LES MAUVAIS CHIFFRES DU CHOMAGE

Jacques Garello*

Madame GUIGOU l’a affirmé : les chiffres du chômage en France ne sont pas bons. De leur côté, les Français mettent à nouveau le chômage en tête de leurs préoccupations actuelles, avant même la sécurité, alors que l’on pensait le problème réglé, il y a quelques mois. Faut-il s’alarmer, ou considérer qu’il s’agit d’un simple ralentissement conjoncturel ?

 

La réalité me semble assez claire : hier comme aujourd’hui (et sans doute bien avant le gouvernement Jospin), rien n’a été fait dans notre pays pour éradiquer le chômage. Et, pour ne rien vous cacher, je trouve cela scandaleux quand je peux observer comme vous tous que le chômage a complètement disparu du paysage de certains pays européens (comme les Pays-Bas, le Luxembourg, l’Irlande, voire la Grande-Bretagne) ou a très sérieusement reculé dans certains autres (comme l’Espagne). Mais l’idéologie ou l’ignorance économique de nos gouvernements successifs a créé et prolongé ce fléau social, a condamné la jeunesse à la précarité et au désespoir, et les moins jeunes à l’assistanat voire à la déchéance.

 

Déjà au XIXe siècle, le grand économiste Frédéric BASTIAT, dont nous fêtons actuellement le bicentenaire, et qui est le sujet de la XXIVe Université d’Eté de la Nouvelle Economie à Aix-en-Provence (1) expliquait en quoi les gouvernants se fourvoyaient dans la lutte contre le chômage. Ils commettent au moins quatre erreurs :

 

-         accroître la dépense publique, distribuer du pouvoir d’achat à travers des primes, des allocations, des subventions, dans l’espoir de « relancer » l’économie en perte de vitesse

-         créer des emplois publics pour donner du travail aux chômeurs

-         réduire artificiellement la productivité qui diminue les effectifs

-         neutraliser la concurrence (notamment des étrangers) rendue responsable de la ruine de certaines productions nationales et des licenciements qu’elle entraîne

 

Mais pourquoi s’agit-il d’erreurs ? BASTIAT les ramenait toutes quatre à une fausse vue de l’économie, qui consiste à voir ce qui se passe aujourd’hui, ce qui se voit, en oubliant ce qui se passera demain, ce qui ne se voit pas. Ce qui se voit, c’est la rosée fécondante de la dépense publique, ce qu’on ne voit pas c’est qu’elle est la retombée de l’assèchement fiscal. L’Etat n’a pas d’argent autre que celui qu’il prend dans la poche des contribuables et vouloir subventionner les Français après les avoir saignés est réellement une idée bizarre. Ce qui se voit, c’est l’emploi public créé. Ce qui ne se voit pas c’est l’emploi privé qui ne sera pas créé parce que l’entrepreneur aura croulé sous les impôts ou sous les charges sociales. Ce qui se voit c’est le maintien d’un personnel excédentaire que l’on évite de licencier, ce qui ne se voit pas c’est que les performances de l’entreprise plus productive et plus compétitive sous l’aiguillon de la concurrence réduisent les prix des produits, augmentent le pouvoir d’achat des consommateurs, et libèrent ainsi assez d’argent pour autoriser d’autres consommateurs, pour des produits qui demanderont l’embauche de la main d’œuvre licenciée. En revanche le soutien artificiel d’activités peu productives sera payé par l’ensemble des citoyens sous forme de nouveaux prélèvements, diminuant le pouvoir d’achat et la création d’emplois. Ce qui se voit c’est la fermeture de nos frontières aux produits étrangers. Ce qui ne se voit pas, c’est que le consommateur est obligé « d’acheter Français » à des prix plus élevés, il est privé des bienfaits de la concurrence mondiale, tandis que le producteur français sera bientôt confronté aux mesures de représailles de la part des étrangers et sera engagé (parfois malgré lui) dans une « guerre économique » fatale : le sort du fromage est lié à celui de l’acier, qui dépend de celui du cinéma, etc.

 

Vous avez là l’énumération et l’analyse précise de tout ce qu’il ne faut pas faire pour lutter contre le chômage. Or, nous avons eu droit à la totale : nos dépenses publiques et nos impôts n’ont jamais quitté des sommets (en dépit des promesses), le nombre de fonctionnaires est en hausse spectaculaire, le partage du travail apporte désordre et improductivité avec les 35 heures, la législation sur les licenciements dissuade les entreprises d’embaucher en durée indéterminée et livre les rares entreprises bénéficiaires aux OPA par les étrangers, enfin le protectionnisme ouvert ou déguisé nous empêche d’être présent dans la compétition internationale, sauf à aller s’installer… ailleurs qu’en France.

 

Voilà pourquoi je parle d’un véritable scandale : les vrais remèdes de lutte contre le chômage sont bien connus des économistes qui connaissent le fonctionnement des économies ouvertes et libres.

 

Les pays qui ont pris le chemin de ces réformes ont réellement éloigné le spectre du chômage, et par voie de conséquence ils ont une croissance dynamique. Ils ont eu à leur tête des hommes courageux et intelligents, qui ont su expliquer que la réduction du chômage vaut bien un sacrifice sur quelques mois, et une remise en cause de mauvaises habitudes et institutions. Ils ont compris, comme Bastiat, que « L’Etat est cette grande fiction sociale à travers laquelle chacun essaie de vivre aux dépens de tous les autres ». Si vous voulez moins de chômage, choisissez moins d’Etat.

 

(1) La XXIV° Université d’Eté de la Nouvelle Economie. Renseignements au 04 42 64 21 65

 
* Jacques GARELLO est Professeur à l’Université d’Aix Marseille III et préside l’ALEPS.