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Introduction :
On
peut s'étonner de voir un économiste s'interroger sur la philosophie
de la liberté et sur la position de Karol WOJTYLA dans ce domaine.
Mais, grâce en particulier à F. von HAYEK, la science économique a renoué avec sa grande
tradition philosophique et morale, celle de David HUME, Adam SMITH,
Frédéric BASTIAT entre autres. La liberté et les institutions de
la liberté sont aujourd'hui considérées comme des éléments déterminants
des performances économiques et du progrès social.
Quant
à Karol WOJTYLA, il est doublement intéressant pour un économiste
contemporain : en sa qualité de philosophe (notamment à travers
son oeuvre majeure Personne et Acte)
il est sur le terrain de la praxéologie, de l'étude des comportements
des hommes en action, qui domine la théorie de la décision chez
de nombreux économistes (en particulier Ludwig von Mises), en sa qualité de
pontife il a proposé plusieurs encycliques sur le concept de liberté
(Veritatis Splendor) ou sur la liberté
économique (Centesimus Annus).
Bien
que Jean-Paul II ait naturellement inscrit ses Encycliques dans
la tradition de la doctrine morale ou sociale de l'Eglise et, à
ce titre, ait été moins directement et personnellement impliqué
- en dépit de la part considérable qu'il a prise dans leur inspiration
et leur rédaction, la conception de la liberté qui meuble les Encycliques
était entièrement contenue dans les écrits du Cardinal Karol WOJTYLA.
De la sorte, je crois nécessaire de ne pas me limiter à l'étude
de Personne et Acte et
de ne pas discriminer, dans l’œuvre du Pape-philosophe, ce qui revient
au philosophe et ce qui échoit au Pape.
Je
soutiendrais même qu'à l'heure actuelle, dans cette période de mutations
économiques et sociales, sans précédent sans doute depuis la Révolution
Industrielle, l'interrogation sur la liberté concerne tous les intellectuels
et tous les économistes par priorité. Car il n'y a pas d'un côté
les choses de l'économie et de l'autre les choses de l'humanité.
Aujourd'hui, plus que par le passé encore, se pose la question de
la place et du sort de l'être humain dans un monde en croissance
rapide, avec un progrès matériel spectaculaire, mais aussi un monde
en changement et remise en cause perpétuels, menaçant pour les structures
familiales, communautaires, nationales.
Nombreux
sont ceux qui se tournent vers les économistes, suspects d'avoir
joué les apprentis-sorciers en prônant l'enrichissement et l'efficacité,
en plaidant pour le marché et la mondialisation. Que se passe-t-il
? Quel avenir nous avez-vous préparé ? Qu'avez-vous fait de nos
valeurs morales et spirituelles ?
Les
économistes pourraient répondre qu'ils n'y sont pour rien, car les
mutations actuelles ne doivent rien à la science économique. Quand
celle-ci s'est voulue "normative" et a proposé des "politiques"
de croissance, de développement ou de répartition, elle a lamentablement
échoué : les adeptes de la macro-économie, les planificateurs, les
ingénieurs sociaux ont conduit les peuples à la stagnation, à la
misère prolongée, puis à la servitude. Cette science économique
devenue "économie politique" s'est effondrée avec le mur
de Berlin en 1989. La nouvelle science économique, qui renoue avec
sa vocation première au XVIIIème siècle, se propose d'expliquer la nature et les causes de la richesse des nations et non
d'organiser la richesse,
sinon pour dire aux gouvernants : laissez les hommes libres d'entreprendre
et d'échanger ensemble. De manière plus large, grâce à son individualisme
méthodologique,
elle se propose de rendre compte des phénomènes sociaux à partir
des comportements individuels, et de découvrir les lois qui gouvernent
l'ordre spontané et permettent la coordination harmonieuse des actions
de chacun. Ni la science économique ni les économistes n'ont inventé
l'extraordinaire révolution qui accompagne la mondialisation. Ce
sont les hommes, libérés des contraintes d'un XXème siècle façonné
par les Etats et ivre de politique, qui sont aujourd'hui les artisans
d'un progrès qu'ils ont fortement désiré, même s'il semble leur
échapper parfois. Les économistes pourraient donc avantageusement
se taire, leur impossible mission de conseillers des princes a pris
fin (même si beaucoup d'entre eux ne le savent pas).
Mais
ceux qui désirent servir leurs contemporains, calmer les appréhensions,
désamorcer les tensions sociales et internationales peuvent et doivent
faire le même effort d'analyse que celui que faisaient Adam SMITH
et TURGOT pour expliquer la Révolution Industrielle et la naissance
de la "grande société"
au XVIIIème siècle.
Ainsi,
dans la mesure où les hommes de ce troisième millénaire s'adressent
aux économistes en se plaçant d'un point de vue humain, éthique,
les économistes doivent se hisser à ce niveau, et utiliser le langage
et les concepts appropriés. L'action humaine, la liberté, la créativité,
les droits, les devoirs, sont les nouvelles références du discours
économique. On est passé, sans le savoir, sans le vouloir, de l'économie
politique à l'économie éthique.
Je
tenais à donner ces précisions pour bien marquer qu'une recherche
sur la liberté, telle que la conçoit l'une des plus grandes autorités
morales de ce temps - voire la seule -, n'est pas étrangère à la
science économique. Elle ne procède pas d'une curiosité originale,
elle est au cœur du débat actuel, et peut l'éclairer. Savoir avec
précision ce que pense Karol WOJTYLA (ou Jean-Paul II) de la liberté
n'est donc ni le seul propos ni le seul intérêt de cette étude,
qui doit aussi nous indiquer dans quelle mesure cette vision de
la liberté nous aide, et aide les économistes, à la compréhension
du monde actuel - condition préalable à une harmonisation du monde
actuel.
Je
me`propose donc de traiter successivement
1.
La liberté, principe de l'action humaine : anthropologie et praxéologie
dans l’œuvre de Karol WOJTYLA.
2.
La liberté, principe des harmonies sociales : catallaxie et institutions
dans la science économique rénovée.
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1. LA LIBERTE, PRINCIPE DE L'ACTION HUMAINE
Anthropologie et Praxéologie dans l'oeuvre
de Karol WOJTYLA.
On connaît bien les sources
intellectuelles auxquelles a puisé Karol WOJTYLA.
Il s'agit d'une part du thomisme - ce qui n'a rien de surprenant
pour un philosophe chrétien, d'autre part de la phénoménologie de
SCHELER - ce qui fait l'originalité de l’œuvre de Karol WOJTYLA.
Le thomisme, lui-même amendement de l'aristotélisme,
nous enseigne que l'être humain, créé à l'image de Dieu, a pour
essence, pour raison d'être, "une substance individuelle de
nature rationnelle".
L'homme
est substance, faite de matière et d'intelligence, de chair et d'esprit
de façon consubstantielle, comme le pensait ARISTOTE, et à l'opposé
du dualisme cartésien (corps/esprit) ou kantien (noumène/phénomène).
Cette substance identifie l'être humain : chacun est unique et irremplaçable.
Le destin de l'homme est individuel. Et l'homme est lui-même artisan
(sinon maître) de sa destinée, parce qu'il est autonome, et guidé
dans son comportement par sa raison. Cependant la rationalité humaine
est limitée, ou critique : elle lui permet de prendre conscience
du sens de ses actes, d'identifier le Bien et le Mal, mais elle
ne lui permet pas d'accéder à la perfection ni à la vérité. Il faut
le secours de la grâce divine et de la foi pour que l'être humain
approche de sa plénitude, réalise sa vocation.
La phénoménologie complète le thomisme
en insistant sur le processus par lequel l'être humain avance sur
son chemin. Si ARISTOTE et St THOMAS avaient bien vu l'aptitude
créatrice de l'homme, qui lui commande et lui permet de "dominer
la terre", ils n'avaient pas prêté attention au fait que l'homme
se crée lui-même à travers son action. Leur homme agissant traduisait
sa personnalité à travers son action, mais celle-ci n'était que
reflet. La phénoménologie, initiée par HUSSERL et développée par
son disciple SCHELER, insiste sur la capacité de l'action d'imprimer
la personnalité. A travers son expérience, la personne se parfait
(ou se dégrade). Après avoir agi, l'être humain n'est plus le même
qu'avant son action. La personne s'intègre pleinement dans l'action.
Encore convient-il de préciser que l'intégration n'est pas vue de
la même manière chez Karol WOJTYLA et chez HUSSERL, voire même Max
SCHELER auquel il se réfère.
HUSSERL
en effet voit dans l'expérience individuelle une occasion d'améliorer
la connaissance et d'approcher ainsi la vérité. SCHELER y trouve
plutôt le moyen de rechercher le bien, la satisfaction éthique.
Mais chez l'un et chez l'autre, les leçons de l'action sont purement
subjectives. Se sentant plus proche de la vérité (HUSSERL) et du
Bien (SCHELER), l'individu est enrichi par son action. Mais il est
bien le seul juge de son appréhension de la vérité et du bien, donc
de la mesure de son enrichissement. Cette subjectivité extrême ne
saurait convenir à un chrétien, dit Karol WOJTYLA, car elle s'assimile
à un relativisme, à une négation de toute valeur universelle et
intemporelle. Arrivé à ce point le thomisme reprend ses droits :
le progrès de l'être humain ne peut se faire qu'en conformité avec
la loi naturelle, l'homme ne peut trouver dans son action l'occasion
d'aller contre sa nature.
C'est
à la lumière de ces prémices philosophiques que l'on peut comprendre
la conception de la liberté de Karol WOJTYLA. On ne sera pas surpris
en soulignant que la liberté chez Karol WOJTYLA est ontologique.
Mais on observera aussi qu'en dépit de son caractère ontologique,
la liberté est également personnelle,
elle s'exerce suivant la volonté d'un individu autonome et responsable.
Ce contraste pourrait passer pour une contradiction, s'il n'était
pas autre chose que le prolongement de la mystérieuse alchimie entre
universalité et singularité. Tous les hommes participent de la même
nature, mais chacun d'entre eux est lui-même.
Ontologique, "la liberté est ordonnée
à la vérité". C'est la recherche
de la vérité qui lui donne sa légitimité, qui fait qu'elle est "de droit naturel", mais
qui guide aussi son exercice
: on ne peut faire ce que l'on veut de sa liberté (on peut être
esclave de sa liberté).
Karol
WOJTYLA s'écarte de certaines justifications habituelles de la liberté
individuelle. Il rejette l'approche utilitariste, qui veut établir
que la liberté est bonne parce qu'elle est plus efficace : un travers
dans lequel sont tombés notamment de très nombreux économistes,
obsédés par la pareto-optimalité. Le conséquentialisme est indifférent
aux fins poursuivies : toutes semblent se valoir du moment qu'elles
ont été voulues par l'individu. De cette manière, on rejoint aussi
la critique adressée par Karol WOJTYLA au subjectivisme radical,
pour lequel l'éthique est purement personnelle, chacun étant maître
de son destin. "On a tendance à attribuer à la conscience universelle
le privilège de déterminer les critères du bien et du mal, de manière
autonome, et d'agir en conséquence. Cette vision ne fait qu'un avec
une éthique individualiste, pour laquelle chacun se trouve confronté
à sa vérité, différente de la volonté des autres. Poussé dans ses
conséquences extrêmes, l'individualisme débouche sur la négation
de l'idée même de nature humaine" ..."De cette façon la nécessaire exigence
de la vérité a disparu au profit d'un critère de sincérité, d'authenticité,
d'"accord avec soi-même", au point que l'on en est arrivé
à une conception radicalement subjectiviste du jugement moral".
La
seule et profonde origine de la liberté est la dignité de la personne
humaine, sa place privilégiée au cœur de la création, au sein de
l'ordre naturel.
La
liberté n'est donc pas un absolu, mais une faculté qui nous est
donnée par Dieu pour trouver et prendre le chemin de la Vérité.
Voilà
pourquoi l'usage de la liberté ne peut être n'importe
lequel.
Karol
WOJTYLA rappelle, notamment dans La
Splendeur de la Vérité, que les interdits jalonnent le chemin
de la liberté : on ne peut les transgresser sans faire perdre à
la liberté sa destination première. Ces interdits indiquent clairement
aux hommes ce qui constitue une erreur, ce qui les écarte de la
vérité et de l'amour de Dieu. Ils sont essentiellement contenus
dans les dix commandements, dont les premiers se présentent sous
forme de prohibitions : tu ne tueras point, etc. La liberté ne consiste
donc pas à faire n'importe quoi, elle est au contraire renonciation
à ce qui est "intrinsèquement pervers". Etre libre, c'est
renoncer au mal. L'homme esclave du mal n'est plus un homme libre.
Si
la liberté permet de choisir le mal, elle se perd dans ce choix.
Cependant la liberté permet aussi de se libérer du mal : la perte
de la liberté ne saurait être définitive, ou irréversible puisqu'elle
est inscrite dans la nature de l'homme. Même déchu, l'homme n'en
demeure pas moins un homme. "Personne sans exception n'est
jamais condamné à mal faire".
Doit-on
en rester à cette approche
négative de la liberté ? La liberté ne se définirait-elle que
par ses frontières ? Que doit-on faire une fois que l'on a appris
ce qu'on ne doit pas faire ? Dans la tradition de BOSSUET qui avait
établi que la liberté consiste à "vouloir ce que l'on doit",
il y a une conception de la liberté positivechez Karol WOJTYLA.
Si les prohibitions des commandements doivent être respectées, et
permettent de repérer l'erreur, elles s'éclairent du commandement
majeur donné par le Christ, qui montre le chemin de la Vérité :
"Aimez-vous les uns les autres". Le comportement de l'homme
libre est celui de quelqu'un qui se met au service des autres, qui
aime les faibles et les pauvres, qui écoute et pardonne, comme le
suggèrent les Béatitudes. "Les Béatitudes n'ont pas comme objet
propre des normes particulières de comportement, mais elles évoquent
des attitudes et des dispositions fondamentales de l'existence,
et, donc, ne coïncident pas exactement avec les commandements. D'autre
part, il n'y a pas de séparation ou d'opposition entre les béatitudes
et les commandements : les uns et les autres se réfèrent au bien
et à la vie éternelle".
Observons
que cette liberté "positive" est formulée de façon suffisamment
large et ouverte pour que l'être humain soit en présence de vrais
choix. Mais le plus important dans la philosophie de Karol WOJTYLA
est que l'exercice de la liberté se fait dans le cadre de l'action
humaine. On ne saurait donc définir à l'avance et dans le détail
ce que l'individu doit faire et décider, puisqu'il appartient à
chacun d'agir à sa manière compte tenu des personnes impliquées
dans son action, et des circonstances de cette action. La liberté
positive conçue par Karol WOJTYLA est une liberté en action, elle
est à la fois adaptative, créatrice, et personnalisée. Et s'il y
a une dépendance générale vis à vis du commandement d'amour, l'acte
d'amour lui-même est libre et responsable. Mon ami Gustave THIBON
avait coutume de dire : "Etre libre, c'est dépendre de ce que
l'on aime".
"La
personne humaine étant appelée à croître et à se développer pour
se réaliser comme telle, le fait principalement en s'affirmant comme
sujet responsable. Cette affirmation d'elle-même, cette prise en
mains de sa progression, elle les réalise par des actes qui lui
sont propres, des décisions qui doivent émaner d'elle, par lesquels
elle s'engage et se compromet, bref par l'exercice de sa liberté"
.
On
en vient ainsi tout naturellement à penser que si la liberté est
ontologique, liée à la vocation et à la dignité de l'être humain,
ordonnée à la Vérité, elle est aussi une liberté personnelle,
une liberté vécue à travers les actes d'une personne autonome et
responsable.
L'autonomie
de la personne ne se confond pas avec l'intérêt personnel, mais
elle s'en rapproche. Karol WOJTYLA distingue autonomie et intérêt
personnel, parce que des actes volontaires, des choix délibérés
ne sont pas nécessairement inspirés par l'intérêt personnel : ainsi
du geste du père Maximilien KOLBE. Cependant, Karol WOJTYLA ne croit
pas que l'action humaine commande l'oubli de soi, la négligence
de son intérêt, il n'approuve pas la rigueur kantienne qui oppose
le devoir et le désir : le devoir peut être objet de désir. Comme
Aristote et Saint Thomas il distingue trois sortes d'amour : l'un
fondé sur l'utilité (le calcul), l'autre sur le plaisir (le jeu),
le troisième sur la bonté. "Dans l'amour parfait celui qui
aime va vers l'être aimé pour avoir la joie de faire son bonheur". Chacun recherche
le bonheur de l'autre. On va au-delà de soi-même. Il y a transcendance
de l'amour. De même plus généralement y a-t-il transcendance de
l'intérêt personnel dans toute action
humaine.
Ainsi
l'individu échappe-t-il à tout déterminisme, et son action découle-t-elle
de sa volonté propre. Certes l'action humaine est le plus souvent
provoquée par l'environnement, qui la conditionne jusqu'à un certain
point. Mais elle n'en demeure pas moins auto-déterminée.
Le
fait que chaque être humain soit "unique et irremplaçable"
n'empêche pas qu'il ne soit jamais isolé. L'homme est un être social,
et son action ne peut être menée "qu'en commun, avec les autres". Karol WOJTYLA a
évidemment condamné le collectivisme, et tout ce qui peut diminuer
l'autonomie de la personne. Mais il insiste sur le lien entre autonomie
et responsabilité vis à vis des autres. Il distingue fort opportunément
l'acte et l'action (on devrait dire en français : l'agir). Car l'acte
est ce qu'il y a de subjectif, de personnel, de volontaire dans
le comportement individuel, tandis que l'action indique la dimension
sociale de l'acte, ce qu'il devient dans la dynamique des inter-dépendances,
quand l'acte se fait avec les autres, s'adresse aux autres, se réfléchit
dans les autres. Le personnalisme de Karol WOJTYLA, contrairement
à ce que pensent certains,
ne se confond pas avec celui de MOUNIER, qui est un simple refus
du collectivisme et de la massification, simple pétition du singulier
contre le pluriel, mais se rapproche de celui de MARITAIN qui a
bien vu comment la personne humaine ne se construit pas toute seule,
mais au contact des autres.
Cela
dit, l'homme est (avec la grâce de Dieu) le seul créateur de sa
personnalité, il se possède seul lui-même « il est en même
temps sa propre possession unique et exclusive ». Comme le disaient
les scolastiques "persona est sui juris" la personne est
sa propre loi. Cette loi n'est pas de nature physique (la personne
n'est pas tributaire de son seul corps), ni de nature psychique
(la personne n'est pas animée par ses seuls sentiments), mais participe
des deux et surtout, comme le précise Karol WOJTYLA elle est la
loi de l'action, de ce que réalise l'homme dans sa vie. Ainsi chaque
personne écrit-elle sa propre histoire à travers ses actes, ses
expériences. C'est ce qui la rend "unique et irremplaçable".
C'est ce qui fait qu'il agit avec détermination (auto-détermination)
au lieu d'être déterminé. C'est ce qui fait sa liberté.
Ainsi
pour Karol WOJTYLA, la liberté est-elle simultanément
personnelle et personnalisante. Personnelle elle permet à chaque
être humain de marquer sa différence, de trouver son propre itinéraire.
Personnalisante elle attire chaque être humain vers son progrès,
vers sa vocation, elle l'accompagne et le guide vers la vérité et
lui permet de s'en rapprocher à travers son action. La liberté se
situe ainsi à la rencontre de la destinée humaine et de la volonté
humaine, elle est bien à la fois ontologique et personnelle.
C'est
cette approche de la liberté qui va permettre à Karol WOJTYLA de
voir clair dans les problèmes de l'ordre social, et de rejoindre
ainsi les développements les plus récents de la science économique,
notamment ceux que l'on trouve dans les travaux de l'école autrichienne.
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2. LA LIBERTE PRINCIPE DES HARMONIES SOCIALES
Catallaxie et Institutions dans la science
économique rénovée.
Au-delà
de "Personne et Acte", l’œuvre de Jean-Paul II sera très
souvent bâtie autour du concept de liberté et il aura ainsi l'occasion
d'appliquer sa philosophie aux grands problèmes de la société contemporaine,
abordés dans les nombreuses Encycliques. La transition est bien
claire : "Le lien inséparable entre la vérité et la liberté
- qui reflète le lien essentiel entre la sagesse et la volonté de
Dieu - possède une signification extrêmement importante pour
la vie des personnes dans le cadre socio-économique et socio-politique,
comme cela ressort de la doctrine sociale de l'Eglise - et de sa
présentation des commandements qui règlent la vie sociale, économique
et politique, en ce qui concerne non seulement les attitudes générales,
mais aussi les comportements et les actes concrets précis et déterminés".
Cette
signification "extrêmement importante" revient à l'idée
de la nécessaire orientation des décisions individuelles vers le
meilleur service de la communauté. C'est ce que le grand économiste
libéral chrétien que fut Frédéric BASTIAT appelait "les Harmonies
Economiques".
Une idée s'est transmise sans discontinuer dans la théorie économique
depuis les Scolastiques jusqu'aux Autrichiens en passant par David
HUME, FERGUSON, Adam SMITH et Frédéric BASTIAT : c'est celle de
la "main invisible".
Friedrich von HAYEK parle de l'"ordre spontané", des processus
spontanés de coordination des actions humaines et Israël KIRZNER
définit aujourd'hui l'économie comme la "science de la coordination".
La théorie de la main invisible traduit le fait que les actions
individuelles, procédant en apparence d'une décision souveraine
d'une multitude d'êtres humains, parviennent à se coordonner par
les simples vertus de l'échange marchand. En termes moins rigoureux,
mais plus connus : les intérêts privés s'harmonisent pour déboucher
sur l'intérêt général.
En
fait, derrière ce processus social qui, comme le disait L. von MISES
"est le résultat non désiré (undesigned) de l'action volontaire
des hommes",
il y a l'action humaine, qui est une action catallactique, dans
un cadre institutionnel donné, qui est celui d'une société de libertés.
La
catallaxie est un concept et un mot remis à l'honneur par Ludwig
von MISES. Elle décrit ce qui se passe entre deux individus qui
interagissent à travers l'acte d'échange. Dans ce genre d'action,
il y a bien davantage qu'un simple échange : il y a la découverte
de l'autre, et en même temps la découverte de soi-même. L'échange
modifie le comportement et l'opinion que les échangistes vont avoir,
il concilie des points de vue et des intérêts qui semblaient opposés,
simplement parce que chacun est obligé de tenir compte de l'autre.
"Il transforme un ennemi en ami" : c'est le sens profond
de "Katallaktein".
Cette
prise en compte de la catallaxie explique comment l'échange tend
à l'harmonie. Car échanger, c'est avant tout chercher à servir les
autres, condition indispensable pour l'être humain à épouser les
sentiments des autres. Bien plus que l'utilité ou l'efficacité,
c'est ce sentiment qui explique l'échange. Allant plus loin et plus
profond dans l'analyse économique de la valeur, Frédéric BASTIAT
a établi que la valeur d'un bien ne peut naître que de l'échange
de services : chacun ne peut obtenir les services d'un autre qu'en
lui rendant service à son tour. La "richesse"
ne consiste donc pas à accumuler de l'argent, voire même à fabriquer
des objets. Elle est une simple réponse à des besoins exprimés.
Créer des richesses n'est autre chose qu'apporter une satisfaction
aux autres. Le "jeu économique" n'est autre que cette
recherche et cette découverte incessantes de ce qui peut satisfaire
les autres, la communauté de toutes ces personnes dont nous attendons
qu'à leur tour elles nous permettent de satisfaire nos propres besoins.
Encore
faut-il, pour que ce processus catallactique soit à l’œuvre, que
les contrats puissent s'établir librement, que les marchés puissent
s'organiser spontanément entre les individus concernés. Les règles
du jeu social, les institutions, doivent permettre aux individus la double liberté et d'entreprendre et d'échanger. Entreprendre, c'est créer
des richesses en améliorant le sort des autres, en proposant un
nouvel arrangement des choses existantes (l'innovation répond ainsi
aux besoins, elle les satisfait mieux). La capacité créative de
l'être humain s'exprime dans cette action entrepreneuriale. Comme
le fait remarquer Israël KIRZNER,
cette action n'est pas réservée à une catégorie ou une classe sociale
spécifique appelée "patronat". Nous sommes tous potentiellement
entrepreneurs dans la mesure où nous avons tous la capacité d'améliorer
l'état de choses actuel, et d'être ainsi les artisans du progrès.
La seule différence entre un "patron" et un salarié est
que celui-ci a mis ses talents d'entrepreneur au service de son
employeur, qui les met à son tour en valeur par les services qui
seront rendus à la clientèle. Cette valorisation (cette valeur ajoutée)
permet de rémunérer à la fois le salarié (salaire) et l'employeur
(profit) et les prêteurs éventuels, épargnants qui ont mis directement
ou indirectement leurs fonds à la disposition de l'employeur (moyennant
un intérêt).
On
le voit : la liberté d'entreprendre contient déjà dans l'organisation
des talents et des intérêts respectifs des entrepreneurs, des salariés
et des épargnants, la liberté d'échanger. Mais c'est évidemment
dans les relations entre les entrepreneurs et la clientèle, qu'on
appelle encore les producteurs et les consommateurs que la liberté
d'échange est la règle la plus impérative. C'est la liberté
d'acheter, de vendre, de transporter, de transformer, d'informer
qui va permettre la rencontre de l'offre et de la demande, de la
création et de la satisfaction. La forme que revêt cette liberté
est la concurrence, c’est à dire la possibilité pour chacun de proposer
des solutions alternatives. Cette possibilité peut ne pas être exploitée,
pour des raisons techniques mais aussi économiques : on est
alors en situation de monopole. Toute innovation est un monopole,
puisque seul l’innovateur propose une solution inconnue jusque là.
C’est pourquoi il ne faut pas juger la concurrence sur le critère
du nombre de participants (ce qui est hélas la coutume chez beaucoup
d’économistes qui ont inspiré le « droit de la concurrence »)
mais sur l’ouverture de la compétition quel que soit le nombre actuel
des compétiteurs.
Quel
que soit le poids de la liberté d’entreprendre et d’échanger sur
un marché concurrentiel, rien n’est possible sans cette institution
cardinale que représente le droit de propriété. Il est sans
doute inscrit dans la nature de l’homme, comme le rappelle avec
insistance la doctrine sociale de l’Eglise. Mais cette « inscription »
se rapporte à une autre spécificité de l’être humain : son
aptitude à créer, son génie créatif. Car la personnalité de l’homme,
ce qui le définit et l’individualise par rapport aux autres, c’est
la démonstration de sa capacité. Créer, bien sûr, mais se sentir
responsable de sa création, en faire sa chose propre, bref sa propriété.
Israël KIRZNER explique qu’il y a là le secret des performances
de la libre entreprise : l’homme sera d’autant plus créateur
qu’il pourra s’approprier sa création.
Certes, on pourrait y voir là l’expression d’un égoïsme fondamental
(certains, comme Ayn RAND, sont allés jusqu’à faire l’éloge de l’égoïsme).
Mais ce serait oublier qu’il n’existe aucune « Création »
sans service de l’autre, par définition – puisque la source de toute
valeur est le service rendu, la satisfaction apportée aux autres.
Il y a donc une antériorité du service sur la propriété : celle-ci
ne se conçoit pas sans celui-là. Ainsi se trouvent naturellement
articulés deux principes que l’on oppose trop facilement :
« la destination universelle des biens » d’une part, « la
propriété privée » d’autre part. Car si la propriété implique
l’exclusivité, c’est à dire l’exclusion des autres, elle tire sa
raison d’être du service de la communauté. Par comparaison, les
systèmes qui ne reconnaissent pas la propriété privée (individuelle
ou plurielle) n’ont engendré que ruine économique et décadence morale
de la société. D’ailleurs comment échanger sans droit de propriété ?
Une société sans propriété ne peut être coordonnée que par une autorité
supérieure, qui se substitue aux individus pour organiser les relations
sociales. Cet « ordre créé » (HAYEK) est contraire à la
liberté des actions, et ne tarde pas à oublier la dignité des personnes.
On
voit ainsi l’importance des institutions de la liberté pour que
l’échange catallactique puisse prendre son sens et son essor :
propriété privée, liberté d’entreprendre et d’échanger, concurrence.
On pourra au passage noter que ces institutions – l’histoire et
l’analyse économique le confirment – ont émergé de l’expérience
vécue par les hommes, et semblent s’intégrer peu à peu dans un ordre
naturel, dont la caractère éthique est primordial (voir mon article).
Il
ne fait donc aucun doute que dans l’œuvre des économistes autrichiens
du XX° siècle (MISES, HAYEK, KIRZNER) comme dans celle de certains
classiques libéraux (SMITH, TURGOT, SAY, BASTIAT) la liberté est
au cœur de l’économie. C’est l’homme libre qui crée et entreprend.
C’est entre hommes libres d’échanger que se tisse le réseau des
services mutuels. C’est une société de libertés qui reconnaît les
droits fondamentaux et les protège, en particulier le droit de propriété,
le droit de contracter, et le droit d’entrer en concurrence. En
fin de compte, c’est la qualité de l’être humain (ou pour employer
l’expression consacrée, voire barbare, la valeur du capital humain)
qui est à la base du développement économique et du progrès social,
et la société qui est la plus performante et la plus harmonieuse
est celle qui libère et protège la valeur des personnes. Une société
à travers ses institutions plus humaines est une société plus économique.
Les
connaisseurs de la pensée et de l’œuvre de Jean Paul II n’auront
eu aucun mal à reconnaître dans ce qui précède la plupart des éléments
qui constituent sa théorie de la liberté quand elle s’applique aux
questions sociales et économiques.
Cette
application ne se trouve guère dans Personne et Acte, mais essentiellement
dans Centesimus Annus et dans quelques autres écrits et discours
qui ont servi de base à cette grande Encyclique de la doctrine sociale
de l’Eglise.
Toutes
les pièces qui construisent la science économique (rénovée par les
Autrichiens) sont bien présentes dans ces documents : l’homme
créateur et l’initiative privée à l’origine de toute activité économique,
l’homme entrepreneur et la nécessaire coordination des initiatives
privées qui permet à l’homme d’être un serviteur de la communauté,
l’homme responsable et motivé grâce à la propriété, ce qui suppose
des institutions qui sont celles du capitalisme bien compris.
L’homme
créateur est à l’origine de toute richesse. « L’économie
moderne de l’entreprise comporte des aspects positifs dont la source
est la liberté de la personne qui s’exprime dans le domaine économique
comme en beaucoup d’autres… Aujourd’hui le facteur décisif est de
plus en plus l’homme lui-même c’est à dire sa capacité de
connaissance qui apparaît dans le savoir scientifique, sa capacité
d’organisation solidaire et sa capacité de saisir et de satisfaire
les besoins des autres ». Mais on ne doit
jamais perdre de vue que cette liberté de la personne est inscrite
dans la nature de l’être humain et constitue un droit fondamental.
« Chacun a le droit d’initiative économique, chacun
usera de ses talents pour contribuer à une abondance profitable
à tous, et pour recueillir les justes fruits de ses efforts ». Car l’homme créateur
n’est autre que l’homme serviteur. « Le développement
des activités humaines et la croissance de la production sont destinés
à subvenir aux besoins des êtres humains. La vie économique ne vise
pas seulement à multiplier les biens produits et à augmenter le
profit ou la puissance ; elle est d’abord ordonnée au service
des personnes, de l’homme tout entier et de toute la communauté
humaine ».
L’homme serviteur se mue nécessairement en homme entrepreneur
puisque l’entreprise consiste à rapprocher production et consommation.
« L’homme travaille avec les autres hommes, prenant
part à un « travail social » qui s’étend dans des cercles
de plus en plus larges… Or la capacité de connaître en temps utile
les besoins des autres hommes et l’ensemble des facteurs de production
les plus aptes à les satisfaire, c’est précisément une autre source
importante de richesse dans la société moderne… Ainsi devient toujours
plus évident et déterminant le rôle du travail humain maîtrisé et
créatif et, comme part essentielle de ce travail, celui de la capacité
d’initiative et d’entreprise ». Jean Paul II, comme
les économistes cités ici, insiste sur le caractère extraverti de
l’action économique, rappelant que l’on ne produit et l’on n’entreprend
pas pour soi mais pour les autres. Sans clientèle, il n’y a pas
de profit ; sans services échangés il n’y a pas de valeur.
Voilà qui le conduit à éclaircir les relations entre propriété privée
et destination universelle des biens, relations souvent mal comprises
au point que certains y voyaient un paradoxe. « L’homme s’épanouit
par son intelligence et sa liberté, et, ce faisant, il prend comme
objet et comme instrument les éléments du monde et se les approprie.
Le fondement du droit d’initiative et de propriété individuelle
réside dans cette nature de son action. Par son travail, l’homme
se dépense non seulement pour lui-même, mais aussi pour les autres
et avec les autres : chacun collabore au travail et au bien
d’autrui. L’homme travaille pour subvenir aux besoins de sa famille,
de la communauté à laquelle il appartient, de la nation et, en définitive,
de l’humanité entière »…
Il collabore au travail des autres personnes qui exercent leur activité
dans la même entreprise, de même qu’au travail du fournisseur et
à la consommation des clients, dans une chaîne de solidarité qui
s’étend progressivement ».
Jean Paul II se réfère à Quadragesimo Anno pour rappeler
« le double aspect, individuel et social, qui s’attache à la
propriété selon qu’elle sert l’intérêt particulier ou regarde le
bien commun » : « C’est donc de la nature et donc
du Créateur que les hommes ont reçu le droit de propriété privée,
tout à la fois pour que chacun puisse pourvoir à sa subsistance
et à celle des siens, et pour que, grâce à cette institution, les
biens mis par le Créateur à la disposition de l’humanité remplissent
effectivement leur destination : ce qui ne peut être réalisé
que par le maintien d’un ordre certain et bien réglé ».
Voici
donc apparaître la nécessité pour une société d’un « ordre
certain et bien réglé », de se doter d’institutions propices
à la liberté. Ce n’est pas toujours le cas. « Il faut remarquer
que, dans le monde d’aujourd’hui, parmi d’autres droits, le droit
à l’initiative économique est souvent étouffé… L’expérience nous
montre que la négation de ce droit ou sa limitation, au nom d’une
prétendue « égalité » de tous dans la société, réduit,
quand elle ne le détruit pas en fait, l’esprit d’initiative, c’est
à dire la capacité créative du citoyen ». Jean Paul II d’exhorter
les responsables politiques, aussi bien que les acteurs de la vie
économique, à établir les règles du jeu social dans le souci de
la liberté personnelle, pour « le bien de tout homme et de
tout l’homme ». Institution cardinale, évidemment, que celle
du droit de propriété : « De même que la personne se réalise
pleinement dans le libre don de soi, de même la propriété se justifie
moralement dans la création de possibilités d’emploi et de développement
humain pour tous ».
Les régimes politiques qui suppriment la propriété privée ou la
limitent, en général inspirés par le socialisme, commettent « une
erreur de caractère anthropologique ». « L’homme est ainsi
réduit à un ensemble de relations sociales, et c’est alors que disparaît
le concept de personne comme sujet autonome de décision morale qui
construit l’ordre social par cette décision. De cette conception
erronée de la personne découlent la déformation du droit qui définit
la sphère d’exercice de la liberté, ainsi que le refus de la propriété
privée ». Après avoir depuis
un siècle ainsi condamné, comme le fait sans cesse la doctrine sociale
de l’Eglise, le socialisme comme « intrinsèquement pervers »,
Jean Paul II réhabilite avec éclat le « bon » capitalisme.
Faut-il proposer le capitalisme comme modèle social ? « Si,
sous le nom de « capitalisme » on désigne un système économique
qui reconnaît le rôle fondamental et positif de l’entreprise, du
marché, de la propriété privée et de la responsabilité qu’elle implique
dans les moyens de production, de la libre créativité humaine dans
le secteur économique, la réponse est positive, même s’il serait
plus approprié de parler « d’économie d’entreprise » ou
« d’économie de marché » ou simplement d’ « économie
libre ».
Mais
il y a aussi un « mauvais » capitalisme – que d’aucuns
appellent sauvage – parce que la liberté dans le domaine économique
« n’est pas encadrée par un contexte juridique ferme qui la
met au service de la liberté humaine intégrale et la considère comme
une dimension particulière de cette dernière, dont l’axe est d’ordre
éthique ». Cette précision
est décisive pour les économistes libéraux autrichiens (ou dans
la tradition française). En effet trop souvent les partisans de
la liberté économique en font à la fois un absolu et une simple
recette d’efficience : c’est l’approche « utilitariste »,
que l’on retrouve chez beaucoup de néo-classiques qui veulent laisser
l’éthique à la porte de la science économique. Le vrai plaidoyer
pour la liberté économique devrait au contraire se faire sur le
terrain des valeurs morales et spirituelles, et au nom d’une certaine
vision de l’homme et de sa dignité. La liberté des actes ne se conçoit
que dans la perspective de la dignité des personnes. Les économistes auraient donc le plus grand
avantage à lire ou relire l’œuvre de Karol WOJTYLA, et ce qu’elle
nous apprend sur la liberté de la personne humaine. Ils trouveraient
dans la pensée de ce pape-philosophe les raisons de se renforcer
dans la foi en la capacité de l’être humain à trouver le chemin
de son épanouissement personnel, tout en vivant en harmonie avec
les autres, à leur service.
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* Professeur d'Economie à l'Université d'Aix Marseille III et Président de l'ALEPS et de Génération
Libérale
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