé par HAYEK comme l'origine
essentielle du chômage contemporain.
A toujours
lier le chômage au marché du travail, on oublie trop souvent de
regarder du côté du marché du capital. Dans la lutte contre le chômage,
il faudrait peut-être s'interroger sérieusement sur les relations
entre l'épargne, le capital et l'emploi.
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| LA MODE ANTI-CAPITALISTE |
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Lutter
contre le chômage en misant sur l'épargne et sur le capital
n'est pourtant ni très courant ni populaire.
Pourquoi
la mode anti-capitaliste ?
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Il
y a d'abord la composante passionnelle.
En
dépit de la faillite de la collectivisation et du marxisme, l'aveuglement
subsiste : le capitalisme n'a pas conquis tous les esprits, encore
moins tous les coeurs, et on lui accole souvent l'image d'un système
d'exploitation et de déséquilibre.
Le
chômage serait la rançon inéluctable de l'économie de marché.
La
mode anti-capitaliste procède aussi de la folie égalisatrice. Malheur
à ceux qui réussissent, à ceux qui font de bonnes affaires et du
profit. "Les ratés ne vous rateront pas", disait Céline.
Il faut donc redistribuer, partager, de gré ou de force.
En
dehors des réactions passionnelles, il y a des arguments plus "rationnels"
avancés par les adversaires du patrimoine.
Par
exemple, si l'on pense que la relance requiert un accroissement
des dépenses publiques, et si l'on renonce à le financer par l'inflation,
il faut bien trouver des impôts pour alimenter le budget.
D'autre
part, la vieille lune de MALTHUS et KEYNES est réapparue depuis
quelques années, notamment en France : il faut encourager les gens
à dépenser leur argent, c'est la seule façon de faire redémarrer
la croissance et l'embauche. Ceux qui épargnent et accumulent sont
de mauvais citoyens, il faut donc les "inciter" à injecter
dans le circuit économique tout cet argent qui "dort".
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| L'ÉPARGNE, UNE DÉMARCHE NATURELLE |
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Pourtant,
les adversaires de l'épargne et du capital vont contre la démarche
naturelle de l’individu.
On
peut dire que l'épargne est l'acte économique par excellence. Epargner,
n'est-ce-pas "faire des économies" ? Et l'économie, à
l'origine, n'est-ce-pas un effort de bonne gestion de la maison,
du ménage ? N'est-ce-pas l'acte de prévoyance qui permet de mieux
adapter ce que l'on a aux besoins que l'on éprouve, et à la satisfaction
de ces besoins dans le temps ?
L'épargne
résulte d'un arbitrage entre le présent et le futur, elle dissuade
de dilapider aujourd'hui ses ressources parce qu'il faut également
se soucier de demain.
Le
temps n'est pas si lointain où ces vertus domestiques étaient enseignées
et honorées et où la préférence allait plutôt à la fourmi (même
si elle n'est pas prêteuse) qu'à la cigale (même si elle est bonne
chanteuse).
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| LA CAPITALISATION À L'ORIGINE DU PROGRÈS |
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Vertu
d'économie domestique, l'épargne - contrairement aux allégations
de KEYNES - a été aussi à l'origine du formidable développement
de l'Europe dès le début du XII° siècle.
C'est
à cette époque, et non pas au XVII°, que naît l'esprit du capitalisme.
Le
capitalisme ne se caractérise pas, ou pas seulement, par la propriété
privée du capital - comme le définissait MARX - mais par la possibilité
de capitaliser, c'est à dire de spéculer sur le temps.
Constituer
un capital, c'est faire un pari sur le futur. C'est être capable
d'abandonner une satisfaction immédiate pour obtenir plus de satisfaction
dans l'avenir. C'est savoir prendre en considération le temps, et
avec le temps le risque. C'est pouvoir mener un projet sur une longue
période.
Les
banquiers italiens de Lombardie ont rompu la chaîne qui rendait
les gens du Moyen Age prisonniers de leurs contraintes quotidiennes,
enfermés dans un horizon temporel terrestre limité (même s'il était
éclairé par la lumière du salut éternel).
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| UN NOUVEL ESCLAVAGE |
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Les
régimes collectivistes du XX° siècle ont réinventé un Moyen
Age encore plus sombre (sans la lumière de l'éternel) en privant
les individus de toute possibilité de capitalisation.
Epargne,
patrimoine, propriété privée : tout a disparu dans ces régimes,
il est désormais interdit de
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mener
un projet personnel, d'imaginer son futur, celui de sa famille.
Sans
projet, sans perspective du futur, l'individu est soumis à l'esclavage
de la société.
On
peut se demander si, dans certains pays dits "libres",
comme la France, on est très éloigné du schéma collectiviste. Et
si, à travers la traque au capital, on n'a pas brisé le ressort
du progrès, ce qui se paie en stagnation et en chômage.
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| LA PROPRIÉTÉ, DROIT INDIVIDUEL |
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Mais
le prix de la chasse au capital n'est pas seulement financier,
économique, en termes d'emplois. Il y a aussi un prix humain
: ce sont
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les
droits fondamentaux de la personne humaine qui sont atteints, ce
sont les aspirations les plus profondes et les plus naturelles de
l'être humain qui sont annihilées.
L'individu
éprouve le besoin de posséder. Ce n'est pas tant le montant des
richesses accumulées qui lui importe. On ne dira pas que "celui
qui n'a rien n'est rien". Ce qui importe, c'est la possibilité
de mener un projet personnel, et d'affirmer sa personnalité, ses
capacités, à travers son mode de vie. Ce qui importe, c'est d'avoir
sa chance, conçue non comme un gros lot prodigué par la société,
mais comme la liberté de montrer ce dont on est capable.
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| ÊTRE SANS AVOIR ? |
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Aujourd'hui
il est de bon ton de dialectiser l'être et l'avoir. Il s'agit d'une
exagération car : comment être sans avoir, puisque tout l'être humain
est tendu vers la possibilité d'avoir ? Comme Frédéric BASTIAT le
démontrait brillamment, il y a une trilogie indéniable : liberté, capacités,
propriété.
Etre
libre, c'est être différent des autres : les régimes totalitaires
nivellent et numérotent les individus. Mais on ne peut être différent
que si les autres nous identifient, reconnaissent notre spécificité,
notre existence propre. Comment cette reconnaissance des capacités
individuelles pourrait-elle se faire sans référence à l'action humaine,
à ce que chacun a fait, a réalisé ? Il faut donc un système
de reconnaissance sociale permettant de rendre à chacun selon son
action, d'attribuer à chacun ce qu'il a créé : ainsi se légitime
la propriété privée.
Ainsi
le patrimoine est-il le résumé d'une vie, le sceau d'un individu.
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| AVOIR SANS ÊTRE ? |
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Comment
avoir sans être ? Bien qu'il y ait du "bien mal acquis",
on sait qu'"il ne profite jamais", ou jamais
longtemps. Au lieu d'avoir une
méfiance systématique à l'égard de l'argent et de ceux qui
s'enrichissent,
il vaudrait mieux admettre que dans une société de liberté et de
propriété, ceux qui accèdent à un certain niveau de patrimoine l'ont
mérité parce qu'ils ont engagé une grande partie de leur personnalité,
de leur temps, de leur savoir-faire, les économistes diront "de
leur capital humain". S'il existe des enrichissements sans
cause et scandaleux, c'est parfois le fait du hasard, c'est plus
souvent le fait de la spoliation, caractéristique des sociétés sans
état de droit, fondées sur la coercition, les privilèges, sans égard pour la propriété. Les régimes
communistes sont de ce type. Les régimes sociaux-démocrates s'en
rapprochent.
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| L'ENRACINEMENT DE L'INDIVIDU |
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Si
l'avoir n'est qu'une des aspirations et des manifestations de l'être,
il permet aussi à l'individu de s'affirmer comme être communautaire,
comme partie prenante d'une famille, d'une communauté de foi et
de destin. L'idée de patrimoine correspond bien à ce besoin de faire
quelque chose pour la communauté, de servir un dessein plus large
qu'un projet individuel. Le patrimoine fait le lien entre l'individu
et la famille.
Il
est continuité, il procède de choix intergénérationnels.
L'existence
de ces liens communautaires ne plaît pas aux tenants de l'Etat Providence,
qui veulent une dépendance totale des individus à l'égard de la
société. Tous les éléments constitutifs de la société civile sont
intolérables pour les dirigeants de la société politique.
Parce
qu'il est un écran contre l'arbitraire de l'Etat, l'Etat n'a cessé
de détruire le patrimoine. Mais, ce faisant, il a brisé la chaîne
naturelle qui unit les générations, il a instauré de façon irresponsable
une lutte des âges aussi dangereuse que la lutte des classes.
Quand
une société est à la recherche d'harmonie, quand elle a besoin de
retrouver des références et des repères stables, la réhabilitation
du patrimoine est donc indispensable. En rendant aux citoyens et
aux contribuables la volonté de gagner de l'argent, et d'en disposer
souverainement, les dirigeants ne feraient pas seulement oeuvre
utile pour l'économie et pour l'emploi, ils rendraient aussi aux
individus l'exercice de leur souveraineté, de leur générosité et
de leur dignité personnelle.
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