LE CONTRAT LIBERAL
Principe d'un changement salutaire pour les Français
|
| Avant-propos
Ce fascicule n’a
pas d’autre prétention que celle d’un texte d’orientation, destiné
à provoquer réflexions et discussions au cours des mois à venir.
Bien évidemment il doit être complété par
les nombreuses études élaborées par les libéraux français, qui précisent
et argumentent les idées et mesures présentées dans les pages qui
suivent.
|
Jacques GARELLO
Septembre
1999
|
|
|
|
|
Du désespoir à la reconquête
|
|
Les libéraux français ont été désespérés
par le gaspillage des chances libérales du fait de ceux qui
se réclament de la droite et prétendent s’opposer au socialisme
:
Rendez-vous manqués avec le libéralisme
en 1986, en 1993, en 1995.
Politiques de gauche dans les domaines les
plus décisifs : lutte contre le chômage, éducation nationale, famille,
justice, sécurité sociale, impôts, réglementation, services publics.
Scandales financiers.
Querelles de personnes aussi factices que
les alliances électorales.
Ainsi le pays a-t-il sombré dans la pensée
unique et le politiquement correct : le communisme a été réhabilité,
seul l’extrémisme de droite serait dangereux, les services publics
et la sécurité sociale font partie de la tradition nationale et
ne peuvent être remis en cause, les syndicats et les groupes armés
et casqués (dont la CGT) animent la démocratie et bénéficient donc
de l’impunité, la laïcité est la valeur républicaine majeure, les
anglo-saxons sont impérialistes, leur capitalisme doit être rejeté,
etc.
Après le temps du désespoir, qui conduit
trop souvent au désintérêt, à l’abstention, à l’extrémisme, voici
venu celui de la croisade, de la reconquête. Les libéraux français
ont désormais la certitude que la classe politique est incapable
de leur proposer, et encore plus de réaliser le changement décisif
qu’ils attendent.
La reconquête ne pourra se faire qu’à partir
de la société civile, déjà sensibilisée, bientôt organisée.
Ni homme ni parti providentiel : nous
comptons sur nous-mêmes.
La cible : l’opinion publique, qui s’interrogera
de plus en plus sur le chômage persistant, sur l’avenir des retraites,
sur la violence à l’école et ailleurs, sur les effets de la mondialisation,
de l’immigration, sur la signification de l’Europe.
Le moyen : le réseau des cercles libéraux
constitués par des gens qui prennent initiatives et responsabilités
au niveau local.
|
| |
|
Cela dit, il faudra tôt ou tard que ce nouveau
courant trouve une expression politique. Il ne peut s’agir d’accorder,
comme par le passé, une confiance aveugle et de laisser les professionnels
de la politique anéantir le travail fait en profondeur dans le pays.
Le moment venu, il n’est pas question de s’effacer pour permettre
à ceux qui ont échoué naguère de faire une rentrée en scène triomphante.
Comme il vaut mieux prévenir que guérir, les libéraux veulent
dès maintenant passer un contrat avec la classe politique pour bien
fixer leurs exigences minimales et bien marquer leur détermination
à aller jusqu’au terme de leur projet : instaurer le libéralisme
en France, pour la première fois de l’histoire de ce pays.
|
| |
|
|
Le contrat libéral : un engagement
réciproque
|
Comme tout contrat, c’est un engagement
réciproque.
Les hommes et formations politiques qui
signent ce contrat s’engagent à le mettre en œuvre dès leur élection
acquise ; ils se refusent à invoquer la lourdeur de l’héritage (pourtant
réelle), les oppositions catégorielles (inéluctables), les accords
électoraux passés avec d’autres (il faut y renoncer). En d’autres
termes, ils s’engagent à être honnêtes, courageux et politiquement
incorrects.
Les citoyens français qui signent ce contrat
s’engagent à voter pour ces hommes et formations politiques, et
à leur laisser mener leur expérience jusqu’au bout d’un mandat de
cinq ans. Ils acceptent les hésitations et les sacrifices d’une
période transitoire et apportent leur soutien et leur relais vers
l’opinion publique.
|
|
|
Le contrat libéral : un projet de
société
|
Cinq principes de l’alternance libérale
L’alternance libérale ne se ramène pas à
un simple changement de politique économique. Elle remet en honneur
les principes fondateurs d’une société de libertés.
1 – Un principe économique : faire respecter
les disciplines du marché.
2 – Un principe social : associer responsabilité
personnelle et progrès social.
3 – Un principe juridique : rétablir l’état
de droit.
4 – Un principe politique : donner un vrai
sens à la démocratie.
5 – Un principe moral : conjuguer liberté
des actes et dignité des personnes.
|
| |
Les vingt mesures de l’alternance
libérale
Dès la première année d’exercice du pouvoir
:
1 – Une réforme fiscale réduira par
étapes la progressivité de l’impôt sur le revenu,exonerera l’épargne, supprimera l’I.S. et l’I.S.F, ramenera
la TVA par étapes au niveau moyen des pays européens.
2 – Un amendement constitutionnel prévoira
que toute dépense publique nouvelle ou toute charge fiscale
nouvelle devra être votée à la majorité des deux tiers à l’Assemblée
Nationale et au Sénat, que sera abolie la règle des “services votés”,
et que la part des dépenses inscrites au budget de l’Etat dans le
PIB sera progressivement ramenée de 25% à 15% sur la législature.
3 – Un plan de privatisation sera
établi pour toutes les entreprises publiques restantes, qu’elles
appartiennent au secteur dit “concurrentiel” ou non. La privatisation
devra en particulier concerner la totalité du secteur bancaire et
financier, toutes les activités industrielles, le transport, l’énergie
et la radio-télévision.
4 – Une nouvelle législation du travail
instaurera la liberté de la durée et des clauses du contrat individuel,
y compris les clauses se rapportant aux rémunérations. Le monopole
de représentation du personnel sera aboli, l’article L521-1 du Code
du travail sur la grève sera aboli.
5 – Les interventions de l’Etat sur les
différents marchés cesseront notamment dans le domaine du foncier,
du logement. Les réglementations, monopoles et subventions qui concernent
les diverses activités et professions seront supprimés par étapes
successives.
6 –
La loi sur le financement des partis politiques sera abrogée.
Les soutiens financiers apportés aux listes des candidats pourront
faire l’objet d’une information publique, ils pourront alors être
partiellement déductibles des impôts.
7 – Le plan de sauvetage des retraites
entrera dans la première phase : les cotisations d’assurance-vie
et de fonds de pensions seront déductibles des revenus imposables.
Les compagnies privées et les mutuelles proposeront librement leurs
contrats.
8 –
Les pouvoirs des maires et des autorités locales en matière
de police seront accrus, leur exercice et leur financement pourront
faire l’objet de referendums à l’initiative des édiles ou des citoyens.
Des juges de paix seront chargés d’instruire les affaires de violence
à l’école et de délinquance juvénile.
Au cours de la législature
9 – Le cumul des
mandats électifs sera limité à deux mandats ; les salariés de
la fonction publique verront leur carrière suspendue et leur réintégration
sera soumise aux conditions générales de recrutement et de promotion.
10 – Le referendum d’initiative populaire
sera introduit dans la constitution avec des modalités de saisine,
de délais, et de rédaction permettant une information des citoyens
et un débat ouvert.
11 –
les assurés sociaux auront la possibilité de ne plus être assujettis
à la Sécurité Sociale s’ils souscrivent des contrats d’assurance
maladie et d’assurance vieillesse auprès des organismes privés
ou publics de leur choix. Les transitions et péréquations nécessaires
pour sauvegarder les intérêts de la Sécurité Sociale et de ses adhérents
seront aménagées au cours de la deuxième phase du plan de sauvetage.
L’âge légal de la retraite sera supprimé.
12 – Les salariés seront autorisés à percevoir
leur salaire complet, sans aucune retenue obligatoire de
cotisations sociales, à charge pour eux de choisir leur couverture
sociale.
13 – Les nouvelles modalités d’aide aux
personnes et aux familles en situation de handicap et de précarité
sous forme de chèques sociaux et d’assurances-précarité se substitueront
au RMI. Le régime des fondations privées et autres modes
de l’action charitative spontanée sera réformé.
14 –Le marché de
l’assurance-maladie sera ouvert aux compagnies nationales européennes,
en concurrence avec la Sécurité Sociale. La liberté des honoraires
médicaux et para-médicaux sera totale, ainsi que celle des prix
des médicaments et des tarifs hospitaliers. La carte hospitalière
sera supprimée.
15 – Les familles et les étudiants seront
libres de choisir leurs établissements, la carte scolaire
et la carte universitaire disparaîtront. Réciproquement les établissements
qui le désirent (avec l’accord des familles et des enseignants)
pourront bénéficier d’une totale autonomie pédagogique et financière
– les chèques sociaux et les bourses permettant l’accès aux établissements
pour les familles à revenu insuffisant.
16 – Le Code de la Citoyenneté prévoira
la soumission au droit commun français, et la gratuité des services
publics sera réservée aux citoyens.L’acquisition de la citoyenneté
sera suspendue à un engagement juridique et financier.
17 – Les parités fixes entre monnaies
nationales seront supprimées. Le cours légal de ces monnaies sera
aboli.
18 – La France refusera tout élargissement
de la fiscalité au niveau européen, et s’en tiendra au principe
de subsidiarité dans le domaine de la législation, la mutuelle
reconnaissance des normes sera acceptée.
19 – Un niveau d’administration locale sera
supprimé (en principe celui du département). Les finances locales
seront progressivement libérées : fin du régime des dotations globales,
maîtrise des taux sur les impôts locaux, assouplissement des règles
de gestion des budgets et de leur financement.
20 –
Les juridictions administratives prud’homales et consulaires seront
progressivement fondues dans les tribunaux de droit commun,
on pourra recevoir plus largement à des procédures d’arbitrage
plus souples et moins coûteuses.
|
| |
|
|
Le contrat libéral : ce qui va changer
|
|
Après une législature, le bilan des libéraux
en France sera le suivant
1 – Le chômage aura été réduit en
quatre ans, jusqu’à concerner globalement moins de 4% de la population
active (moins d’un million de chômeurs) et à éliminer totalement
le chômage des jeunes.
2 – Les retraites auront été sauvées
pour ceux qui quitteront la vie active à partir de 2 030. Pour les
retraités entre 2 010 et 2 030, ils auront touché au moins ce que
leur promet la sécurité sociale aujourd’hui (mais que dans les conditions
actuelles, elle ne pourra pas verser).
3 – La sécurité aura été améliorée,
la criminalité aura été fortement diminuée, la vie publique aura
été moralisée.
|
|
|
Le contrat libéral : le calendrier
|
|
La mise en place du contrat libéral et de
l’alternance peut se faire suivant deux scenarios, appelés Thatcher
et Schroeder
|
| |
|
Scénario THATCHER
|
| 2 000-2 002 Le réseau libéral se met en place. Les Français
sont invités à connaître et discuter le CL. Les formations et les
hommes politiques sont invités à se situer par rapport au CL. |
| |
| 2 001 Au cours de cette période se situent les élections
municipales. Les libéraux se prononceront en faveur des candidats
décidés à rompre avec le socialisme municipal.1 |
| |
| 2 002 Le courant
libéral s’exprime à l’occasion des législatives et des présidentielles.
Les programmes et les candidats seront jugés à l’aune du libéralisme,
sans compromission avec ses adversaires déclarés qu’ils soient de
droite ou de gauche. |
| |
|
2
007 Le succès libéral amorcé
en 2 002 est consolidé en 2007. La
cohabitation douce est exclue : s’il n’est pas libéral, le président
de la république devra se soumettre ou se démettre.
|
| |
| 2 010 Ensuite tout est facile, en cas d’alternance électorale,
les nouveaux élus reprennent la politique libérale à leur compte. |
| |
|
Scénario
SCHROEDER
|
| |
| 2 001
Elections municipales, perdues par la droite |
| |
|
2
002 Elections législatives
perdues par la droite. Elections
présidentielles perdues par la droite
|
| |
|
2
007 La gauche confirme
son succès.
Mais, entre temps, la gauche est devenue libérale.
|
| |
|
|
Mais pourquoi un
contrat libéral ?
Pourquoi le libéralisme ?
Il y a tellement de mensonges et de confusions
sur le libéralisme qu’il est bon d’être rigoureux. N’est pas libéral
qui s’en donne l’étiquette.
Est libéral celui qui adhère à la philosophie
du libéralisme.
|
| |
|
|
LE LIBERALISME A LA FRANÇAISE
|
|
Définir un programme libéral suppose
que l'on s'entende sur le contenu du libéralisme.
Existe-t-il plusieurs versions du libéralisme
? On nous a parfois persuadés que le libéralisme devait être avancé,
ou éclairé, ou tempéré, et qu'à l'inverse il y avait un libéralisme
sauvage et des ultra-libéraux.
Pour nous, le libéralisme est assez précis
pour qu'il n'ait pas besoin d'adjectif pour le définir. Mais il
est vrai cependant qu'au sein de la communauté scientifique libérale
du monde entier, il y a plusieurs courants de pensée. Nous sommes
fiers d'appartenir au libéralisme "à la française", qui
est sous doute la forme la plus audacieuse de libéralisme à I'heure
actuelle, et qui a pour adeptes des intellectuels de premier rang,
comme Hayek (prix Nobel 1974) Buchanan (prix Nobel 1986).
Voici, en quelques mots très simples, qui
sont repris d'une présentation devant la Xeme Université d'Eté de
la Nouvelle Economie à Aix en Provence en août 1987, ce qu'est "le
libéralisme à la française".
|
|
|
Libéralisme-Egoïsme, Libéralisme-Matérialisme
La plupart des gens voient dans le libéralisme
une recette d'efficacité économique ; ils reconnaissent la supériorité
de l'économie de marché et de la libre entreprise.
Mais ils s'empressent aussitôt d'exprimer
les plus grandes réserves sur l'éthique du libéralisme.
Dans les grands pays occidentaux, ne peut-on
observer et déplorer cette jungle, où chacun cherche à faire du
dollar, sans souci des autres, et même le plus souvent à leur détriment
?
En exacerbant le goût de la réussite individuelle,
le libéralisme flatterait les tendances naturelles de l'homme à
l'égoïsme, et effacerait les valeurs spirituelles et morales au
bénéfice du seul bien être matériel.
Une habile propagande est parvenue à dialectiser
l'éthique et l'économique : ceux qui veulent garder leur âme doivent
se défier de la réussite, et ceux qui réussissent n'ont pas à s'encombrer
de scrupules.
|
| |
Le libéralisme à la française
Heureusement, il y a le
libéralisme "à la française".
L'école libérale française a donné sa dimension
au libéralisme, et a clairement défini une éthique de la liberté.
Tout le monde connaît enfin aujourd'hui
les grands noms de cette école française : Jean Baptiste Say, Frédéric
Bastiat, Alexis de Tocqueville.
Si la pensée libérale
a connu un renouveau extraordinaire depuis vingt ans, on le doit
à ceux qui ont su redécouvrir le libéralisme à la française. Parmi
ces libéraux philosophes, moralistes et juristes aussi bien qu'économistes,
les "Autrichiens", ainsi nommés à cause de leur filiation
intellectuelle à Von Mises et à Hayek.
Le libéralisme à la française est un libéralisme
complet, qui réconcilie éthique et économique, liberté et ordre
social. C'est un libéralisme du cœur autant qu'un libéralisme de
la raison.
|
| |
|
Liberté-Utilité ou Liberté-Dignité
Ainsi un clivage est-il amorcé, parmi ceux
qui se réclament du libéralisme aujourd'hui:
- d'un côté, les utilitaristes : dans la
grande tradition de la philosophie anglaise, ils font de la liberté
une recette d'efficacité, et ils apprécient le libéralisme pour
les résultats qu'il donne; le calcul individuel lui-même est à base
de maximisation des satisfactions.
- d'un autre côté les propriétaristes :
dans la lignée du libéralisme à la française, ceux-ci font de la
liberté une condition de la dignité de l'homme, une nécessité inscrite
dans la nature humaine. Le terme "propriétariste" est
là pour rappeler - comme le faisait Bastiat - qu'il n'y a pas de
liberté sans responsabilité, et pas de responsabilité sans propriété
; ces libéraux sont davantage soucieux des conditions dans lesquelles
s'organisent les activités des individus que des résultats auxquels
elles conduisent.
|
| |
|
Une vision de l'homme et de ses relations
aux autres
Dans cette forme moderne
de libéralisme, à laquelle tant de Français ont apporté, le libéralisme
n'est pas un système social. C'est avant tout une certaine vision
de l'homme, et de ses relations aux autres. Cette vision se ramène
à trois idées :
- l'individualisme,
- le marché,
- l'état de droit.
Pour nous, être libéral, c'est accepter
complètement et simultanément ces trois piliers du libéralisme.
|
| |
|
Individualisme
L'individualisme signifie
la nécessité d'un respect absolu de l'individu et de la vie, la
totale priorité de l'individu sur toute communauté et, à plus forte
raison, sur toute société. L'individualisme est affirmation de l'autonomie
et de la dignité de l'élément le plus modeste, le plus isolé de
la société des hommes. Cet individu a une personnalité irremplaçable,
il est personne. Mais cette partie intime, cette conscience et cette
âme qui constituent la personne ne peuvent être reconnus que si
l'individualité est admise. "Respecter la personne humaine, c'est la traiter en individu". Admettre
l'individualité, c'est protéger l'homme contre toute agression de
son environnement, c'est lui garantir un espace d'autonomie.
|
| |
|
L'individu créateur
L'individualisme libéral met l'accent sur
le potentiel extraordinaire que représente le capital humain.
L'homme est capable d'initiative, l'homme
est un artisan du progrès. Il participe à l'achèvement de la création.
Son travail, son esprit, lui permettent de transformer en ressources
tout son environnement physique.
L'homme est également
créateur de lui-même. Il ne cesse de parfaire sa personnalité, il
tend vers son propre progrès, vers son épanouissement : "Deviens
ce que tu es" est la belle formule de Saint François de Salles.
Si le libéralisme est un acte de foi dans
l'individu, il n'ignore pas pour autant que le progrès et l'épanouissement
personnel sont à base d'exigences et d'efforts sur soi-même.
|
| |
|
L'individu limité
Le libéralisme n'ignore pas non plus que,
quels que soient les mérites et les capacités de l'individu, il
ne peut prétendre tout entreprendre, tout comprendre avec ses seules
facultés personnelles.
Le libéralisme, dans ce sens, rejette le
mythe de la raison absolue, repousse cette illusion du siècle des
Lumières suivant laquelle l'homme par sa raison peut tout découvrir,
tout comprendre. L'individu des libéraux est un être faillible.
Il commet des erreurs, mais il est capable de les repérer et de
les redresser. On ne connaît pas à l'avance son chemin, mais il
peut le retrouver à tâtons. L'homme n'atteindra jamais l'infini:
il sera toujours limité par le temps, par l'information, et cette
contrainte d'information suffit à expliquer ses maladresses, et
pourquoi le progrès est à base d'information.
|
| |
|
Le marché-information
La plupart des informations qui sont utiles
à l'individu sont détenues par les autres. L'individualisme libéral
n'est pas l'isolement. Bien au contraire, ce n'est qu'au contact
des autres que l'individu peut potentialiser sa liberté, développer
sa personnalité. Le marché est cette procédure collective qui permet
à chacun de découvrir les autres, de recueillir les informations
nécessaires à sa propre action. Le jeu de l'échange, la "catallaxie",
comme on dit encore, révèle toute une information dont ceux-là même
qui la détenaient ne savaient pas ce qu'elle était, ce qu'elle signifiait.
Procédure cognitive, le marché est aussi procédure contraignante
: on ne fait pas ce que l'on veut, puisqu'il faut tenir compte du
point de vue des autres.
|
| |
|
Le marché coordination
Les informations livrées
par le marché font apparaître des conflits d'intérêts. Les intentions
des décideurs sont contrariées, et le résultat sera parfois fort
éloigné de ce que les acteurs du marché avaient en vue au départ.
Le marché débouche sur une situation non
voulue qui a été créée par un ensemble d'actes volontaires.
Nul
ne sait comment le marché se déroulera. Prétendre créer artificiellement,
par le calcul, les conditions d'un marché parfait est une proposition
insensée. Le marché est une leçon d'humilité ; il montre les limites
du calcul individuel, il nous force à accepter la "main invisible".
Le miracle de cette main invisible, c'est
que l'on débouche en fin de compte sur des situations qui, pour
ne pas avoir été prévisibles ni voulue au départ, n'en sont pas
moins acceptables pour tous. Le marché aura coordonné des milliers
de points de vue différents, c'est même le seul moyen connu de coordonner
durablement une grande société, où les gens ne se connaissent pas
a priori, et ne savent rien sur ce que peuvent les autres, sur ce
que veulent les autres. L'autre procédé de coordination est celui
de la contrainte physique, où les uns imposent leur point de vue
aux autres, mais où il n'y a plus de liberté individuelle pour tous.
|
| |
|
L'Etat
de droit
Le
marché et la coordination des actions humaines n'existent pas par
hasard. Des règles sont nécessaires; elles constituent ce que les
libéraux appellent un état de droit.
Il faut insister sur le fait que cet état
de droit n'est pas créé par les autorités publiques: ce serait la
meilleure façon de placer l'individu à la merci d'un pouvoir politique
qui ferait la loi. L'état de droit est au contraire conçu pour protéger
les individus des agressions contre la liberté, qu'elles soient
le fait d'autres individus ou le fait du pouvoir lui-même. Puisqu'il
n'est pas créé par l'Etat, puisqu'au contraire il s'impose à l'Etat,
l'état de droit ne peut naître que d'une volonté sociale inconsciente.
Il va se déduire lentement d'une expérience collective, qui fera
apparaître que certaines règles sont néfastes à la qualité des relations
sociales; la mise à jour des bonnes règles ne peut provenir que
des dommages créés par les mauvaises règles. Ainsi conçu, l'état
de droit est un ordre social spontané: personne ne l'a réellement
voulu, mais tout le monde s'en trouve satisfait.
|
| |
|
Le droit de propriété
Parmi les règles que l'expérience sociale
a sélectionnées, il en est une incontestable, c'est celle de la
propriété privée.
Le droit de propriété est sans doute inévitable
parce qu'il s'inscrit dans le plus profond de la nature humaine,
parce qu'il est indispensable à l'exercice de la liberté individuelle.
Voilà pourquoi on peut dire que la propriété, c'est la liberté.
La propriété est le procédé le plus sûr pour organiser un système
de responsabilité ; et sans responsabilité, sans sanction ni récompense,
il n'y a pas d'individualisation possible des actes humains.
La
propriété permet l'individualité, elle flatte le goût de l'effort
personnel, elle pousse à aller au plus loin possible des capacités
de chacun.
|
| |
|
Libéralisme,
Humanisme
Le
libéralisme contemporain, dans la tradition française et dans la
reconstruction autrichienne, réalise ainsi une synthèse audacieuse
entre :
-
le respect de la dignité de chacun et le bien-être de tous,
-
le goût du changement, du progrès, et le maintien de la tradition,
-
la fierté de l'homme créateur, et la fragilité des sociétés humaines.
Le
libéralisme est l'humanisme des temps présents.
|
|
|
|