DROITS ACQUIS, DROITS CONQUIS

Les privilèges contre le mérite, la rente contre le profit. De l'Etat-Providence à la responsabilité personnelle.

LES RÉFORMES DIFFICILES

Comme on a pu le constater, les réformes de la Sécurité Sociale posent un problème majeur aux hommes politiques. Modifier les systèmes de santé, de retraite, c'est s'attaquer à des moulins.

C'est le jeu du marché politique qui bloque toute tentative sérieuse. Les tenants de l'immobilisme font un chantage permanent, et les gouvernants en ont peur. Les chantres de l'égalitarisme et du collectivisme ne cessent de désinformer, et trompent l'opinion publique.

Pour les libéraux, la première mission est donc de dire la vérité.

 
LES RÉFORMES INÉVITABLES

Dire la vérité, c'est aussi expliquer que l'on n'échappe pas à la fatalité économique : pour sauver l'économie, pour sauver les emplois, pour sauver la protection sociale, il faut alléger l'État, diminuer les prélèvements obligatoires.

La rude concurrence mondiale élimine peu à peu ceux qui se sont rendus coupables d'incurie, de gaspillages. Ce sont les producteurs, ce sont les consommateurs qui subissent le coût des erreurs de l'État.

On n'évitera pas la sanction du marché par un nationalisme et un protectionnisme encore plus coûteux, impliquant d'ailleurs une dose supplémentaire de dirigisme.

 
JUSTICE SOCIALE, JUSTICE DES REGLES

La vérité, c'est encore que les réformes sont indispensables pour satisfaire à la justice sociale.

Mais pas cette justice sociale dévoyée qui promet la lune à tous, et qui se contente de prendre à Pierre pour donner à Paul, appauvrissant en fin de compte tout le monde, et déchirant les nations entre ceux qui ont la réussite, la santé, le patrimoine, et ceux qui ne l'ont pas - mais à qui on a enlevé toute chance de progresser.

La vraie justice sociale ne se mesure pas à un résultat, à un degré d'inégalité acceptable par tout le monde : aucun degré ne satisfera tout le monde.

La vraie justice sociale se mesure d'abord à la justice des règles, puis à la justices des comportements face aux règles. Sont justes la réussite, la santé et le patrimoine qui ont été justement conquis, entretenus et développés par des individus honnêtes et responsables. Est injuste l'argent des privilèges, des spoliations, des scandales politico-financiers.

 
DROITS ACQUIS PAR LES PRIVILEGES

Et s'il y a une "fracture sociale" à l'heure actuelle, c'est celle que la Sécurité Sociale a créée entre ceux qui ont acquis des privilèges au détriment des autres et ceux qui ne peuvent même plus compter sur leur mérite et leur travail.

Les fameux "droits acquis" résultent bien souvent de l'habileté de certains à détourner en leur faveur l'argent des autres. Ils veulent continuer à vivre aux dépens de la société, à se reposer sur l'argent gagné ailleurs.

Ce bon calcul à court terme devient en fait une mauvaise affaire à long terme. Car progressivement les revenus tirés de la redistribution sociale deviennent plus importants que les revenus tirés de l'activité économique, de la création de vraies richesses. Le lien entre l'effort et sa rémunération est rompu, la rémunération sans effort tue l'effort. Ce scénario de l'appauvrissement par incurie, de la ruine par la solidarité forcée, est vécu depuis quelques années dans certains pays, naguère modèles d'États Providence, comme les pays scandinaves. Ils réagissent d'ailleurs aujourd'hui, tandis que les pays du Sud de l'Europe s'enfoncent inexorablement dans la stagnation, le chômage et la régression sociale.

 
DROITS CONQUIS PAR LE MÉRITE

Ceux qui attendent beaucoup de l'État et peu de leur activité sont des parasites dans une société libre et juste. Dans une telle société, les droits sociaux ne se gagnent qu'au service des autres, et non à leur détriment.

La monnaie, droit social, est la contre-partie d'une création de richesse, c'est à dire d'une offre de biens et services vraiment désirés par d'autres, au point qu'ils sont prêts à payer le prix. Ce que verse le client est ce qui ouvre les droits du producteur. L'entreprise ne paie pas ses salariés, c'est le client qui les paie. C'est le' marché qui tire l'entreprise, et rien ne sert de pousser la corde.

L'injustice consiste donc à distribuer de "faux droits", comme disait Jacques RUEFF. En revanche, rien n'interdit de redistribuer de vrais droits, si ceux qui les ont mérités en conviennent librement, parce qu'ils acceptent des règles de vie en commun permettant d'aider occasionnellement ceux qui sont dans le besoin.

 
ÉTAT DE DROIT

Ce sont ces règles de vie en commun qui n'existent plus aujourd'hui, ou qui ne sont plus respectées.

La première façon de restaurer la justice sociale, c'est de rétablir l'état de droit, c'est à dire de rendre tous les hommes égaux devant la loi : "l'isonomie", dont HAYEK  a démontré qu'elle était antérieure à la démocratie et créatrice de la civilisation occidentale.

Il faut en finir avec les règles d'exception qui concernent tantôt les salariés de l'industrie, tantôt les paysans, tantôt les professions libérales, tantôt les fonctionnaires ; soit pour les avantager, soit pour les pénaliser. Il n'y a pas à découper la société en catégories dont on conviendrait une fois pour toutes que certaines méritent d'être aidées, et d'autres dépouillées.

Dans un état de droit, on ne prend en compte que les individus, et celui qui est victime aujourd'hui peut être bénéficiaire demain. C'est cette neutralité de la règle qui lui vaut son succès et son respect par le plus grand nombre.

 

JUSTICE SOCIALE, JUSTICE DES HOMMES

Considérons également que la qualité de la règle, et son respect, sont affaire de comportements personnels.

Nous sommes devenus sensibles au thème de la justice sociale. Progressivement, nous en avons fait une affaire de société, et nous avons perdu de vue que la société n'est faite en réalité que d'êtres humains.

On connaît le conseil de Saint Augustin : "Ne dites pas : les temps sont bons, les temps sont mauvais. Soyez bons et les temps seront bons".

C'est tout le problème de notre aptitude à la bonté personelle, source de vraie justice sociale, qui est ainsi posé. Cette aptitude n'est pas innée. Elle se forge par l'éducation, par l'exemplarité, par l'échange et le dialogue. C'est donc, bien au-delà de la réforme de la Sécurité Sociale, toute une éducation à repenser, toute une responsabilité à retrouver.

 
ESCLAVES ASSISTÉS

Le chemin risque d'être long. Des hommes naguère libres ont été transformés en esclaves assistés. Comme l'annonçait prophétiquement Frédéric BASTIAT lorsqu'il imaginait une Sécurité Sociale qui n'existait pas en 1848 : "On s'apercevra qu'on est réduit à compter avec une population qui ne sait plus agir par elle-même, qui atend tout d'un ministre ou d'un préfet, même la subsistance, et dont les idées sont perverties au point d'avoir perdu jusqu'à la notion du Droit, de la Propriété, de la Liberté et la Justice..."

La Sécurité Sociale, l'État Providence nous ont livré un citoyen-modèle : un homme diminué et soumis. 

 
RESPONSABILITÉ PERSONNELLE

Mais l'homme diminué n'est pas l'être humain  véritable. Pas plus que les Chinois n'ont réussi à fabriquer l'homme nouveau, les dictatures providentielles et l'État bienveillant n'ont étouffé la nature de l'homme.

L'homme est doté de conscience - et seuls les totalitaires formulent à ce sujet des doutes intéressés. L'homme, par nature, est orienté vers la création, vers le progrès. Il doit simplement avoir à sa disposition un ensemble de règles de vie en société qui lui permette de faire la preuve de ses capacités, de poursuivre son propre progrès tout en servant la communauté.

Il a besoin de règles de propriété, de règles de responsabilité personnelle.

Responsabilité : voilà le maître mot, la clé de toute vie sociale harmonieuse. Voilà aussi le principe de toute réforme des systèmes sociaux actuels.

 
SOLIDARITÉ VOLONTAIRE

La responsabilité personnelle s'exerce dans le cadre des contrats, dans l'ordre marchand. Mais elle joue pleinement dans l'ordre communautaire, quand le bénévolat, quand la solidarité volontaire sont à l'oeuvre.

Il n'appartient à aucun système social de construire la société parfaite, de promettre un monde meilleur. Il est de la responsabilité personnelle de rendre supportables, sinon d'éliminer les détresses et les misères.

L'esprit de partage, c'est celui de Saint Martin ; il n'a pas donné son manteau, il l'a coupé, et personne ne lui a demandé de le faire.

Le monde de la richesse doit être aussi le monde du partage. Mais un partage conscient et responsable, spontané. A l'inverse, les partageux sociaux créent de fausses solidarités, et tuent la responsabilité personnelle.

Aujourd'hui la démagogie collectiviste et socialisante invite les individus à se servir, largement et gratuitement. Cette escroquerie touche à son terme. Disons la vérité là dessus. Disons aussi l'espoir : demain une société de liberté nous rapprochera de la justice parce qu'elle permettra à des hommes responsables de servir.

   
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