"AIMEZ-VOUS BASTIAT ?"

Jacques Garello*
 
Le Figaro du 7 Janvier 2002 salue la sortie du livre du professeur Jacques Garello intitulé "Aimez-vous Bastiat ?" (éditions Romillat, 25 euros).

Polémiste et économiste, apôtre du libéralisme de la première moitié du XlX siècle, Frédéric Bastiat (1801-1850) est mal connu en France, alors qu'il est édité en livres de poche aux États-Unis.

Chez nous, son nom ne dépasse guère le cercle de ses groupies qui se régalent de ses formules à l'emporte-pièce. Exemple : « L’État, cette grande fiction sociale à. travers laquelle chacun s'efforce de vivre aux dépens de tous les autres.».

Le professeur Jacques Garello a été bien inspiré d'intituler son livre par un clin d’oeil au roman de Françoise Sagan des années 50 : Aimez-vous Brahms ? A cette époque, le grand musicien allemand était «mal entendu» des Français, qui lui reprochaient ses prétendues lour deurs germaniques. Depuis lors, la situation s'est bien améliorée pour Brahms, devenu aussi populaire que Beethoven à Paris.

Jacques Garello espère-qu'il en ira de même pour son poulain, dont il a célébré le bicentenaire en lui consacrant les universités d'été 2001 de la « nouvelle économie » à Aix-en-Provence. Son ouvrage reprend nombre des communications d’universitaires du monde entier faites à cette occasion.

Frédéric Bastiat se range dans la lignée des grands théoriciens de l'économie libérale, Adam Smith, Jean-Baptiste Say ou Ricardo. Mais alors que ces derniers ont mis l'accent sur le travail, l’entreprise ou le capital, autrement dit les producteurs, il situe le consommateur au centre de la vie économique. D'où son plaidoyer pour le libre-échange, ce qui dans la France des années 1848-50 le mettait dans une position très minoritaire.

Théoricien et acteur engagé - il est élu en- 1848 à l’Assemblée nationale-, il-n'a-eu de cesse de stigmatiser les lois de circonstance votées au profit de l’Etat et aux dépens de la société civile et des relations contractuelles.

On trouve difficilement opposant plus farouche à l'État providence : « L'action gouvernernentale est essentiellement bornée à faire régner l'ordre, la sécurité, la justice”.

Chez le même éditeur, Jacques Garello et Alain Madelin ont déjà publié un recueil de textes et de pamphlets de Bastiat sous le titre Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas.

On y retrouve notre polémiste “dans son jus”, avec ses démonstrations imagées : “Vous comparez la nation à une terre desséchée et l’impôt à une pluie féconde. Soit. Mais vous devriez aussi vous demander où sont les sources de pluie, et si ce n’est pas précisément l’impôt qui pompe l’humidité du sol et le dessèche”.

Notre société moderne du spectacle politique fonctionne toujours ainsi: l’opinion publique voit les subventions que la main éclairée du souverain répand à profusion, elle n’imagine pas les emplois privés que les taxations ont empêché de créer.

Dans son ouvrage La société de confiance, publié en 1995 Alain Peyrefitte avait rendu un bel hommage à Bastia pour avoir « brossé le tableau psychologique » de la société latine, construite sur la défiance : « Le catactère étatique de la propriété, la sur-évalorisation de l’État, le refus de l'échange, le protectionnisme, l'esprit de clientélisme et de dépendance... » Bastiat mérite d'être lu sinon aimé.

 

*  Professeur d'Economie à l'Université d'Aix Marseille III et Président de l'ALEPS et de Génération Libérale