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| L'ENTREPRENEUR AU COEUR DU MARCHÉ |
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Puisque l'avenir est
inéluctablement à l'économie de marché, essayons de mieux comprendre
comment fonctionne le marché.
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Le
marché ce n'est pas la seule rencontre, ou le seul lieu de
rencontre de l'offre et de la demande, de gens qui vendent
et d'autres qui achètent.
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Le
marché est un processus dynamique de coordination des décisions
individuelles.
Alors
que dans une économie de plan c'est une autorité centrale qui se
charge d'adapter les produits aux besoins - et y parvient difficilement
- dans une économie de marché les individus se coordonnent eux-mêmes,
et les intérêts personnels s'harmonisent et concourent à l'intérêt
général. Ce processus est connu depuis Adam SMITH sous le nom de
"main invisible", pour exprimer le fait qu'il n'existe
pas une main centrale et connue qui planifierait l'ensemble, et
que pourtant tout paraît s'arranger à la satisfaction de tous.
En
réalité, cette main invisible a des doigts : ce sont les entrepreneurs.
Le
rôle de l'entrepreneur, mis en évidence par Jean Baptiste SAY, a
été redéfini avec précision récemment par Israël KIRZNER. L'entrepreneur
est un coordinateur, il perçoit les déséquilibres sur le marché,
grâce au système des prix, et à partir de ces informations il prend
l'initiative de réduire les déséquilibres en réaffectant les ressources
productives et les produits en fonction des besoins exprimés.
L'entrepreneur
est donc au coeur du marché, c'est même le coeur du marché.
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| LA PROPRIÉTÉ DU CAPITAL DE L'ENTREPRISE |
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L'entrepreneur
n'est pas un philanthrope.
S'il
veille aux déséquilibres du marché et s'il contribue à les résorber,
c'est qu'il y trouve un profit. Ce profit est sa rémunération, ce
profit est sa propriété.
C'est
la raison pour laquelle la propriété de l'entreprise est elle-même
déterminante. Les régimes communistes, dans les dernières tentatives
de réformes, avaient remis à l'honneur le profit, mais ils n'avaient
pas restauré la propriété privée de ce profit : les réformes de
l'entreprise, ainsi conçues, ont échoué.
Au
contraire, dans l'entreprise individuelle, le profit est approprié,
et devient un élément constitutif du patrimoine de l'entrepreneur.
Le profit est un enrichissement personnel.
Les
choses sont-elles différentes dans les entreprises sociétaires ?
Ici, les propriétaires du capital sont les actionnaires, également
propriétaires des profits partagés, appelés dividendes. Mais les
actionnaires peuvent-ils assumer la tâche de coordination du marché,
alors qu'ils ne sont pas les gestionnaires ? Ils le font par procuration
: ils demandent aux managers, aux dirigeants salariés, de remplir
la fonction entrepreneuriale qu'ils ne peuvent exercer eux-mêmes
collectivement. Si le marché des actions, c'est à dire des droits
de propriété du capital de l'entreprise, est suffisamment libre
et ouvert, les managers seront sous le contrôle permanent - bien
qu'indirect - des actionnaires. S'il n'y a pas de profit, la valeur
du patrimoine des actionnaires diminue, ils vendront leurs titres
et les dirigeants pourront y perdre leur place. A l'inverse, quand
la gestion est très rentable, les cours montent, et les actionnaires
touchent des plus-values patrimoniales.
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| LA JUSTICE DU CAPITALISME |
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De l'analyse qui précède on
peut tirer avec Israël KIRZNER la conclusion que le capitalisme,
en ce qu'il est un système de propriété privée de l'entreprise,
est juste, et que parce qu'il est juste il est efficace.
En
effet l'enrichissement de l'entrepreneur individuel ou de l'actionnaire
ne se fait pas au détriment de quiconque. Il provient de ce que
des déséquilibres ont été résorbés, c'est à dire qu'il y a globalement
plus de satisfactions pour la communauté, c'est à dire qu'il y a
création de richesses.
On
retrouve une idée déjà évoquée : dans une économie de marché, le
patrimoine se constitue en rémunération d'un service rendu. Comme
le travailleur, comme l'épargnant, l'entrepreneur est récompensé.
Il profite de ce qu'il a créé : c'est justice.
Et,
parce qu'il est juste de gagner un argent bien mérité, beaucoup
de gens sont désireux de créer, avec l'idée que leur création correspond
bien à ce qu'attendent les autres. Quand on gagne beaucoup, on crée
beaucoup. Par contraste, dans un système planifié ou administré,
nul n'éprouve le besoin d'être vigilant, attentif, d'innover et
de changer.
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| L'ENTREPRENEUR CRÉE LES EMPLOIS |
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Coordonner
le marché ne rapporte pas seulement à l'entrepreneur, ou à la clientèle.
L'entrepreneur contribue à maintenir l'emploi à son niveau le plus
élevé, il écarte le spectre d'un chômage massif. En effet, son action
consiste à réaffecter sans cesse les produits et les facteurs de
production. En déplaçant l'activité des secteurs ou produits en
déclin vers les secteurs ou produits en expansion, il évite que
l'on continue à gaspiller des hommes et des capitaux à des activités
socialement inutiles, et il permet à ces mêmes hommes et capitaux
d'aller s'employer à des activités socialement utiles.
Des
emplois disparaissent, d'autres apparaissent. Grâce à l'entrepreneur,
la liaison entre emploi et utilité sociale, emploi et création de
richesses est maintenue en permanence.
Au
contraire la politique tendant à créer des emplois fictifs, ou à
maintenir des emplois condamnés par le marché aboutit à moyen terme
à créer du chômage massif, à un gaspillage quantitatif et qualitatif
de la main d'oeuvre.
On
retrouve donc cette loi économique inéluctable : les emplois ne
se créent qu'à l'occasion de la création de richesses, à l'occasion
de produits marchands.
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| LES ENTREPRENEURS DÉMOTIVÉS ? |
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La
liaison entre création d'emplois et fonction entrepreneuriale
n'est cependant pas aussi mécanique que la théorie du marché
le suppose.
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Car
il faut des entrepreneurs motivés par la réussite, le profit et
le patrimoine pour que tout se passe bien.
Or
les entrepreneurs ne sont pas toujours motivés. Certains les en
accusent durement et leur reprochent d'être de "mauvais citoyens".
Ils feraient mieux d'aller au fond des choses et de se demander
pourquoi des entrepreneurs font le choix de raccrocher, de vivoter
ou de réduire leur activité.
Ce
choix est rationnel quand tout se ligue pour décourager l'entrepreneur.
Il
y a les démotivations fiscales : inutile d'entreprendre au seul
profit du percepteur. Il y a les démotivations réglementaires, administratives
: on a parlé à ce propos de "harcèlement textuel". Il
y a les démotivations sociales : la perspective de conflits, de
politisation, l'ingérence syndicale ne sont pas très bien vécues.
Toutes ces démotivations ont en commun de diminuer ou de supprimer
et le profit, et le patrimoine de l'entrepreneur.
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| DES ENTREPRISES SANS CAPITAUX |
| A ces démotivations s'ajoutent des impossibilités. |
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Beaucoup
d'entreprises ne trouvent pas sur le marché financier les
fonds dont elles ont besoin.
La
distribution des crédits, les réglementations bancaires, sont
ici en cause. Les banques n'accordent pas toujours les crédits
sur
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des
critères de rentabilité, parce qu'elles-mêmes n'ont qu'un attrait
modéré pour la rentabilité.
Mais
dans certains pays, dont la France, il faut aussi évoquer le manque
global d'épargne disponible pour l'investissement productif. On
a su les raisons profondes de cette pénurie, l'épargne étant dilapidée
ailleurs, ou ponctionnée à la source. La fiscalisation du profit,
des gains en capital, des plus-values boursières détourne l'épargne
de l'investissement productif national : l'épargne ira se placer
ailleurs. La fuite des capitaux est inéluctable en dépit des mesures
de rétorsion que prévoient les gouvernements.
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| LES ENTREPRISES PATRIMONIALES |
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Les
gouvernements sont ainsi amenés à détruire ce qui a fait la richesse
des nations depuis des siècles. L'histoire de l'entreprise, aussi
loin que l'on remonte dans le temps, est celle de la conjugaison
d'une aventure personnelle et d'un capital risque engagé.
De
toutes les formes d'entreprises, celle qui a jalonné le développement
économique c'est l'entreprise patrimoniale, celle où le sort de
l'entreprise se fond dans la fortune de l'entrepreneur, et réciproquement.
C'est alors que la propriété privée prend tout son sens. Elle unit
étroitement la croissance de l'entreprise et la promotion d'un homme,
puis d'une famille - certains diront d'une dynastie.
Or,
l'entreprise patrimoniale est menacée si elle ne peut se transmettre
librement, si on veut interdire aux enfants de succéder au père
sans avoir à vendre la moitié des actifs ou si au contraire on veut
forcer le père à se retirer avant l'heure pour laisser place aux
enfants.
Elle
est tout aussi menacée quand le fisc évalue arbitrairement les plus-values
d'actifs et les taxes, quand les actifs figurant au bilan de l'entreprise
sont soumis à l'impôt sur la fortune personnelle. Le législateur
a curieusement de l'indulgence pour les entrepreneurs éphémères
qui se gardent bien d'engager leurs fonds propres dans l'entreprise,
il ne pardonne pas à ceux qui font le choix d'associer leur vie
et leur fortune à celle de l'entreprise.
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| LES ENTREPRISES À TAILLE HUMAINE |
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Les
entreprises patrimoniales ont aussi, aux yeux du législateur et
du fisc, la malédiction d'avoir une taille humaine. Les rapports
sociaux y sont personnalisés, il y a moins de prise pour les conflits
et la politisation, les syndicats sont absents : voilà qui ne plaît
pas à des idéologues pour lesquels le patron doit être un exploiteur,
le travail doit être un esclavage.
En
même temps les performances économiques y sont spectaculaires, grâce
à la très grande souplesse, à la meilleure communication et l'absence
de bureaucratie, à la plus grande implication de chacun. Voilà qui
ne plaît pas à ceux qui ont prophétisé la concentration et le gigantisme,
qui ont annoncé que le capitalisme allait tirer les petits pour
ne laisser survivre que les gros, qui ont décrit la fatalité de
la prolétarisation des artisans, des paysans, des commerçants.
Aujourd'hui,
ce sont les pays où le tissu entrepreneurial s'est reconstitué autour
de petites et moyennes entreprises qui connaissent la prospérité
et l'on sait pertinemment que c'est ici que se créent les emplois.
Les
pouvoirs publics seraient bien inspirés de changer leur politique
dans les autres pays, dont la France, où tout est fait pour ruiner
les PME. La loi sur les 35 heures est un bon exemple de dispositions
inapplicables dans les micro-entreprises mais propice à créer une
mentalité délétère pour un personnel agité par des syndicalistes
venus de l'extérieur.
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| LE FINANCEMENT PERSONNALISÉ |
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Quel
contraste avec ce qui se passe aux Etats Unis ! Depuis quelques
années non seulement on y a redécouvert que "small is beautiful",
mais la petite entreprise est redevenue une affaire financière "privée",
au sens de confinée à un cercle de parents, d'amis, de voisins,
qui trouvent passionnant et très profitable de placer leurs fonds
chez un entrepreneur de leur connaissance.
On
renoue ainsi avec ce que les économistes appellent la "finance
directe" : plus d'intermédiaire, plus de banque, plus de caisse
d'épargne, simplement une confiance mutuelle et le goût de la performance
économique.
En
Californie, ce phénomène est appelé "les Anges". Ces anges
sont les gardiens de l'entreprise, ils veillent à sa rentabilité
: le financement "de proximité" représente ainsi un dixième
du financement total des entreprises dans cette région, trois fois
plus que ce qui est réalisé par le capital-risque qui fait pourtant
trois fois plus de bruit.
De
telles formules se heurtent ailleurs à la voracité fiscale. On en
a eu un excellent exemple avec l'affaire des stock options en France.
Si des salariés préfèrent être rémunérés par la remise d'actions
de leur entreprise plutôt que par un salaire dont le montant le
prédispose à des ponctions importantes, le fisc ne voit que le manque
à percevoir, et finalement le législateur interdit ou limite la
pratique.
Dans
ce pays, comme dans d'autres, il est interdit à un particulier de
jouer au capitaliste, de se vouloir partiellement entrepreneur :
on appartient à une classe ou à une autre, défense de passer la
barrière.
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| MOBILITÉ SOCIALE ET CRÉATION D'EMPLOIS |
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Il
y a d'un côté les patrons, de l'autre les prolétaires, d'un
côté les riches exploiteurs, de l'autre les damnés de la terre
condamnés à la misère.
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C'est
cette vision manichéenne de la société capitaliste qui continue
à hanter bien des esprits. En particulier ceux des dirigeants politiques.
Veut-on alléger la fiscalité sur l'épargne et le patrimoine ? On
sera accusé de subventionner "le grand capital". Veut-on
supprimer l'impôt sur la fortune ? On se révoltera contre "le
cadeau fait aux riches". Veut-on suivre les traces des Américains,
des Anglais ou des Hollandais pour résorber le chômage ? On s'insurgera
au nom des "injustices sociales" que représentent la flexibilité
des salaires, la souplesse du contrat de travail, la diminution
de la pression fiscale sur les hauts revenus et les profits.
Tout
se passe comme si on voulait figer la société, fixer chaque individu
dans un statut : statut de travailleurs, statut de patrons, statut
de fonctionnaires. C'est bien la fonctionnarisation qui guette certains
pays vieillis comme la France. Or, comme on l'a dit excellemment,
"à chaque fonctionnaire son chômeur".
Le
chômage est la rançon de la rigidité, du refus ou de l'impossibilité
de s'adapter. Alors que l'économie contemporaine est fondée sur
la communication et le mouvement, beaucoup de gens prônent et pratiquent
le cloisonnement et l'immobilisme. Par conséquent, la structure
des emplois, les activités des entreprises, n'ont plus aucun rapport
avec ce qu'exigent les marchés. Sans valeur marchande, sans utilité
sociale, ces emplois et ces produits sont condamnés à terme, même
si on les maintient artificiellement. Car ce soutien est un remède
pire que le mal, il ne peut subsister que par des ponctions et des
transferts qui anémient les éléments dynamiques et qui entament
le pouvoir d'achat général.
Pour
lutter contre le chômage, faut-il le rappeler une fois encore, la
seule méthode est de favoriser la mobilité sociale, d'accepter l'innovation,
et au lieu de brimer l'entreprise, de laisser faire l'entrepreneur.
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