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CONNAISSEZ – VOUS FREDERIC
BASTIAT ?
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2001 : bicentenaire de la naissance de Frédéric
BASTIAT : pourquoi ne pas lui rendre hommage et, à cette
occasion, écouter ses conseils ? BASTIAT n’a-t-il pas été
récemment traduit en chinois pour guider les premiers pas de
l’empire de Mao sur le chemin de la liberté ? Mais comme
nul n’est prophète en son pays, BASTIAT demeure inconnu chez
nous, alors même que c’est dans les œuvres de l’économiste français
que l’on trouve la réponse aux grands défis de la société contemporaine.
Voilà pourquoi j’ai pris l’initiative de faire rééditer « Ce
qui se voit et ce qui ne se voit pas », collection choisie
de textes de notre grand libéral. |
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Vous trouverez dans cette anthologie tout ce qu’on
peut dire sur l’explosion de la Sécurité Sociale, sur les conséquences
des trente cinq heures et du traitement social du chômage, sur la
mondialisation et les anti-mondialistes, sur les privilèges et les
grèves de la fonction publique, sur la corruption et les affaires,
sur les énarques, sur les syndicats et les groupes de pression,
sur les promesses électorales, sur la bureaucratie. Mais vous serez
aussi enthousiasmés par le souffle, par la foi qui anime ces pages.
Quelle cause BASTIAT a-t-il ainsi épousée, qui le dévore et vous
transporte ? C’est la cause du peuple, des petites gens, de
ceux qui ont tout à gagner du progrès des sciences et des techniques,
mais qui en seront finalement exclus par la volonté cupide de ceux
qui gouvernent.. Et pourquoi donc ? Parce que les gouvernants
sont eux-mêmes sous la pression des José BOVE de tous les temps,
la pression des producteurs.
Délibérément, Frédéric BASTIAT se met du côté de la
majorité silencieuse des consommateurs. A mon humble connaissance,
il est, avec son mentor Richard COBDEN, le seul économiste du XIX°
siècle à avoir pris ce parti. Les uns vantaient les mérites et flattaient
les intérêts des financiers (Ricardo), des entrepreneurs (J.B.Say),
des « travailleurs » (Marx). Seul BASTIAT s’est battu
pour la masse informe et inorganisée des consommateurs.
Prendre le parti du consommateur, c’est se mettre du
côté de ceux qui n’ont jamais droit à la parole, qui ne sont jamais
entendus dans le débat public. Celui-ci se réduit aux seuls groupes
de producteurs dûment organisés, capables de peser sur le budget
public ou la législation pour obtenir des privilèges, c’est à dire,
des passe-droits, des passe-concurrences, appelés encore « rentes » :
ce n’est pas le client qui fait la loi, c’est le législateur. Loi
du marché ou loi de l’Etat ? Le conflit est permanent, en France
il a tourné pour l’instant en faveur de l’Etat.
Mais l’Etat français est épuisé, harassé, il ne sait
plus où donner de la tête parce qu’il n’a plus assez d’argent pour
tenir toutes ses promesses, pour entretenir toute sa clientèle ;
il lui reste la législation, mais elle se heurte à son tour aux
engagements internationaux que la France a contractés vis-à-vis
de l’Europe et du reste du monde : la mondialisation, quelle
catastrophe !
Voilà donc les gens pour lesquels BASTIAT se mobilise,
et pour lesquels ses disciples actuels se battent aujourd’hui :
ceux qui veulent vivre dignement de leurs œuvres, de leurs mérites
et de leurs sacrifices, comme travailleurs, entrepreneurs, épargnants.
Ceux qui n’attendent rien de privilèges et d’exemptions réservés
aux amis et aux serviteurs du pouvoir. BASTIAT n’est ni du côté
des riches (car il en est de bons et de mauvais) ni du côté des
puissants (car ils cherchent surtout à conserver ou renforcer leur
puissance) ni du côté des agitateurs (car ils font usage de la violence
pour obtenir des rentes aux dépens des autres). Il est du côté du
peuple, de l’immense majorité faite des gens consciencieux mais
silencieux, honnêtes mais volés, vertueux mais démodés.
A la Chambre des Députés
où il a été élu en 1848, BASTIAT n’a voulu siéger ni à droite ni
à gauche, ce clivage ne l’intéressait pas et il a pris des coups
des deux côtés, parce que la droite conservatrice défend des positions
acquises qui ne perdurent que par protection, et que la gauche révolutionnaire
entend remplacer les protections anciennes par des nouvelles, on
change seulement la caste des protégés. Le vrai clivage est entre
ceux qui vivent par l’Etat et ceux qui font vivre l’Etat, entre
ceux qui mangent et ceux qui se font plumer : dramatique inégalité,
scandaleuse inégalité, que nul statisticien de l’INSEE ne mesurera
jamais, mais qui empoisonne la vie quotidienne des Français, qui
contient en germe des affrontements qui seront de plus en plus violents,
des ruptures de plus en plus nettes (notamment entre les générations).
Pour préserver la paix intérieure, pour établir l’harmonie sociale,
il est plus que jamais nécessaire d’écouter et de suivre BASTIAT.
Vous dirai-je enfin que la lecture de BASTIAT est un
bain de jouvence, de fraîcheur, tant la plume de notre économiste
est alerte, vive, acerbe parfois, humoristique toujours ? Les
images sont d’un réalisme étonnant Le verbe est puissant, la faconde
est celle des Landais et des Basques. La phrase est limpide. Ces
textes ne constituent pas un traité soporifique et savant, ils sont
brefs, enchaînent des pamphlets, des slogans et des maximes dont
la plus célèbre demeurera sans doute « l’Etat est cette
grande fiction sociale à travers laquelle chacun essaie de vivre
aux dépens de tous les autres ».
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QUELQUES MAXIMES DE BASTIAT
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L’Etat, c’est la grande
fiction sociale à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre
aux dépens de tout le monde.
Il y a trop de grands hommes
dans le monde ; il y a trop de législateurs, organisateurs,
instituteurs de sociétés, conducteurs de peuples, pères des nations,
etc. Trop de gens se placent au-dessus de l’humanité pour la régenter,
trop de gens font métier de s’occuper d’elle.
Les avantages que les fonctionnaires
trouvent à émarger, c’est ce qu’on voit. Mais le désavantage que
les contribuables éprouvent à se libérer, c’est ce qu’on ne voit
pas. Quand un fonctionnaire dépense à son profit cent sous de plus,
cela implique qu’un contribuable dépense à son profit cent sous
de moins.
L’Etat n’est pas manchot,
et ne peut l’être. Il a deux mains, l’une pour recevoir et l’autre
pour donner, autrement dit la main rude et la main douce. L’activité
de la seconde est nécessairement subordonnée à l’activité de la
première. A la rigueur l’Etat peut prendre et ne pas rendre. Mais
ce qui ne s’est jamais vu, ce qui ne se verra jamais et ne peut
même se concevoir, c’est que l’Etat rende au public plus qu’il ne
lui a pris.
Ainsi, dans le public des
espérances, dans le gouvernement deux promesses : beaucoup
de bienfaits et pas d’impôts. Espérances et promesses qui, étant
contradictoires, ne se réalisent jamais.
Le gouvernement n’agit que
par l’intervention de la force, donc son action n’est légitime que
là où l’intervention de la force est elle-même légitime.
La Propriété existe avant
la Loi ; la Loi n’a pour mission que de faire respecter la
Propriété partout où elle est, partout où elle se forme, de quelque
manière que le travailleur la crée, isolément ou par association,
pourvu qu’il respecte le droit d’autrui.
L’homme naît propriétaire,
parce qu’il naît avec des besoins dont la satisfaction est indispensable
à la vie, avec des organes et des facultés dont l’exercice est indispensable
à la satisfaction de ses besoins. Les facultés ne sont que le prolongement
de la personne ; la propriété n’est que le prolongement des
facultés. Séparer l’homme de ses facultés, c’est le faire mourir ;
séparer l’homme du produit de ses facultés, c’est encore le faire
mourir.
Les organes sociaux sont
ainsi constitués de manière à se développer harmoniquement au grand
air de la liberté. Arrière donc les empiriques et les organisateurs !
Arrière leur atelier social, leur phalanstère, leur gouvernementalisme,
leur centralisation, leurs tarifs, leurs Universités, leur religions
d’Etats, leurs banques gratuites ou leurs banques monopolisées,
leurs compressions, leurs restrictions, leur moralisation ou leur
égalisation par l’impôt ! Puisqu’on a vainement infligé au
corps social tant de systèmes, qu’on finisse par où on aurait dû
commencer : qu’on repousse les systèmes, qu’on mette enfin
à l’épreuve la Liberté.
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UN LIBRE ECHANGISTE POLITIQUEMENT INCORRECT
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Né à Bayonne le 19 Juin 1801, dans une famille d’honorables
commerçants, orphelin à neuf ans, Frédéric BASTIAT fut grandement
influencé par l’éducation reçue au collège de Sorrèzes (où il fut
condisciple de Lacordaire). Associé à son oncle dans les affaires
familiales, BASTIAT est surtout attiré par la lecture, et élargit
une culture déjà très appréciable. Les cercles qu’il fréquente à
Bayonne le conduisent à s’opposer au régime de la Restauration,
et il place de grand espoirs dans la Révolution de Juillet. Il touche
les dividendes de ses positions en devenant Conseiller Général de
Mugron, dans les Landes.
Le tournant décisif de sa vie est la découverte (grâce
à la lecture du journal The Globe and Traveller auquel il
est abonné) de l’Anti Corn Law League, créée en Angleterre
par Richard COBDEN, l’un des disciples de Ricardo. Après quelques
mois de correspondance, les deux hommes se rencontrent à Londres,
et se lient d’amitié. La première contribution scientifique de BASTIAT
en naîtra, avec l’article écrit en 1844 pour le Journal des Economistes
« Sur l’influence des tarifs anglais et français ».
Il ne cessera dès lors de publier dans le Journal. Tout
en rédigeant des pamphlets dont le recueil donne les Sophismes
Economiques, BASTIAT continue à suivre les effort de la Ligue
anglaise. En 1845 il écrit un ouvrage intitulé Cobden, mais surtout
en février 1846 il crée à Bordeaux l’Association pour la Liberté
des Echanges.
BASTIAT est de plus en plus déçu par Louis Philippe,
et se rallie aux Républicains. En 1848 il est élu député du département
des Landes d’abord à la Constituante, puis à la Législative. Il
est huit fois vice-président du Comité des finances ; si l’on
admire ses talents d’économiste, ses prises de positions politiques
ne sont pas appréciées. Il s’en explique devant ses électeurs :
« J’ai voté avec la droite contre la gauche quand il s’est
agi de résister au débordement des fausses idées populaires. J’ai
voté avec la gauche contre la droite, quand les griefs de la classe
pauvre et souffrante ont été méconnus ». Mais dès 1848,
sa santé est chancelante, ses poumons sont de plus en plus atteints.
Ses médecins lui conseillent d’aller les soigner à Rome. Il meurt
ainsi en exil, en 1850, avant même que n’ait été publiée son œuvre
maîtresse en sept tomes « Les Harmonies Economiques »,
qui recevront huit éditions successives. Sa tombe est, aujourd’hui
encore, en l’Eglise Saint Louis des Français à Rome.
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LE DIESEL DE L’ECONOMIE
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Comme DIESEL, BASTIAT n’a pas été reconnu dans son
propre pays, et il a fallu sa consécration à l’étranger pour qu’il
ait la célébrité méritée. En voici quelques preuves.
En 1960, aux Etats Unis la Fondation pour l’enseignement
de l’économie (FEE) créée par un brasseur New Yorkais, Leonard REED,
diffusait en un million d’exemplaires deux textes de notre Landais :
La Loi et l’Etat. Des programmes de formation économique dans les
entreprises américaines ont été conçus à partir des idées de BASTIAT.
Le Vice-Président de la General Electric, implantée à Los Angeles,
administrateur de FEE, se mit en peine de trouver à Hollywood un
acteur capable de lire intelligemment du BASTIAT dans des modules
télévisés. Il trouva un certain Ronald REAGAN… Le succès obtenu
par le « grand communicateur » fut tel que G.E. et les
autres entreprises de Californie pressèrent l’acteur de se présenter
comme gouverneur de la Californie. A la surprise générale, REAGAN
fut élu : première étape vers la Maison Blanche en 1980. Durant
toute sa vie publique, REAGAN ne cessa de lire BASTIAT et de s’en
inspirer. La « Reaganomics », c’est en partie BASTIAT !
Au delà de cet exemple, il faut rappeler que BASTIAT
a fait l’objet de très nombreuses traductions en anglais. Celle
des « Harmonies Economiques » a été préfacée par Friedrich
HAYEK, Prix Nobel. Cette année pas moins de cinq ouvrages sur BASTIAT
sont publiés aux Etats Unis et en Angleterre. Enfin la fondation
allemande Friedrich Naumann (Bonn) qui a ouvert une antenne à Pékin
a pris l’initiative de faire traduire Frédéric BASTIAT en chinois
pour guider les premiers pas de l’économie chinoise vers le marché
et la liberté.
Mais on chercherait en vain BASTIAT dans les manuels
mis à la disposition des lycéens et des étudiants français…
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| * Jacques GARELLO est Professeur
à l’Université d’Aix Marseille III. Il préside l’ALEPS et a préfacé
la deuxième édition de «Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas ». |
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